Felipe succède à son père Juan Carlos après 39 ans de règne

Felipe succède à son père Juan Carlos après 39 ans de règne

Le 2 juin 2014 à 15h40

Modifié le 2 juin 2014 à 15h40

Formé en Espagne et aux Etats-Unis, le futur roi d’Espagne monte sur le trône à 46 ans. Ses premiers pas seront observés de près à l’heure où la monarchie espagnole cherche à redorer son blason.  

Le futur roi d’Espagne Felipe, qui s’apprête à succéder à son père le roi Juan Carlos, a étudié le droit à l’université autonome de Madrid et les relations internationales à la Georgetown University de Washington. Marié à une journaliste divorcée et père de deux petites filles, le prince héritier d’Espagne Felipe né le 30 janvier 1968 sera le prochain roi d’Espagne dès qu’une loi organique en ce sens sera adoptée dans les prochains jours. Le texte de loi doit entériner l’abdication de Juan Carlos, 76 ans, et l’accession au trône de son fils Felipe.

L’homme qui s’apprête à quitter le trône d’Espagne y est arrivé en novembre 1975 au lendemain de la mort du général Francisco Franco et au terme d’un processus de retour de la monarchie à Madrid initiée dès l’année 1969. La naissance d’un enfant mâle, Felipe, le 30 janvier 1968, au sein du couple de Juan Carlos et de la future Reine Sofia va faciliter la transition de la dictature militaire à la monarchie constitutionnelle.

Un échange entre Franco et Juan Carlos à l’époque rapportée par El Pais dans son édition du 29 janvier 2013 illustre comment la naissance d’un héritier mâle au sein de la famille royale espagnole dissipa les derniers doutes des proches de Franco sur le retour de la monarchie. « Le baptême de Felipe, rapporte El Pais, fut un rare moment de rassemblement des franquistes, de la noblesse et de la monarchie espagnole ».  Un peu plus d’un an plus tard en 1969, Franco confirmera que ce sera Juan Carlos de Bourbon qui lui succèdera à la tête de l’Etat à sa mort.

Monté sur le trône d’Espagne en 1975, le roi Juan Carlos a maintenu des relations proches avec le Maroc et la famille royale marocaine. En près de 40 ans de règne, Juan Carlos aura officiellement visité  Rabat, Marrakech, Tanger et Tétouan à plusieurs reprises. Il était notamment à Tanger aux côtés du roi Mohammed VI au début des années 2000 pour l’inauguration de la centrale thermique de Tahaddart, un projet de l’ONEE, Endesa et Siemens.

Outre cette image des deux rois réunis au sud de Tanger pour le lancement du projet industriel et énergétique de Tahaddart, on peut retenir deux images et deux moments  des relations entre les deux souverains. Le premier est la présence de Juan Carlos aux côtés du futur Roi Mohammed VI lors des funérailles du Roi Hassan II et le second, la visite effectuée par Juan Carlos et la Reine Sofia à Sebta et Melilia en novembre 2007.

Ces deux moments sont différents mais ils illustrent des défis et des moments clés dans la vie politique des deux chefs d’Etat. Aux funérailles de Hassan II, Juan Carlos aura joué le rôle du roi expérimenté, proche de la famille royale marocaine, pleurant la disparition du roi voisin lors de la présentation de ses condoléances au futur roi du Maroc.

Les deux hommes sont proches et resteront proches tout comme c’est le cas pour les deux maisons royales. Quelques années plus tard le prince héritier d’Espagne Felipe viendra ainsi en personne à Marrakech pour l’inauguration de l’institut culturel Cervantès de la ville ocre.

La deuxième séquence des relations entre Juan Carlos et le roi Mohammed VI se déroulera en novembre 2007 lorsqu’à un moment de très forte crise de la monarchie espagnole, le roi d’Espagne décidera pour redorer le blason de l’institution monarchique espagnole de se rendre à Melilia puis à Sebta sachant pertinemment que cela était susceptible de créer des problèmes pour Rabat d’un côté, et des problèmes entre Rabat et Madrid de l’autre. Mais la monarchie espagnole, à bout de souffle avait besoin de ce voyage pour faire remonter sa cote auprès de l’opinion publique espagnole. A Rabat, on se montrera  compréhensif aux besoins politiques de la monarchie espagnole.

Outre son éducation formelle aux universités de Madrid et de Georgetown, Felipe a également reçu une éducation de futur roi. On lui apprend, et il retiendra, de « dire juste le nécessaire et ne jamais dire du mal de personne en public » selon Jesus Rodriguez qui a dressé un portrait du prince héritier en janvier 2013 à la veille du 45ème anniversaire du prince héritier espagnol. On lui a appris à « observer, se retenir, ne pas être arrogant, ne pas se mettre en avant, avoir une conduite irréprochable, savoir attendre patiemment, sourire, obéir et supporter » rapporte le journaliste d’El Pais.

De son côté, Felipe, un grand sportif blond et aux yeux bleus préside la Fondation Prince des Asturies et profite de quelques sorties pour énoncer sa vision des choses comme ce 11 décembre 2011 : « Rendre réel mon souhait ferme et permanent d’adapter et d’ajuster l’institution aux temps que nous vivons, en défendant un projet qui unit notre histoire au futur, qui relie notre tradition à l’esprit d’avant-garde et de progrès. Mon rôle est de servir l’Etat et l’ensemble des Espagnols ; mon métier n’a qu’un seul objectif : servir les Espagnols » indiquera-t-il.

Sans conteste, les premiers pas de Felipe en politique seront comparés à ceux de son père. Si certains retiennent de Juan Carlos ses sorties de chasse et ses frasques médiatiques, il aura  été le roi de la transition démocratique, celui qui a géré la légalisation du parti communiste et la mise en place du statut des autonomies, le tout sous des gouvernements de droite comme de gauche. Felipe qui appelle son père « patron » sait tout cela : la grandeur et la fragilité de la politique.

 Au palais royal de la Zarzuela à Madrid, indique la presse espagnole, on a connaissance de la dernière étude de John M. T. Palmer de l’université britannique de Bradford, « Les monarchies comme marques corporate ». Palmer y analyse les forces et les faiblesses des maisons royales européennes. Stabilité politique et image extérieure renforcée l’emportent. Et l’adaptation aux évolutions des mentalités et de l’opinion publique est nécessaire.


 

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