Histoire. La revue Hesperis-Tamuda fête ses 100 ans : le point avec Driss Khrouz

A l’occasion du centenaire de la revue de sciences sociales Hespéris-Tamuda, Medias24 revient sur cette publication créée en 1921 par le maréchal Hubert Lyautey pour mieux comprendre l’histoire de la civilisation du Maroc. Selon Driss Khrouz qui a dirigé la bibliothèque nationale, la célébration de cet inestimable outil rend justice à son utilité pour les chercheurs du monde entier.

Histoire. La revue Hesperis-Tamuda fête ses 100 ans : le point avec Driss Khrouz

Le 29 avril 2021 à 17h22

Modifié 1 mai 2021 à 15h41

A l’occasion du centenaire de la revue de sciences sociales Hespéris-Tamuda, Medias24 revient sur cette publication créée en 1921 par le maréchal Hubert Lyautey pour mieux comprendre l’histoire de la civilisation du Maroc. Selon Driss Khrouz qui a dirigé la bibliothèque nationale, la célébration de cet inestimable outil rend justice à son utilité pour les chercheurs du monde entier.

Neuf ans après le début du protectorat, l’institut des Hautes Etudes Marocaines dirigée par des chercheurs français avait créé la revue Hespéris bien avant que son pendant Tamuda ne soit à son tour éditée à Tétouan par les autorités espagnoles pour finalement fusionner à l’indépendance du Maroc.

Un siècle plus tard, le comité de rédaction marocain s’apprête à célébrer le centenaire de cette revue annuelle en publiant un numéro spécial 1921-2021 avec des articles originaux, des communications, études bibliographiques et compte-rendu en arabe, français, anglais, espagnol _

Une revue scientifique créée par le maréchal Hubert Lyautey

Sollicité par Médias24, l’ancien directeur général de la bibliothèque nationale Driss Khrouz, à qui l’on doit avec la faculté des lettres de Rabat, chacun de son côté, la numérisation de tous les numéros de Hespéris-Tamuda revient sur l’apport de cette revue qui est devenue une référence pour les universitaires marocains et étrangers intéressés par le Maroc et qui a activement contribué à la formation des élites du pays et à sa production scientifique.

« Au départ, cette publication créée par la volonté du résident général Lyautey avait un comité de rédaction français, soutenu par la direction des affaires culturelles du protectorat qui comprenait des grands noms comme Jacques Berque, Robert Montagne, Germaine Laoust- Chantréaux …

« Ces historiens, anthropologues et ethnologues avaient tous travaillé sur le Maroc de l’antiquité et du moyen-âge et notamment sur les tribus, les régions, le makhzen et l’Islam de l’empire chérifien », explique notre éminent interlocuteur.

Un outil de documentation sur la civilisation du Maroc depuis sa création

Sur l’utilité de ces travaux, Khrouz tient d’abord à rappeler que leur création était à mettre au crédit de « l’intelligence de Lyautey qui n’était pas juste un militaire baroudeur » mais également un intellectuel « habité par l’histoire des civilisations et notamment celle du Maroc ».

« Face à une culture parmi les plus vieilles de l’histoire qui s’est structurée avec l’empire almoravide qui a connu le chiisme, le kharijisme, le zaydisme et le sunnisme, Lyautey, comme l’a fait Napoléon avant lui en Egypte, s’est documenté pour mieux comprendre le Maroc que la France avait conquis.

« Avec cette idée saugrenue d’aujourd’hui que pour apporter la civilisation occidentale du progrès, il fallait d’abord comprendre les civilisations dans lesquelles le colonisateur agissait. Selon lui, il ne suffisait donc pas d’occuper un territoire mais plutôt de l’étudier pour mieux s’y adapter et avancer.

« L’objectif était de s’imprégner de la culture de la société marocaine avant d’agir »

« Pour cela, Hespéris-Tamuda à l’image de la bibliothèque générale, a donc réuni de nombreuses archives (berbères …) et plusieurs instruments de compréhension civilisationnelle à travers l’Institut des hautes études marocaines qui deviendra la première faculté de lettres du Royaume.

« En fait, il s’agissait de donner au protectorat une notion civilisationnelle pour l’imprégner de la culture de la société marocaine dans laquelle la France agissait », explique le féru d’histoire.

« Des articles  jamais égalés en termes de qualité »

A la question de savoir si la démarche de Lyautey que certains pourraient qualifier de pseudo-intellectuelle pour se donner bonne conscience d’occuper militairement un Etat souverain depuis plus d’un millénaire, Khrouz tient à récuser cette interprétation en affirmant que les études menées par les Français sous l’égide du maréchal n’ont à ce jour jamais été égalées en termes de qualité.

« N’en déplaise à certains esprits chauvins, il est indubitable qu’aujourd’hui, nos chercheurs n’ont pas fait mieux que ceux du protectorat en matière d’écriture et de découvertes archéologiques de notre histoire aussi bien avant l’arrivée de l’Islam qu’après sa généralisation sur le territoire marocain.

« En effet, la meilleure école de l’histoire de l’anthropologie du Maroc de 2021 est toujours celle des études entreprises entre 1916 et 1950.

Des Français kabyles à la rescousse pour mieux comprendre le monde amazigh

« S’il n’y avait pas de Marocains qui collaboraient aux deux revues Hespéris et Tamuda jusqu’à la fin du protectorat, il y avait cependant des chercheurs français d’origine kabyle chargés de faciliter le contact avec les populations amazighes.

« Peu importe que cette démarche ait été démagogique ou pas car au final, la France a utilisé de nombreux kabyles lettrés qui étaient non seulement musulmans mais également berbérophones.

A l’indépendance, les chercheurs marocains prennent le relais

« Après l’indépendance du Maroc, le comité de rédaction a été repris par plusieurs historiens comme Germain Ayache (1960-90) puis par une nouvelle génération à l’image de Jamaâ Baida et Khalid Ben Srhir qui ont à leur tour accompli un excellent travail de mémoire.

« Si les études de la revue unifiée dans les années 70 ont connu un rythme moins soutenu avec une période creuse dans les années 90, à cause de problèmes d’hébergement, le travail de recherche a repris de plus belle avec l’universitaire Khalid Ben Srhir et son équipe de jeunes chercheurs.

« Ainsi, lorsque je dirigeais la bibliothèque nationale, nous avions signé une convention avec cette publication pour numériser tous ses numéros, depuis la création des deux revues.

« Hesperis-Tamuda est financée par la faculté de lettres mais aussi par des aides des ministères de la Culture et des Habous et de l’Institut des études africaines qui prend en charge certaines dépenses.

Un annuaire qui fait autorité dans le monde entier

« Cet annuaire de plusieurs centaines de pages qui peut être consulté gratuitement en ligne est constitué d’articles qui sont rédigés par une équipe de plusieurs chercheurs marocains bénévoles.

« Destinés en priorité à des universitaires, cette revue très fouillée ne contient pas d’articles de vulgarisation pour le grand public.

Un succès international qui dépasse le retentissement universitaire au Maroc

« Avant la digitalisation, l’équipe de rédaction vendait des abonnements aux facultés marocaines mais aussi à la bibliothèque nationale de France, la British Library et aux instituts de recherche du type centre Jacques Berque, CNRS français, la maison de la méditerranée à Aix-En-Provence …

« Si une poignée de chercheurs marocains l’utilisent encore comme source bibliographique pour leurs cours, cette revue n’a malheureusement pas le même retentissement qu’à l’international.

« Des lettres de noblesse retrouvées grâce à l’équipe de l’historien Ben Srhir »

« Si elle a regagné ses lettres de noblesse, c’est grâce au merveilleux travail accompli par l’équipe de l’arabophone, francophone et anglophone Khalid Ben Srhir qui a obtenu plusieurs prix de traduction.

« Selon moi, cette revue a permis de perpétuer une magnifique école d’histoire du Maroc avec des chercheurs marocains qui ont pris le relais pour publier des articles de grande qualité scientifique », conclut Khrouz pour qui Hespéris Tamuda est une publication nécessaire à sauvegarder absolument.

Programme qui célébrera le centenaire de la publication

La couverture du numéro spécial 100 ans

L’occasion de rappeler que dans le cadre de la célébration de son centenaire, son équipe a annoncé la mise en ligne, dans quelques jours d’un dossier coordonné par Yasmine Berriane et Bettina Dennerlein avec Latifa El Bouhsini, Katherine E. Hoffman, Jillali El Adnani, Yasmine Berriane, Zakaria Rhani, Sarah Farag, Bettina Dennerlein, Fadma Aït Mous, Tourayya Essaoudi et Saliha Belmessous.

Le numéro comprenant 3 volumes contient des articles inédits sur les arts rupestres de Tamanart, le matériel de mouture du site d’El-Mekam, Oasis en Al-Andalus, Aṭṭufūla fī tārīkh al-Maghrib al-wasīt, “Abolitionist and Civilizing” Tour in the Sharifian Empire, la Diète méditerranéenne de Chefchaouen; The Revolutionary and Scholarly Turns in the Marxist Criticism of the Moroccan Novel in Arabic …

Pour les scientifiques intéressés par les articles de Hespéris-Tamuda, cliquez sur le lien du site officiel qui permet de consulter tous les numéros jusqu’au derniers fascicules datant de 2020 en open-access élaborés par l’équipe suivante:

Coordinateur scientifique 

Khalid Ben-Srhir, Histoire contemporaine et traduction de l’Université Mohammed V de Rabat

Comité scientifique international

  • Ahmed Toufiq, Historien et romancier– Université Mohammed V de  Rabat, Maroc
  • Brahim Boutaleb, Histoire contemporaine– Université Mohammed V de  Rabat, Maroc
  • Abdelahad Sebti, Histoire médiévale et moderne- Université Mohammed V de Rabat, Maroc
  • Rahma Bourqia, Sociologie et anthropologie– Université Mohammed V de  Rabat, Maroc
  • Mohamed Tozy, Politologue – Université Hassan II de Casablanca, Maroc
  • Daniel Schroeter, Histoire moderne et contemporaine – étude sur le judaïsme- Minnesota
  • Eloy Martin Corrales, Histoire moderne et contemporaine – Universitat Pompeu Fabra Barcelona, Espagne
  • Abdou Filali-Ansary, Histoire de la philosophie, histoire des idées dans les contextes musulmans, Londres, Royaume-Uni
  • Houari Touati, Directeur d’étude à l’EHESS (Paris)  et directeur de Studia Islamica, France
  • Abdelhamid Henia, Histoire moderne – Doha Institut, Graduate Study, Qatar
  • Bettina Dennerlein, Etudes de genre et des études islamiques – Université de Zurich, Suisse
  • Nabil Mouline, Enseignant chercheur Science-Po Paris. Chargé de recherche CNRS, France
  • Jocelyne Dakhlia, Directrice d’étude à l’EHESS (Paris), France
  • Edmund Burke III, Histoire moderne et contemporaine – Université de  Californie Santa Cruz
  • Garcia Lopez Bernabe, Histoire moderne et contemporaine – Univ Auto de Madrid, Espagne
  • Henry Laurens,  Historien, Collège de France, Paris.
  • Angeles Ramirez, Anthropologie sociale – Universidad Autonoma de Madrid, Espagne
  • Daniel Rivet, Historie moderne et contemporaine. Spécialiste du Maghreb à l’époque coloniale, France
  • Odile Moreau, Histoire moderne et contemporaine –Université de Montpellier III, France
  • Aomar Boum, Anthropologue et historien, Université de Californie Los Angeles, USA
  • Comité de rédaction et équipe éditoriale 
  • Mohamed Berriane, Géographe- Université Mohammed V de Rabat , Maroc
  • Mohammed Kenbib, Histoire contemporaine – Université Mohammed V de Rabat , Maroc
  • Jamaâ Baida, Histoire contemporaine – Université Mohammed V de Rabat , Maroc
  • Mokhtar El Harras, Sociologie – Université Mohammed V de Rabat , Maroc
  • Khalid Ben-Srhir, Histoire contemporaine et traduction – Université Mohammed V de Rabat , Maroc
  • Driss Maghraoui, Histoire-Al-Akhawayn University, Ifrane, Maroc
  • Rahal Boubrik, Sociologie – Université Mohammed V de  Rabat, Maroc
  • Hassan Redouane, Architecture, Université Mohammed VI Polytechniqued, Benguerir
  • Lahcen Hafidi Alaoui, Histoire médiévale et moderne- Université Mohammed V, Abudhabi, EAU
  • Mohammed Abattouy, Doha Historical Dictionary of Arabic, The Arab Center for Research and Policy Studies, Doha, Qatar.
  • Jillali El Adnani, Histoire contemporaine – Université Mohammed V de Rabat , Maroc
  • Aomar Akerraz, Archéologue africaniste.- INSAP, Rabat, Maroc.
  • Hamid Titaou, Histoire médiévale et moderne – Université Sidi Mohammed Ben-Abdellah, Fès
  • Mohammed Cherif, Histoire médiévale et moderne- Abdelmalek Saadi, Tétouan, Maroc
  • Leila Maziane, Histoire moderne- Université Hassan II, Casablanca
  • Samira Mizbar, Economie du développement, chercheure indépendante, Rabat, Maroc.
  • Mohammed Jadour, Histoire moderne, Université Mohammed V de Rabat, Maroc
  • Ijjou Cheikh Moussa, Littérature comparée, Université Mohammed V de Rabat, Maroc Abdallah Fili, Archéologie islamique, Univesrité Chouaib Doukkali, El Jadida, Maroc
  • Taieb Belghazi, Cultural Studies- Université Mohammed V de Rabat

 

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