Entretien. Benkirane: “Sa Majesté est le garant de la transparence et de la sincérité des élections“

Il n’a pas été facile d’interviewer Abdelilah Benkirane. Le secrétaire général du PJD est depuis une semaine, sur les routes. Ses meetings sont nombreux, parfois deux par jour et il est très sollicité.

Entretien. Benkirane: “Sa Majesté est le garant de la transparence et de la sincérité des élections“

Le 6 octobre 2016 à 8h50

Modifié 6 octobre 2016 à 8h50

Il n’a pas été facile d’interviewer Abdelilah Benkirane. Le secrétaire général du PJD est depuis une semaine, sur les routes. Ses meetings sont nombreux, parfois deux par jour et il est très sollicité.

Mercredi matin, c’est lui qui appelle. Il est sur la route de Fès-Taounate, la connexion est mauvaise, l’entretien se fait par téléphone, la communication est coupée dix ou onze fois.

Nous arrivons finalement à poser quelques-unes de nos questions, mais à cause des coupures, de la mauvaise qualité sonore et enfin du temps imparti, les allers et retours, les relances s’avèrent impossibles.

Voici.

Médias24: Parlons des scénarios d’après les élections. C’est vous qui avez soulevé la question dans un meeting(1) et dans une interview(2)…

Si donc le PJD arrive en tête des élections et que le Roi choisit un autre membre du PJD que vous…

Abdelilah Benkirane: C’est une question qui est tranchée par la Constitution. C’est Sa Majesté qui choisit la personne qui lui semble convenable dans le parti qui a gagné les élections, ni plus ni moins.

-Si le PJD est appelé à diriger le gouvernement et qu’il n’arrive pas à constituer une majorité comme vous l’avez spontanément évoqué dans un meeting… Pensez-vous que cela soit possible?

– Sincèrement, je ne le pense pas. Je crois que ce sera très aisé, inchallah.

Maintenant, ça peut arriver et si ça arrive, on verra, on essaiera de trouver une solution.

Les gens ne vont pas voter pour que le pays vive une crise. A ce moment-là, ce ne sera pas au PJD de trouver des solutions mais à tout le monde et à leur tête Sa Majesté, c’est normal.

-La solution pourrait être un gouvernement d’union nationale?

Ce sont des questions qui portent sur l’avenir et l’avenir appartient à Dieu seul. Je préfère reporter les réponses au moment où ces questions se poseront, si elles se posent.

Cela étant dit, je ne vous cache pas que je ne pense pas que ce sera aussi compliqué que ça, si le PJD arrive en tête.

-Etes-vous certain de la sincérité et de la transparence de l’opération électorale?

-Nous sommes dans un Etat qui est régi par des lois, dans lequel il y a un arbitre qui a donné ses garanties, officiellement et à la nation. Cet arbitre, c’est Sa Majesté.

Et le ministre de l’Intérieur ne cesse de répéter, avec sincérité me semble-t-il, que Sa Majesté lui a dit je ne vous lâcherai pas, c’est-à-dire qu’il le surveille de près concernant les élections.

Que voulez-vous de plus que cela?

-Parlons du bilan du gouvernement. Avez-vous des regrets, quelque chose que vous auriez fait autrement, quelque chose que vous n’avez pas fait…

-Il y a une chose qui me tient à cœur, c’est l’aide directe aux populations les plus vulnérables.

Il était normal qu’une bonne partie de l’argent de la compensation revienne au budget de l’Etat. Mais une partie doit également aller à l’aide directe à la population, cela entre dans l’esprit de la Justice, avec un grand J.

C’est une nécessité économique aussi et sociale, pas seulement pour les veuves, mais pour toutes les familles dans une situation de grande vulnérabilité.

C’est l’Intérieur qui s’est occupé de l’aide aux veuves et il s’en est très bien occupé.

Si le PJD gagne, l’aide directe sera l’une des premières opérations que l’on fera.

-Vous allez donc poursuivre le démantèlement des subventions. On peut penser au sucre et au butane.

– Le principe est simple. Il faut cibler les couches les plus vulnérables et commencer à mettre en place l’aide directe. Les populations concernées, celles qui seraient les plus touchées par une hausse des prix des produits décompensés, doivent d’abord commencer par toucher l’argent des aides directes. Après, on démantèle les subventions, d’une manière progressive dans le temps.

Le problème se pose d’abord pour le butane qui est un produit très brûlant. Si le PJD est au gouvernement, nous ne toucherons pas au butane, tant que nous n’aurons pas trouvé le système qui épargnera les couches vulnérables.(3)

-Avez-vous des regrets en matière de bilan?

Il y avait clairement des domaines où je pouvais faire davantage de choses que dans d’autres. Il reste des chantiers très très grands.

Par exemple l’enseignement. C’est un chantier dans lequel le gouvernement n’est pas seul, c’est un chantier qui avance avec un certain consensus, la réforme est préparée au sein du Conseil supérieur, avec l’aval de Sa Majesté et sa supervision. Maintenant que la réforme est là, il faut avancer petit à petit sur cette voie.

Pour ce qui concerne la Santé, ce Monsieur, El Ouardi, a fait des choses formidables, mais il lui faudrait encore dix ans à la tête de ce ministère pour faire des choses encore plus palpables.

Il y a quelque chose qui me tient à cœur, ce sont les accidents de la circulation. 4.000 Marocains meurent chaque année dans les accidents de la voie publique. C’est un grand malheur, les familles souffrent, les assurances sont souvent insuffisantes. J’aimerais faire quelque chose dans ce domaine, si le PJD est élu à la première place.

-Et sur le tourisme?

-Je n’ai jamais hésité à chaque fois que le ministre du Tourisme me proposait quelque chose pour lui donner un coup de main. Sauf une seule fois où je ne l’ai pas aidé, il a proposé une mesure que j’ai jugée inopportune.

Je ne me suis pas trop occupé de ce dossier, je ne vous le cache pas.

Mais je ne me suis opposé à aucune mesure.

Ce n’est pas le seul domaine où j’ai fait ça, c’est ma façon de travailler, je fais confiance à mes ministres et les laisse travailler.

-Vous avez reçu combien de fois les professionnels du tourisme?

-Une fois, c’est sûr et c’était chez moi, je m’en rappelle maintenant. Peut-être d’autres fois au bureau, je ne m’en souviens pas.

-Vous avez dit vous-même que ce n’est pas une priorité, le tourisme, pas une industrie, une activité trop volatile…

-Concernant les priorités, j’ai considéré prioritaires des domaines comme l’industrie et l’agriculture. Je n’en ai pas fait une priorité, mais cela ne veut pas dire que je ne veux pas que le tourisme se développe, au contraire.

(1) Meeting de Taroudant dimanche 2 octobre: “Si nous gagnons et que nous n’arrivons pas à constituer une majorité, de nouvelles élections ne sont pas impossibles“.

(2) Interview à la chaîne de télévision Al Araby diffusée le vendredi 30 septembre: “Si nous gagnons, Sa Majesté peut choisir un autre membre du PJD pour diriger le gouvernement“.

(3) La question du ciblage des populations démunies pour leur verser une aide directe en contrepartie du démantèlement des subventions se pose au moins depuis la fin des années 90. Tous les gouvernements étaient convaincus de la nécessité de le faire, mais n’ont jamais trouvé le système adapté, pour cibler fidèlement les populations, pour éviter les fraudes… En 2012 et 2013, il y a eu des désaccords au sein du gouvernement entre l’Istiqlal et le PJD sur le système à mettre en place.


 

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