Les différents sondages sortie des urnes le donnent largement vainqueur. Kais Saied s'installera dans quelques jours à Carthage. Ennahdha va probablement diriger le gouvernement et présider le parlement.

Tous ceux qui connaissent la Tunisie le pressentaient. Kais Saied a bien remporté l'élection présidentielle et avec un score qui lui donne une large légitimité: environ 72,5% des voix selon Emrhod Conseils et 76,9% selon Sigma Conseil. Le taux de participation se situe aux alentours de 60%, un taux très élevé.

Ce n'est pas une simple victoire. C'est une sorte de référendum, un plébiscite. Les Tunisiens ont voté massivement pour un candidat considéré comme un érudit, un homme dont l'intégrité, la droiture et l'éthique font l'unanimité, malgré son inexpérience dans la gestion des affaires publiques. Les Tunisiens ont fête cette victoire dans la rue, jusque tard dans le soir, comme ils ne l'avaient jamais fait depuis la révolution. C'est une sorte de deuxième révolution ou de parachèvement de la révolution.

Les Tunisiens ont voté contre le système, fait de clientélisme, de corruption, de clanisme, un système qui a recyclé les hommes de Benali, dans les affaires, la politique et les médias, qui a ignoré les exclus sans jamais les écouter.

Kais Saied est un personnage atypique. Enseignant assistant à la faculté de droit de Tunis pendant 30 ans, il n'avait jamais fait parler de lui jusqu'à la révolution de 2011. Les médias en ont alors fait un expert en droit constitutionnel.

Un homme sans parti et sans service de communication. Sans directeur de campagne. Pour ceux qui se sont rassemblés autour de lui, la révolution est maintenant aboutie. Le système Benali est enfin vaincu. Tunis était en fête dimanche soir et les partisans de Saied rebaptisaient symboliquement l'avenue Bourguiba en avenue de la Révolution.

Saied était soutenu par les jeunes de la révolution, des groupes très diversifiés et peu organisés, allant de l'extrême gauche à l'extrême droite. Il est lui-même considéré par différents observateurs en Tunisie comme un populiste et gaucho-islamiste. 

Il a gagné sans programme et sans campagne électorale. Ses différentes apparitions télévisées montrent un homme qui a une bonne mémoire, capable de répéter de plateau en plateau, des réponses identiques à des questions parfois différentes.

Sur la cause palestinienne, il considère que tout contact, toute normalisation avec Israël est une trahison du pays, position extrêmement populaire dans le pays. Il s'oppose fermement à l'égalité dans l'héritage avec une explication que beaucoup jugent peu convaincante: "il vaut mieux l'équité [du système actuel] qu'une égalité formelle".

Soutenu par Ennahdha et par des groupuscules d'extrême gauche, appuyé ouvertement par les Ligues de protection de la révolution, groupes parfois violents flirtant avec le salafisme, Kais Saied est un panarabiste qui n'a pas d'expérience des relations internationales. Il a des positions jugées rigides sur plusieurs questions économiques et politiques et veut lancer une réforme de la Constitution pour changer totalement le système politique tunisien et en faire un système qui ressemble aux soviets ou aux comités populaires de la Jamahiriya.

Kais Saied a obtenu 3 millions de voix, ce qui est un record absolu dans les élections tunisiennes, plus qu'Ennahdha et plus qu'il n'en aurait fallu pour obtenir une majorité confortable au parlement.

Le camp démocrate, pulvérisé, atomisé, réduit en miettes par ses propres errements, par ses compromissions, est paralysé. On s'inquiète d'une complaisance à l'égard de l'islamisme et de possibles régressions dans le domaine des libertés individuelles.

Saied va peser sur la vie politique et la vie quotidienne des Tunisiens. Le Chef de l'Etat a surtout des prérogatives dans le domaine de la politique étrangère et de la Défense nationale. Mais il aura à ses côtés Ennahdha, le parti islamiste vainqueur des élections législatives. De nombreux Tunisiens du camp démocrate disent se préparer au pire. D'autres estiment au contraire que la défaite de Karoui est une chance, car pour reconstruire un camp démocrate et laïc sur de bonnes bases, il faut faire table rase de l'ancien système.

La victoire de Saïed est d'abord celle de l'intégrité dans un pays qui a cru réaliser une révolution mais sans la mener à son terme. C'est celui de l'échec du camp démocrate, de son incapacité à gérer le pays (de 2014 à 2019) sans retomber dans les travers et les fautes de l'ancien système: opacité, corruption, clientélisme, clanisme, népotisme... Nabil Karoui était l'enfant de ce système qui a été dénoncé ce dimanche 13 octobre par plus de 3 millions de votants tunisiens. Saïed, c'est la victoire des jeunes et des exclus, des sans-voix. Les Tunisiens ont préféré les qualités morales à toute autre considération et c'est une leçon pour les partis politiques dans toute la région.

Mais Saïed et les partis et coalitions avec lesquels il va gouverner, sauront-ils remettre le pays sur les rails? ranimer l'économie? mobiliser le pays? lutter contre la corruption? N'y a-t-il pas un risque de régression dans le domaine des libertés individuelles? Ce qu'il faut retenir aujourd'hui, c'est la victoire de la moralisation et des valeurs, celle de la lutte contre les inégalités. Le reste, c'est l'avenir qui le dira.

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Tags : Tunisie
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Les différents sondages sortie des urnes le donnent largement vainqueur. Kais Saied s'installera dans quelques jours à Carthage. Ennahdha va probablement diriger le gouvernement et présider le parlement.

Tous ceux qui connaissent la Tunisie le pressentaient. Kais Saied a bien remporté l'élection présidentielle et avec un score qui lui donne une large légitimité: environ 72,5% des voix selon Emrhod Conseils et 76,9% selon Sigma Conseil. Le taux de participation se situe aux alentours de 60%, un taux très élevé.

Ce n'est pas une simple victoire. C'est une sorte de référendum, un plébiscite. Les Tunisiens ont voté massivement pour un candidat considéré comme un érudit, un homme dont l'intégrité, la droiture et l'éthique font l'unanimité, malgré son inexpérience dans la gestion des affaires publiques. Les Tunisiens ont fête cette victoire dans la rue, jusque tard dans le soir, comme ils ne l'avaient jamais fait depuis la révolution. C'est une sorte de deuxième révolution ou de parachèvement de la révolution.

Les Tunisiens ont voté contre le système, fait de clientélisme, de corruption, de clanisme, un système qui a recyclé les hommes de Benali, dans les affaires, la politique et les médias, qui a ignoré les exclus sans jamais les écouter.

Kais Saied est un personnage atypique. Enseignant assistant à la faculté de droit de Tunis pendant 30 ans, il n'avait jamais fait parler de lui jusqu'à la révolution de 2011. Les médias en ont alors fait un expert en droit constitutionnel.

Un homme sans parti et sans service de communication. Sans directeur de campagne. Pour ceux qui se sont rassemblés autour de lui, la révolution est maintenant aboutie. Le système Benali est enfin vaincu. Tunis était en fête dimanche soir et les partisans de Saied rebaptisaient symboliquement l'avenue Bourguiba en avenue de la Révolution.

Saied était soutenu par les jeunes de la révolution, des groupes très diversifiés et peu organisés, allant de l'extrême gauche à l'extrême droite. Il est lui-même considéré par différents observateurs en Tunisie comme un populiste et gaucho-islamiste. 

Il a gagné sans programme et sans campagne électorale. Ses différentes apparitions télévisées montrent un homme qui a une bonne mémoire, capable de répéter de plateau en plateau, des réponses identiques à des questions parfois différentes.

Sur la cause palestinienne, il considère que tout contact, toute normalisation avec Israël est une trahison du pays, position extrêmement populaire dans le pays. Il s'oppose fermement à l'égalité dans l'héritage avec une explication que beaucoup jugent peu convaincante: "il vaut mieux l'équité [du système actuel] qu'une égalité formelle".

Soutenu par Ennahdha et par des groupuscules d'extrême gauche, appuyé ouvertement par les Ligues de protection de la révolution, groupes parfois violents flirtant avec le salafisme, Kais Saied est un panarabiste qui n'a pas d'expérience des relations internationales. Il a des positions jugées rigides sur plusieurs questions économiques et politiques et veut lancer une réforme de la Constitution pour changer totalement le système politique tunisien et en faire un système qui ressemble aux soviets ou aux comités populaires de la Jamahiriya.

Kais Saied a obtenu 3 millions de voix, ce qui est un record absolu dans les élections tunisiennes, plus qu'Ennahdha et plus qu'il n'en aurait fallu pour obtenir une majorité confortable au parlement.

Le camp démocrate, pulvérisé, atomisé, réduit en miettes par ses propres errements, par ses compromissions, est paralysé. On s'inquiète d'une complaisance à l'égard de l'islamisme et de possibles régressions dans le domaine des libertés individuelles.

Saied va peser sur la vie politique et la vie quotidienne des Tunisiens. Le Chef de l'Etat a surtout des prérogatives dans le domaine de la politique étrangère et de la Défense nationale. Mais il aura à ses côtés Ennahdha, le parti islamiste vainqueur des élections législatives. De nombreux Tunisiens du camp démocrate disent se préparer au pire. D'autres estiment au contraire que la défaite de Karoui est une chance, car pour reconstruire un camp démocrate et laïc sur de bonnes bases, il faut faire table rase de l'ancien système.

La victoire de Saïed est d'abord celle de l'intégrité dans un pays qui a cru réaliser une révolution mais sans la mener à son terme. C'est celui de l'échec du camp démocrate, de son incapacité à gérer le pays (de 2014 à 2019) sans retomber dans les travers et les fautes de l'ancien système: opacité, corruption, clientélisme, clanisme, népotisme... Nabil Karoui était l'enfant de ce système qui a été dénoncé ce dimanche 13 octobre par plus de 3 millions de votants tunisiens. Saïed, c'est la victoire des jeunes et des exclus, des sans-voix. Les Tunisiens ont préféré les qualités morales à toute autre considération et c'est une leçon pour les partis politiques dans toute la région.

Mais Saïed et les partis et coalitions avec lesquels il va gouverner, sauront-ils remettre le pays sur les rails? ranimer l'économie? mobiliser le pays? lutter contre la corruption? N'y a-t-il pas un risque de régression dans le domaine des libertés individuelles? Ce qu'il faut retenir aujourd'hui, c'est la victoire de la moralisation et des valeurs, celle de la lutte contre les inégalités. Le reste, c'est l'avenir qui le dira.

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