Abdellatif Jouahri siffle la fin de la récréation.

Le gouverneur de la Banque centrale recevait la presse ce mardi 26 mars 2013, à l’occasion de la réunion trimestrielle du Conseil de Bank Al-Maghrib. Poussé par son auditoire à se prononcer sur la situation économique et les finances publiques, il rappelle les fondamentaux et les règles d’orthodoxie (« comme je l’ai fait avec tous les gouvernements »). Reportage et décryptage.  

Abdellatif Jouahri siffle la fin de la récréation.

Le 26 mars 2013 à 20h30

Modifié 26 mars 2013 à 20h30

Le gouverneur de la Banque centrale recevait la presse ce mardi 26 mars 2013, à l’occasion de la réunion trimestrielle du Conseil de Bank Al-Maghrib. Poussé par son auditoire à se prononcer sur la situation économique et les finances publiques, il rappelle les fondamentaux et les règles d’orthodoxie (« comme je l’ai fait avec tous les gouvernements »). Reportage et décryptage.  

Abdellatif Jouahri est un homme posé. Il pèse ses mots et il fait attention à la forme. Alors, quand il parle et surtout quand il critique, il faut l’écouter. Mardi après-midi, il a parlé sans langue de bois de la situation économique et des grands équilibres. En gros, l’année 2012 a été mauvaise, il faut maintenant reprendre la voie d’une gestion de bon père de famille. C’est une question de crédibilité pour le Maroc.

Voyons cela de plus près.

Les indicateurs qui sont au rouge au terme de l’année 2012 :

-10% de déficit du compte courant de la balance des paiements. Ce déficit dépasserait 7% en 2013. Le niveau actuel des réserves de change qui est de 4 mois d’importations, est considéré par M. Jouahri (comme par le FMI d’ailleurs), comme un niveau minimum qu’il faut absolument maintenir.

-7,6% de déficit budgétaire (à cause du dérapage de la masse salariale +2 milliards de DH, et surtout des dépenses de compensation qui se sont élevées au final à 54 milliards de DH).

-La situation de la caisse de compensation.

-Le recul des importations ("vous prenez une option négative sur l'avenir", car ce recul est dû à une baisse des investissements), contaté à fin février 2013, en glissement annuel  (-10,8%)

-Les réserves de change qui ont atteint un niveau plancher de 4 mois d'importation (niveau maintenu en ce mois de mars).

Indicateurs au vert :

-stabilité du chômage (à 9% environ, mais M. Jouahri  constate que le niveau de création d’emplois diminue et que celles-ci se font surtout dans les services).

-une croissance de 5% est possible en 2013, grâce notamment à une récolte record de 80 millions de quintaux au minimum. Le PIB non agricole augmenterait de 4%.

-Le déficit budgétaire pourrait être ramené à 5,5% (4,8% dans la loi de Finances).

-il n’y a pas de pression extérieure sur les prix et ceux-ci restent stables  grâce à la vigilance des autorités monétaires.

A la fin de cet article, nous diffusons le communiqué publié à l’issue de la réunion du Conseil de Bank Al-Maghrib, qui a opéré, comme chaque trimestre, un tour d’horizon de la situation économique et financière, pour maintenir au final le taux directeur inchangé.

Quand il faut opérer, il faut opérer

Le Maroc a des engagements internationaux, une crédibilité à préserver, la situation actuelle n’est pas tenable sur le moyen terme, dit en substance M. Jouahri. Il y a des échéances. Le FMI par exemple, avec lequel le Maroc a signé des accords, a bien constaté le dérapage des finances publiques en 2012. Un rendez-vous est pris pour le mois de juin, « ce sera l’heure de vérité ». Il faudra que les corrections soient sur les rails d’ici là. Il en est de même des agences de notation qui scrutent les tableaux de bords du pays. Une dégradation de la note souveraine, une mésentente avec le FMI et bonjour les dégâts.

M. Jouahri est un homme optimiste, constructif. Il pense que ça reste jouable, mais qu’il faut faire vite. Car le Maroc s’est fixé des objectifs de bonne gestion économique et financière, comme par exemple un déficit budgétaire inférieur à 3% du PIB en … 2016.

Le système actuel a atteint ses limites

Toute la décennie précédente a été portée par la demande intérieure, il est temps d’aller vers la demande extérieure et « là, nous avons perdu en compétitivité », constate-t-il. Sa recette ?

-une priorité aux feuilles de route sectorielles

-rationaliser les dépenses

-optimiser les recettes

-établir des priorités

-redistribuer équitablement les fruits de la croissance.

« Les choses sont claires », répète Abdellatif Jouahri

Pressé de questions et interrogé sur son sentiment quant à la situation actuelle, Abdellatif Jouahri répète : « les choses sont claires. Ce que je dis est clair. Il y a des indicateurs qui sont au rouge, d’autres au jaune et d’autres au vert. » Décryptez !

Abdellatif Jouahri se refuse à juger le travail du gouvernement. Il rappelle les règles de l’orthodoxie, « comme nous l’avons fait pour les précédents gouvernements, de Si Youssoufi à Si Benkirane, en passant par Driss Jettou et Abbes Fassi ».

Mais encore ?

Que risque le pays ? Quel est le degré d’urgence ?

« Les choses sont claires », répète-t-il. « Il ne faut pas arriver à un nouveau PAS (programme d’ajustement structurel) ». Bigre !

« Plus on tarde, plus on recule, plus le saut sera périlleux et dur. J’ai conduit le PAS des années 80, je sais de quoi je parle. Quand on doit opérer, il faut opérer, pas donner de l’aspirine ». « Quand  il y a des décisions à prendre, il faut aller au feu, expliquer aux gens, faire preuve de pédagogie, l’intérêt du pays passe avant les intérêts partisans », dit-il sans aucune agressivité à l’égard du gouvernement, plutôt dans le style de l’expert qui élève le débat.

Fortes tensions au sein de la Majorité

Le diagnostic de M. Jouahri intervient à un moment où de nombreuses sources annoncent de fortes tensions au sein de la Majorité gouvernementale, particulièrement entre l’Istiqlal et le PJD, au sujet des mesures à prendre pour faire face à la dégradation des finances publiques.

Au cours d’une réunion des leaders de la majorité, tenue dimanche, le ministre des Finances Nizar Baraka a donné un aperçu de la situation, sur un ton et avec un contenu qui ont alarmé les présents. La Majorité se retrouve ce jeudi pour une réunion autour de ce même thème, tandis que l’Istiqlal réunit son bureau politique ce mercredi, selon nos sources. L’explosion des dépenses de compensation est un grave problème. Ne rien faire est mortel. Démanteler la compensation est suicidaire.

Naceureddine Elafrite

 

 

Voici le communiqué publié à l’issue de la réunion du conseil de Ban Al Maghrib

1.     Le Conseil de Bank Al-Maghrib a tenu sa réunion trimestrielle le mardi 26 mars 2013.

2.     Le Conseil a examiné l’évolution récente de la situation économique, monétaire et financière, ainsi que les prévisions d’inflation à l’horizon du deuxième trimestre 2014.

3.     Le Conseil a noté que l’inflation est restée modérée, en dépit des hausses enregistrées ces trois derniers mois où elle s’est établie à 2,6% en décembre et janvier et à 2,2% en février, en liaison principalement avec l’augmentation de 10% en moyenne sur la période des prix des produits alimentaires volatils. L’inflation sous-jacente, qui traduit la tendance fondamentale des prix, est demeurée contenue à moins de 1%. En outre, la décélération antérieure du rythme d’accroissement des prix internationaux des matières premières, notamment ceux des produits énergétiques et alimentaires, continue de se diffuser vers les prix à la production industrielle, dont la progression en glissement annuel est revenue de 1,7% en décembre à 0,6% en janvier.

4.     Sur le plan international, la conjoncture demeure caractérisée par la faiblesse de l’activité économique et la persistance des incertitudes liées à sa reprise. Les résultats des comptes nationaux du quatrième trimestre 2012 font ressortir un ralentissement à 1,6% de la croissance aux Etats-Unis et une diminution de 0,9% du PIB dans la zone euro. Les projections pour 2013 ont été révisées à la baisse, la croissance devant s’établir selon le FMI à 2% aux Etats-Unis et à -0,2% dans la zone euro. Par ailleurs, le chômage a reculé à 7,7% en février aux Etats-Unis, alors qu’il est resté proche de 12% dans la zone euro, sur la base des données du mois de janvier. Pour sa part, le crédit a enregistré à fin janvier  un ralentissement aux Etats-Unis, tout en restant au-dessus de 5%, alors que dans la zone euro, il a poursuivi sa contraction amorcée depuis mai 2012. Au niveau des marchés boursiers, les indices continuent, à fin février, à afficher des améliorations significatives aux Etats-Unis et des évolutions contrastées d’un pays à l’autre dans la zone euro.

L’ensemble de ces évolutions laissent entrevoir pour l’économie nationale l’absence de pressions inflationnistes significatives d’origine externe au cours des prochains trimestres.

5.     Au niveau national, la croissance est estimée à 2,6% au quatrième trimestre et à moins de 3% pour l’ensemble de l’année 2012. En 2013, malgré l’incertitude entourant l’évolution de l’activité chez nos principaux partenaires et celle des prix mondiaux des produits énergétiques, la croissance devrait se situer entre 4% et 5%, soutenue notamment par la hausse prévue de l’activité agricole. L’output gap non agricole, plus pertinent pour l’appréciation des tensions inflationnistes, devrait évoluer à des niveaux négatifs à court terme, indiquant l’absence de pressions significatives sur les prix.

6.     Sur le plan des finances publiques, les données de 2012 montrent un creusement du déficit budgétaire, hors recettes de privatisation, à 7,6%, après 6,7% en 2011,  lié notamment à l’aggravation des charges de compensation. En 2013, ce déficit devrait se situer à 5,5% du PIB selon les dernières prévisions.

7.     Au niveau des comptes extérieurs, les données les plus récentes font ressortir une atténuation de 17,5% du déficit commercial à 27,5 milliards de dirhams à fin février, en liaison avec une baisse des importations (-10,8%) plus importante que celle des exportations (-3%). Les recettes voyages ont augmenté de 2%, alors que les transferts des MRE se sont contractés de 2,9%. En outre, les rentrées au titre des investissements directs étrangers ont atteint 10,2 milliards de dirhams contre 5,3 milliards une année auparavant. Dans ces conditions, les avoirs extérieurs nets de Bank Al-Maghrib représentent à fin février environ 4 mois d’importations de biens et services.

8.     L’analyse de la sphère monétaire à fin janvier 2013 indique la poursuite de la modération de la création monétaire. En effet, la croissance annuelle de M3 s’est établie à 2,4% en janvier, contre 3,8% au quatrième trimestre 2012. Celle du crédit est passée de 5,2% à 3,2% et selon les chiffres préliminaires de février, elle s’est accélérée à 3,9%.  Au titre de l’année 2013, la progression du crédit devrait se situer, sur la base des dernières informations disponibles, dans une fourchette de 5% à 6%. Dans ce contexte, l’écart monétaire devrait rester négatif, indiquant l’absence à moyen terme de tensions inflationnistes d’origine monétaire.

9.     Tenant compte de l’ensemble de ces éléments, l’inflation à l’horizon des six prochains trimestres devrait rester globalement en ligne avec l’objectif de stabilité des prix à moyen terme. Elle devrait se situer autour de 2,2% en 2013, de 1,6%  au deuxième trimestre 2014 et de 2% en moyenne sur l’horizon de prévision.

10.  Dans ce contexte caractérisé par une balance des risques équilibrée, sous l’hypothèse du maintien du dispositif actuel de compensation, et une prévision centrale de l’inflation durablement en ligne avec l’objectif de stabilité des prix, le Conseil a décidé de maintenir inchangé le taux directeur à 3%.

11.  Le Conseil a, par ailleurs, analysé et approuvé les comptes de la Banque, son rapport de gestion, ainsi que l’affectation du résultat au titre de l’exercice 2012.

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