Chroniques algériennes (II): Epuration de l’Etat ou maintien en l’état ?

Chroniques algériennes (II): Epuration de l’Etat ou maintien en l’état ?

Le 13 décembre 2019 à 9h47

Modifié le 11 avril 2021 à 2h44

REPORTAGE - L’ancien Premier ministre, Abdelamjid Tebboune a été annoncé vainqueur de l’élection présidentielle en Algérie selon les premières estimations. La journée du vote était agitée. Partout dans le pays, manifestations et arrestations l’ont rendue mémorable.

Partout ailleurs dans le monde, on retient d’une élection présidentielle, le nom du président vainqueur. En Algérie, l’histoire ne retiendra pas le nom de Tebboune en ce jour du 12 décembre, ni les supposées 51% de voix qui l’ont élu. On se rappellera plutôt de la caricature de Nime qui avait prédit son accession au pouvoir en le croquant en Cendrillon chaussant les escarpins tendus pas un militaire. Un dessin satirique qui lui a valu la prison et qui en dit long sur la situation politique en Algérie.

L’histoire retiendra aussi que la police a chargé les manifestants, que des hommes et des femmes ont été matraqués et arrêtés.

On se souviendra surtout que la télévision nationale ENTV a diffusé des images d’archives en nous assurant que les journalistes étaient en duplex. Les fake news sont devenues la norme, l’arme d’un pouvoir qui ne veut pas perdre la face mais qui a perdu la tête. Une pratique que les Algériens n’ont pas manqué de dénoncer. « L’homme à la chéchia rouge qui vote sur une chaise roulante est mon père, il est mort depuis 5 ans », clame Hamoud Zitouni à qui veut l’entendre. Face à ces mass media sous emprise du pouvoir central, des internautes avec leurs téléphones portables diffusent des images à longueur de journée. Des vidéos moins bien cadrées, piquées sur le vif et qui sont devenues vite virales.

Des pratiques frauduleuses 

« Non au vote » scandent les manifestants sans s’arrêter. L’Algérie enfiévrée connait des rebondissements à tout instant mais la seule constante reste les pratiques frauduleuses utilisées par le pouvoir.

Selon le chroniqueur SAS « Ce ne sont pas des élections, c’est une tentative de prise d’otages. Et une prise d’otages ratée. Un coup de force pitoyable. Un hold-up, un de plus, sur la marche de l’histoire. Nous avons lutté pendant de longs mois et rien ne pourra nous empêcher de résister de longues années encore », s’indigne-t-il.

Alger-centre, Place Audin, à 11h du matin la police a violemment dispersé la foule. Mais dans toutes les rues et ruelles d’Alger les manifestants ont déferlé, franchi les barrières, faisant ainsi grossir le corps de la marche. La police ne pouvait plus retenir leur colère, contenir leur force. Les Algérois sont descendus vers la Grande poste qui leur a été interdite depuis un moment déjà. « Ils ne peuvent plus nous empêcher de marcher, de sortir. La peur c’était avant maintenant c’est terminé », affirme Lamine, étudiant à l’école des beaux-arts d’Alger.

Les autorités ont annoncé un taux de participation de 41,14% vers 17h de cette même journée de vote. Un chiffre moqué par les Algériens mais qui ne choque plus personne. Encore une fois en Algérie, la fraude électorale l’a emportée.

« Comment asseoir les bases d’une nouvelle république s’ils continuent ainsi à mentir et tricher ? », s’indigne Mourad, pharmacien.

A Bouira, le siège de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) a été saccagé et incendié par les manifestants. C’est le seul incident de cette envergure qui a été signalé.

C’est donc dans un climat d’insurrection qu’a évolué cette journée du 12 décembre à travers tout le pays. Une tendance qui se confirme dans le sud du pays. A quelque 1.200 Km d’Alger, l’oasis de Timimoun déploie ses beautés et affirme son refus. « Nous avons pris du thé et nous n’avons pas voté », témoigne Samir, guide touristique. La nuit du 12 décembre s’est achevée dans un grande liesse en Kabylie qui a fêté son score record de 0% de vote !

A l’heure actuelle, la rue algérienne maintient ses revendications « Yerouhou Ga3 », scandent toujours les citoyens dans les rues d’Alger, de Constantine de Batna ou de Tlemcen… Epuration de l’Etat ou maintien en l’état ? Telle est la véritable question qui se joue actuellement en Algérie.

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