Les raisons du sous-testing : Désengagement étatique, cherté du test et automédication

  Depuis 3 semaines, le nombre de personnes qui se font tester au Covid 19 est passé de 25.000 à 10.000/jour. Selon plusieurs généralistes, cette baisse s’explique par un nombre croissant de patients qui font appel à l’automédication à cause de la cherté des tests et de la moindre implication de l’Etat.

Les raisons du sous-testing : Désengagement étatique, cherté du test et automédication

Le 29 décembre 2020 à 15h20

Modifié 10 avril 2021 à 23h11

  Depuis 3 semaines, le nombre de personnes qui se font tester au Covid 19 est passé de 25.000 à 10.000/jour. Selon plusieurs généralistes, cette baisse s’explique par un nombre croissant de patients qui font appel à l’automédication à cause de la cherté des tests et de la moindre implication de l’Etat.

Après neuf mois de pandémie, le nombre de Marocains qui se font tester ne cesse de diminuer sans véritable explication probante. Si le ministère de la Santé avance que cette baisse est due au nombre moins élevé de candidats au testing, deux généralistes confirment cette version tout en ajoutant d’autres raisons.

Le Dr Tayeb Hamdi, généraliste et chercheur en politiques et systèmes de santé nous expose les raisons au sous-testing actuel.

Le sous-testing s’explique aussi par le désengagement de l’Etat

« Le ministère de la santé ne pratique plus autant de tests qu’avant.

« En effet, il faut rappeler qu’auparavant, quand une personne était testée positive, le système de veille recensait systématiquement tous ses contacts avant de les inviter à se faire tester ce qui n’est plus le cas actuellement.

« Aujourd’hui, on se contente de leur délivrer par téléphone quelques conseils comme se confiner à domicile. A partir de là, le testing ne se fait donc plus de façon systématique et à grande échelle.

Le coût des tests est encore trop cher pour une famille de 4 personnes

« De plus, le testing n’est pas à la portée de tout le monde sachant que même les gens qui disposent d’une assurance maladie n’ont malheureusement pas les moyens d’avancer l’argent pour une analyse qui coûte en moyenne 700 dirhams par personne.

« En effet, quand il y a une suspicion de contamination dans une famille, il y a obligation de tester 4 à 5 personnes ce qui revient à débourser 3.000 à 4.000 dirhams dont il faudra attendre au moins 2 mois avant de se faire rembourser pour les personnes assurées.

La confusion entre les symptômes de la grippe et du Covid fait perdre un temps précieux

« Hormis le frein financier au testing, les gens s’improvisent de plus en plus spécialistes et considèrent qu’ils n’ont qu’une simple grippe au lieu du Covid alors que personne n’est capable de faire la différence sachant que les deux pathologies empruntent la même porte avec les mêmes symptômes.

« Cela pose non seulement un problème de contamination mais aussi de retard de prise en charge qui peut aboutir à davantage de cas graves qui n’ont pas été convenablement traités par manque d’oxygène et qui arrivent souvent au stade tardif de la réanimation nécessitant l’intubation invasive.

« Sachant qu’en Europe et aux États-Unis, la situation n’arrête pas de s’aggraver, les chiffres officiels du Maroc ne sont pas du tout fiables et ne reflètent en aucun cas la réalité sanitaire.

Des chiffres biaisés qui font exploser les contaminations et les décès

« En effet, sachant que la France qui pratique 140.000 tests par jour contre 25.000 en novembre dernier au Maroc a reconnu qu’elle ne parvenait à détecter qu’un patient symptomatique sur 10, je vous laisse donc imaginer le nombre de Marocains qui passent à travers les mailles du filet et la nature du sous-testing au Maroc.

« Ainsi, sans vouloir faire preuve de catastrophisme, l’absence des statistiques fiables au Maroc sur le nombre réel de cas positifs ne permet pas d’examiner correctement l’évolution de la maladie.

« Cela aboutit à un nombre croissant de personnes qui, sans le savoir, mettent leur vie et celle des autres en danger et qui en plus la plupart du temps ne sont pas recensés dans les décès dus au Covid 19 car le plus souvent ils meurent à leur domicile », conclut Dr Tayeb Hamdi qui ajoute qu’il ne faut surtout pas calquer nos comportements sur des chiffres laissant croire à une amélioration de la situation.

Moins de patients Covid dans les cabinets de généralistes

Selon Dr Najoua Ben Aissa, médecin généraliste, des malades déclarent désormais ne pas vouloir se faire tester et préfèrent utiliser l’ordonnance de médicaments de leurs proches déclarés positifs.

« Plusieurs confrères généralistes et des délégués médicaux ont remarqué depuis quelques semaines une baisse très sensible du nombre de patients qui consultent pour des symptômes liés au Covid-19.

« Jusqu’à il y a deux ou trois semaines, nous avions plusieurs patients par jour dont très peu refusaient de se faire tester au Covid avant de s’isoler éventuellement, mais depuis, le nombre de patients pour suspicion de Covid a beaucoup diminué.

Une seule ordonnance désormais utilisée par toute la famille

Un exemple d’ordonnance utilisée par plusieurs personnes: sans hydroxycholoroquine ni anti-coagulant.

« Aujourd’hui, de plus en plus de patients viennent nous voir en nous disant que leur père ou leurs proches ont été testés positifs et qu’ils allaient par conséquent utiliser le même traitement pour soigner leurs propres symptômes qui sont le plus souvent légers.

« Avec le nombre important de personnes asymptomatiques ou qui ont réussi à surmonter la maladie, les gens n’ont plus peur comme avant et ils se comportent presque comme s’ils avaient une grippe normale.

Sans test et suivi médical, un risque important de complications

« Sachant qu’ils ne se sont pas fait tester, le problème est qu’ils nous rappellent quelques jours après avec de nouveaux symptômes comme l’anosmie (perte d’odorat) malgré l’utilisation d’ordonnances de leurs proches”, regrette la généraliste qui se dit impuissante à les encourager à se faire tester.

« En effet, même si le traitement est censé être le même pour tous les patients souffrant de symptômes légers du covid-19, il y a des risques d’aggravation et de complications comme la thrombose chez certaines personnes qui n’ont pas été testées et suivies convenablement.

La fin de la phobie du Covid 19 a conduit à une automédication croissante

« Ainsi, la baisse actuelle du nombre de tests pratiqués s’explique par la disparition de la phobie de la maladie et par la standardisation du traitement médical qui poussent à l’automédication. Les patients consultent surtout lorsqu’ils ont des symptômes qui deviennent sévères.

« Sachant que le ministère a établi un traitement qui a fait l’objet de circulaires largement diffusées, des patients ayant une atteinte pulmonaire se contentent d’un autodiagnostic, après un scanner, en nous disant « j’ai 5 % ou 10 % de Covid » avant de se traiter eux-mêmes », conclut Dr Ben Aissa pour qui l’automédication est la principale cause de la baisse sensible des tests passée de 25.000 à moins de 15.000/jour.

Médias24 a également obtenu le témoignage direct de deux personnes qui, elles, ont bien été testées positives au Covid et qui se sont contentées de recourir aux ordonnances standard de leurs connaissances estimant que les symptômes n’étaient pas forts et que l’automédication ainsi que l’isolement suffisaient.

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