La Tunisie dans la tourmente

La Tunisie dans la tourmente

Le 29 juillet 2013 à 20h00

Modifié le 29 juillet 2013 à 20h00

Huit commandos tunisiens ont été tués lundi après midi dans des attentats terroristes à Jebel Chambi, dans le sud ouest. Le pays est sous le choc. L'opposition paraît déterminée à faire tomber un gouvernement qu'elle accuse de mollesse.

La Tunisie est sous le choc. Moncef Marzouki, chef de l’Etat provisoire, est apparu lundi soir à la télévision le visage décomposé pour appeler à l’unité nationale et aux dépassements des divergences.

C’est que tout le pays est endeuillé après les deux opérations terroristes qui se sont déroulées lundi en fin d’après-midi à Jebel Chaambi dans le sud ouest et qui se sont soldées par la mort atroce de huit commandos de l’armée et plusieurs blessés. Cinq soldats ont été égorgés des sources non officielles tandis que leurs corps ont subi différents sévices. Des images insoutenables des corps mutilés et torturés ont été montrés par divers médias tunisiens.

Après avoir été jusqu’à lundi après-midi dans le déni de l’existence du terrorisme dans le pays, le président Marzouki a décrété trois jours de deuil.

Toutes les chaînes de télévision et de radio ont diffusé des versets de coran et des chants patriotiques.

 

 

 

Les vidéos ci dessus montrent l'arrivée poignante des corps des soldats à la morgue de l'hôpital de la ville de kasserine. La foule scande des slogans contre Ghannouchi, le leader du parti au pouvoir et véritable maître de la Tunisie.

Les appels à la formation d'un nouveau gouvernement en Tunisie se sont multipliés mardi car la mort de huit militaires a aggravé la crise provoquée par l'assassinat d'un député d'opposition.

Le puissant syndicat UGTT, qui a organisé en février et la semaine dernière deux grèves générales d'une journée ayant paralysé le pays, a réclamé, sans fixer d'ultimatum, la formation d'un nouveau gouvernement. "L'UGTT appelle à la dissolution du gouvernement et à la composition d'un gouvernement de compétences formé par une personnalité consensuelle", a déclaré à l'antenne de la radio Mosaïque FM, le secrétaire-général adjoint du syndicat, Sami Tahri.

Le parti Ettakatol, formation laïque de centre-gauche alliée aux islamistes d'Ennahda au pouvoir, a demandé de son côté mardi la création d'un gouvernement d'union nationale mais là aussi, aucun ultimatum n'a été fixé et le parti n'a pas menacé de quitter le cabinet actuel. "Nous appelons tous les partis et organisations à assumer leurs responsabilités devant les Tunisiens et à former un gouvernement d'union nationale", a indiqué Ettakatol.

Le premier ministre exclut toute démission


Dans l’après-midi, le Premier ministre tunisien Ali Larayedh a exclu la démission de son gouvernement tout en proposant des élections le 17 décembre prochain face à une contestation grandissante organisée par l'opposition après l'assassinat d'un député de gauche. Un délai impossible à tenir, pour des raisons logistiques.

"Ce gouvernement continuera d'assumer ses fonctions, nous ne nous accrochons pas au pouvoir mais nous avons un devoir et une responsabilité que nous assumerons jusqu'au bout", a-t-il dit à la télévision nationale après une réunion de crise de son cabinet."Nous pensons que l'Assemblée nationale constituante (ANC) achèvera le code électoral le 23 octobre prochain, dernier délai, pour que des élections se tiennent le 17 décembre", a-t-il affirmé, estimant que 80% du travail en vue de l'adoption de la constitution avait déjà été effectué.

La date du 17 décembre est hautement symbolique car il s'agit du jour en 2010 où le vendeur ambulant Mohamed Bouazizi s'est immolé par le feu, donnant le coup d'envoi à la révolution tunisienne, la première du Printemps arabe.

Les autorités ont par le passé annoncé de multiples calendriers électoraux qui n'ont pas été respectés et M. Larayedh promettait jusqu'à présent un scrutin avant la fin 2013.

Le gouvernement est l'objet d'une contestation grandissante depuis l'assassinat jeudi du député Mohamed Brahmi, deuxième opposant à être tué par balles après Chokri Belaïd, abattu le 6 février 2013.

Ce premier assassinat avait provoqué des troubles en Tunisie et abouti à la chute du premier gouvernement dirigé par les islamistes d'Ennahda.

Concernant la mort de Mohamed Brahmi, M. Larayedh a dénoncé un acte de "terrorisme" mais "fustigé ceux qui ont instrumentalisé ce drame pour des intérêts partisans étroits appelant à la chute du gouvernement".

Il s'est néanmoins dit "ouvert au dialogue" avant d'appeler "tous les Tunisiens, partis, associations (à) éviter de se laisser entraîner dans des appels vers l'inconnu, le chaos et la violence".

Mais l'un des partenaires laïques d'Ennahda, le parti Ettakatol, a indiqué tenir une réunion dans la nuit de lundi à mardi pour prendre "une décision relative à la crise et au retrait d'Ettakatol du gouvernement", a indiqué à l'AFP le porte-parole de la formation Mohamed Bennour.

La très puissante syndicale UGTT, qui revendique 500.000 membres, doit aussi arrêter dans la nuit sa position quant à la crise politique qui déstabilise la Tunisie. La centrale est capable de paralyser le pays comme lors des grèves générales de 24 heures suivies après les assassinats de Brahmi et Belaïd.

Les députés d'opposition, dont plus de 70 (73 selon des sources non officielles) ont annoncé boycotter les réunions de l'ANC pour obtenir sa dissolution, ont de leur côté appelé à une quatrième nuit de manifestation devant le siège de l'assemblée lundi à partir de la rupture du jeûne du ramadan qui interviendra vers 18H30 GMT.

A l'aube lundi, la police est intervenue pour séparer à cet endroit opposants et partisans du gouvernement. L'intervention a été moins musclée que celle de la nuit précédente mais un député, Noomane Fehri, a été blessé par des policiers et est actuellement hospitalisé, selon son témoignage diffusé à la télévision.

Lundi matin, à Sidi Bouzid, ville natale de Brahmi, la police a aussi tiré des lacrymogènes pour disperser des manifestants réclamant la chute du gouvernement, selon un correspondant de l'AFP.

Cette ville, berceau de la révolte de 2011, a entamé samedi un mouvement de désobéissance encadré par le Front populaire (gauche et nationalistes) et la section régionale de l'UGTT.

Comme les proches de Belaïd auparavant, la famille de Brahmi accuse directement Ennahda d'être responsable de sa mort.

Les autorités ont affirmé que la même arme a servi à tuer les deux hommes et désigné les auteurs comme étant des salafistes jihadistes proches d'Ansar Ashariaa, des accusations rejetées par ce groupuscule. Le principal suspect est "manifestement" un franco-Tunisien, Boubakeur El Hakim, condamné à sept ans de prison assortis d'une période de sûreté des deux tiers, a indiqué une source française qui suit le dossier.

La Tunisie ne parvient pas à se stabiliser depuis sa révolution. Les crises politiques à répétition, les mouvements sociaux parfois violents et l'émergence d'un islamisme radical lié à Al-Qaïda ne cessent d'y fragiliser la situation.

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