Modèle de développement. Une alliance pour concurrencer le rapport Benmoussa ?

Sept fondations nationales portant le nom de grandes personnalités marocaines se sont alliées pour lancer un grand débat autour du nouveau modèle de développement. Un débat qui vise à remplir le vide autour de ce sujet crucial pour l’avenir du pays et qui ne peut, selon ses promoteurs, être l’apanage ou le monopole d’une commission spéciale désignée.

Modèle de développement. Une alliance pour concurrencer le rapport Benmoussa ?

Le 27 avril 2021 à 11h49

Modifié 27 avril 2021 à 17h01

Sept fondations nationales portant le nom de grandes personnalités marocaines se sont alliées pour lancer un grand débat autour du nouveau modèle de développement. Un débat qui vise à remplir le vide autour de ce sujet crucial pour l’avenir du pays et qui ne peut, selon ses promoteurs, être l’apanage ou le monopole d’une commission spéciale désignée.

Cette alliance est composée des Fondations Allal El Fassi, Abderrahim Bouabid, Ali Yata, Abou bakr El Kadiri, Abed Al-Jabri ainsi que des Centres Bensaid Ait Idder et Mohammed Hassan Ouazzani. Elle a été rejointe par la Fondation Abdelhadi Boutaleb et l’Académie Mehdi Ben Barka. De grands noms qui pèsent lourd dans l’histoire politique et intellectuelle du pays, qui étaient souvent en désaccord politique de leur vivant, mais dont les Fondations et les Centres qui conservent leur pensée et leur héritage ont décidé de s’accorder dans ce qu’ils qualifient d’un moment charnière pour l’avenir du Maroc.

Leur objectif : créer les conditions d’un grand débat national autour du nouveau modèle de développement. Un terme auquel ils préfèrent celui de « la citoyenneté renouvelée ».

La conférence introductive de ce grand débat a été donnée samedi dernier à Rabat, avec la présence de grandes personnalités du monde politique et intellectuel.

« Un dialogue national pour recréer la confiance »

« Notre pays vit depuis quelques années une situation inquiétante. La pandémie est venue creuser les choses et mettre à nu les fragilités sociales. Il faut préparer les conditions d’une nouvelle émergence. Et cela passe d’abord par recréer la confiance entre les citoyens et les institutions, car c’est l’un des plus grands dangers qui guettent notre pays… Et on ne peut recréer cette confiance sans débat, sans dialogue national », explique dans son mot introductif Moulay Ismail Alaoui, le représentant de la Fondation Ali Yata et une des chevilles ouvrières de cette alliance des 7.

Cette initiative vise selon lui à ouvrir un débat national autour de la construction d’un nouveau contrat social, un nouveau modèle de développement, un Maroc nouveau, productif, démocratique et égalitaire. Un projet qui ne peut venir d’en haut, affirme-t-il. A noter que pour la CSMD (Commission spéciale sur le modèle de développement), le processus d’élaboration du rapport a vu une implication et une concertation très larges, des partis politiques jusqu’aux citoyens dont les contributions sont publiées sur le site de la commission (voir en fin de cet article).

« Le concept de la nation au Maroc est passé historiquement par plusieurs phases : d’un lien tribal, religieux, puis territorial et politique. Les Marocains ambitionnent aujourd’hui de recréer un nouveau lien : celui de la citoyenneté. Ce projet nécessite la transition collective vers un Maroc nouveau, égalitaire, solidaire, démocratique, qui garantit aux citoyens toutes les libertés et où seule la loi prime. Un Maroc où tout le monde, dans sa diversité, ses sensibilités, se retrouve. C’est cela le Maroc d’une citoyenneté renouvelée. Et ce Maroc ne peut venir d’une décision d’en haut, de manœuvres politiques ou partisanes, encore moins d’une intervention étrangère, mais par un débat national. C’est cela l’objectif de notre initiative, qui est ouverte à toute la société. Nous avons constaté un vide sidéral dans le débat public et on a décidé de participer à la construction de ce Maroc en faisant des propositions sur les plans économiques, politiques, sociales… », explique Moulay Ismail Alaoui.

Une transition que le penseur Abdou Filali Ansary, invité à intervenir dans cette conférence introductive, qualifie de passage de « Dawlat Al Ghalaba », comme conceptualisé par Ibn Khaldoun, à un État égalitaire, démocratique. Abdou Filali Ansary appelle même à ce que ce débat aboutisse à une sorte de document similaire dans sa symbolique à celui présenté en 1944 par les résistants marocains pour revendiquer l’indépendance du pays. Un document qu’il propose d’appeler « Le Manifeste des 44+77 » (77 en référence aux nombres d’années passées depuis la signature du Manifeste du 11 janvier 1944 ».

Une idée que Abdelouahed El Fassi, fils du leader Istiqlali Allal El Fassi, trouve exagérée. « Le Manifeste de l’indépendance a été présenté à l’occupant. Nous ne sommes pas dans ce contexte. Et nous discutons aujourd’hui d’un sujet purement national. Cette approche s’apparente à du chantage. Ce n’est pas notre objectif », répond-t-il.

« Le nouveau modèle de développement ne peut venir d’en haut »

La démarche des 7 est née selon lui du constat que le Maroc est en phase d’enclencher un nouveau projet de développement. « C’est ce modèle de développement qui sera parachuté qui nous a poussé à penser à ce grand débat. Nous voulons que ce sujet sorte du petit cercle où il est discuté pour s’ouvrir à un cercle plus grand, être soumis à un dialogue national, dans l’objectif de trouver des solutions aux impasses que nous traversons et recréer justement cette confiance ».

Même son de cloche de Khalid El Kadiri, ancien patron de la CDG et fils du grand penseur et leader politique Abou Bakr El Kadiri dont il représente la fondation.

« Nous étions d’abord en phase de la rédaction d’un pacte. Mais on s’est dit que l’on ne peut pas faire cela sans passer par un débat national, sans impliquer la société, les citoyens. On ne vient pas pour contrer qui que ce soit, mais on veut créer un élan pour que les citoyens s’approprient ce débat autour du modèle de développement. Nous espérons d’ailleurs que le rapport Benmoussa sera publié rapidement pour qu’on puisse l’étudier et en débattre », précise-t-il.

Représentant de la Fondation Abed El Jabri, Khalid Sefiani explique également que cette démarche ne s’inscrit pas contre la CSMD. Mais vient en complément, pour donner à cette transition que le Maroc veut entreprendre une certaine crédibilité.

« Quand ce rapport sera publié, on va l’étudier sans le moindre problème, même si je ne crois pas que Ssi Benmoussa serait objectif dans son travail. Ce modèle est censé être la locomotive du Maroc de demain. L’Etat est dans l’obligation de nous écouter, de prendre en considération les conclusions de ce débat national. L’Etat est d’ailleurs responsable de créer ce genre de débats s’il veut réussir un véritable développement du pays », ajoute M. Sefiani.

« Face à la situation du pays, on ne pouvait rester les bras croisés à attendre le rapport de la CSMD. Ce dialogue global doit servir à ça. On n’est pas des partis liés par des intérêts politiques…Nous sommes des Fondations, des centres de réflexion, nous n’avons aucun agenda. Et nous pensons que nous pouvons participer, face au grand vide politique et intellectuel, à créer un climat de confiance dans le pays », ajoute M. Sefiani.

Même message véhiculé par le représentant du Centre Bensaid Ait Idder, l’historien Mostafa Bouaziz. « C’est un moment national fondateur. Pour l’instant, la décision de l’Etat est verticale. Il s’ouvre sur quelques compétences extérieures, mais reste globalement fermé sur la société. Cette verticalité ne s’accorde pas avec le moment actuel, le Maroc de demain, un Maroc où toutes les décisions passent par le dialogue. C’est cela notre ambition. Et nous pensons que le rapport Benmoussa, ou tout rapport issu d’une commission créée en haut, doit être soumis au débat national avant son adoption ou son application. C’est d’ailleurs un des moyens pour recréer la confiance entre les citoyens et les institutions ».

Et Moulay Ismail Alaoui de conclure que de toutes les façons, cette initiative est déjà lancée.

« On ne va pas attendre le rapport Benmoussa. Nous avons commencé aujourd’hui par une conférence introductive. Nous allons poursuivre nos travaux en organisant des conférences thématiques, ouvertes à tous, sur des thèmes comme les inéluctables réformes politiques qui doivent s’opérer, la démocratisation, les libertés, la lutte contre la corruption, les abus de pouvoir, l’économie de rente, l’indépendance de la justice et la construction d’un service public de qualité dans tous les domaines, notamment dans l’éducation et la santé… Et nous promettons à tout le monde ainsi qu’aux citoyens que nous aurons le courage de dire les choses telles qu’elles sont », explique l’ancien SG du PPS et représentant de la Fondation Ali Yata.

La réaction de la CSMD

Dans un contact avec Médias24, une source autorisée de la CSMD nous a transmis la réaction suivante :

« Il convient de rappeler que le Souverain a appelé dès 2017 à une contribution de toutes les forces vives de la Nation à la réflexion sur le modèle de développement. En 2019, la commission a été installée pour mener cette réflexion en tenant compte de l’ensemble des contributions déjà soumises et pour élargir le plus possible le processus d’écoutes et de consultations de tous les acteurs du développement. Il faut également rappeler que le mandat de la CSMD est de nature consultative.

« Ainsi, les membres de la CSMD ont invité tous les partis du pays, les institutions constitutionnelles, les représentants du patronat, des fédérations professionnelles, des syndicats, des associations de la société civile, et aussi des experts nationaux et internationaux à prendre part à ce chantier majeur pour le pays, qui ne peut se concevoir sans une approche inclusive, participative et à l’écoute des Marocains

« Avant la crise du covid-19, les membres de la CSMD se sont rendus dans plusieurs régions du Royaume pour écouter et échanger avec les citoyens, y compris dans des régions reculées, sur leurs attentes et leurs propositions pour le nouveau modèle de développement. Ce sont plus de 30 visites de terrain qui ont été ainsi menées. Depuis les contraintes imposées par la crise sanitaire, les échanges avec les citoyens se sont poursuivis par visio-conférence, notamment avec les lycéens et les étudiants qui ont participé à une large consultation sur le modèle de développement.

« Depuis le début de ses travaux, la CSMD a tenu à mettre en place une plateforme en ligne (csmd.ma) afin de récolter les propositions de tous les Marocains d’ici ou d’ailleurs qui souhaiteraient exprimer leur vision du Maroc de demain. La Commission a reçu au total 6.600 contributions écrites.

« Les membres de la CSMD, bénévoles et issus d’horizons différents, ont été en interaction directe avec près de 10.000 personnes et en interaction via les réseaux sociaux avec un peu plus de 3 millions de personnes.

« L’ensemble des contributions ont été traitées et analysées grâce à l’aide et l’expertise des département d’intelligence artificielle de l’UIR et l’UM6P. Les données ainsi traitées alimentent le rapport de la CSMD. »

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