Usage légal du cannabis: voici l’essentiel des études réalisées par le ministère de l’Intérieur

Le ministère de l'Intérieur a présenté au Parlement les études effectuées sur le développement du cannabis à des fins médicales, cosmétiques et industrielles. Ces études portent sur la faisabilité du projet, son potentiel économique, les usages et propriétés de la plante, ainsi que les atouts du Maroc et les défis qu'il devra relever.

Usage légal du cannabis: voici l’essentiel des études réalisées par le ministère de l’Intérieur

Le 4 mai 2021 à 23h13

Modifié 5 mai 2021 à 15h01

Le ministère de l'Intérieur a présenté au Parlement les études effectuées sur le développement du cannabis à des fins médicales, cosmétiques et industrielles. Ces études portent sur la faisabilité du projet, son potentiel économique, les usages et propriétés de la plante, ainsi que les atouts du Maroc et les défis qu'il devra relever.

Chose promise, chose due. Le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, avait déclaré à la commission de l’Intérieur de la Chambre des représentants, lors de la présentation du projet de loi sur l’usage légal du cannabis, être prêt à « faire une présentation des études », précisant qu’il n’y a « rien à cacher » car « il n’y a jamais eu d’études secrètes ».

Ce mardi 4 mai, une présentation des études d’opportunité, réalisées par le ministère de l’Intérieur, sur le développement national du cannabis à des fins médicales, cosmétiques et industrielles, a eu lieu au Parlement.

Selon une source parlementaire, le ministère de l’Intérieur a, lors de cette présentation, rappelé les propriétés de cette plante, ses composantes ainsi que ses divers usages médicaux, industriels et cosmétiques.

Il en a également présenté le potentiel économique, puisque le marché légal du cannabis, notamment médical est, selon le ministère, “prometteur avec une forte croissance” et ce, malgré les défis qui peuvent se présenter pour le Maroc, un pays aux nombreux atouts, apte à développer la culture durable du cannabis.

Voici les principaux éléments exposés, rapportés par notre source parlementaire.

L’usage des vertus du cannabis, du IXe au XXIe siècle

Le cannabis est une plante qui contient plusieurs composants. Les plus importants sont le THC (tétrahydrocannabinol), qui est la matière psychoactive et la seule à faire l’objet d’une surveillance mondiale, le CBN (Canabinol), qui a des caractéristiques psychoactives faibles et le CBD (Canabidiol) qui n’a aucun effet néfaste. Au contraire, les études montrent qu’il contient de nombreuses propriétés médicinales et réduit les effets psychoactifs du THC.

Son usage médical est répandu et date du 9e siècle. Il a été cité par Ibn Sina, au 11e siècle, dans le Canon de la médecine, pour ses nombreuses vertus anesthésiantes.

Actuellement, le cannabis est utilisé dans le traitement des maladies neurodégénératives comme le Parkinson et l’Alzheimer, ainsi que les maladies inflammatoires et auto-immunes, mais aussi les maladies inflammatoires de l’intestin comme la maladie de Crohn.

Les communautés scientifiques des pays qui l’ont légalisé le considèrent comme étant efficace dans le traitement de l’épilepsie, mais aussi pour réduire les douleurs liées au Sida, aux cancers et à la chimiothérapie.

Grâce à ses propriétés anti-oxydantes et anti-inflammatoires, le CBD est utilisé dans la fabrication de cosmétiques pour les soins de la peau, la reconstruction de ses cellules, etc. D’ailleurs, comme le souligne le ministère de l’Intérieur, il est possible de remarquer que plusieurs lotions esthétiques à base de cette plante, généralement importées, sont vendues au Maroc dans les pharmacies et commerces, mais aussi via internet.

Quant à son usage industriel, le chanvre permet de créer des matériaux de construction à travers le béton et la peinture de chanvre, ainsi que des matériaux d’isolation phonique et thermique. Il est également utilisé dans la papeterie, les industries textile, automobile et alimentaire.

Marché mondial du cannabis médical: 114,2 milliards de dollars en 2028

La course à la dépénalisation du cannabis dans le monde se poursuit. En Afrique seulement, 6 pays ont déjà dépénalisé l’usage médical de la plante. Il s’agit du Malawi, le Zimbabwe, la Zambie, l’Afrique du Sud, le Lesotho et le Ghana qui s’ajoutent aux nombreux pays européens (12) ayant fait de même, tel que l’Espagne, la Suède, la Suisse ou encore la Grèce.

Idem pour d’autres pays en Asie (5), en Amérique du Nord (Canada et 33 Etats américains), Amérique du Sud (5) et en Océanie (Australie). Sachant que plusieurs d’entre eux ont également dépénalisé l’usage récréatif de la plante. Et pour cause, le marché mondial du cannabis médical et récréatif est très prometteur.

En effet, selon l’étude menée par le ministère de l’Intérieur et sur la base des données de 2018, le marché mondial du cannabis légal s’élève à 13,8 MM de dollars et devrait être porté à 233 MM de dollars selon les prévisions de 2028.

Le marché mondial du cannabis médical s’élève à 8,1 MM de dollars (2018) et pourrait atteindre 114,2 MM de dollars en 2028.

L’Europe, principal marché pour le Maroc

En Europe seulement, il est prévu que ce marché (usage médical) passe de 563,7 millions d’euros à 58 milliards d’euros en 2028. Le taux de croissance annuel du marché du cannabis médical est de 30%, sur le plan mondial et de 60% au niveau européen.

Le marché européen est justement le marché principal du Maroc, en raison du potentiel d’exportation et de la facilité d’accès ainsi que des facteurs liés aux prévisions d’évolution de la consommation et du volume des importations.

Sachant qu’aux Etats-Unis une interdiction fédérale rend le commerce international illégal et que le marché canadien est mature et fermé pour les importations, les marchés prioritaires du cannabis médical marocain sont l’Espagne, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l’Allemagne, avec des projections de 25 milliards de dollars en 2028.

A noter que le potentiel des marchés français et italien peut porter ce chiffre à 42 milliards de dollars.

Selon le ministère de l’intérieur, il est possible de déterminer les objectifs des exportations marocaines du cannabis à usage légale en Europe, à l’horizon 2028, selon deux hypothèses.

La première est une hypothèse « basse », selon laquelle, 10% du marché du cannabis médical visé peut rapporter 4,2 MM de dollars au Maroc, soit 420 M de dollars comme revenu agricole annuel.

Selon la seconde hypothèse, dite « hausse », 15% du marché du cannabis médical visé peut rapporter 6,3 MM de dollars au Maroc, soit 630 M de dollars comme revenu agricole annuel.

Ce qui permet, dans les deux cas, de dépasser les revenus agricoles annuels actuels, qui sont à hauteur de 400 M de dollars, surtout que ces prévisions ne prennent pas en considération les revenus de la culture et la transformation du cannabis à des fins industrielles.

Mais le Maroc a-t-il les atouts pour cultiver, produire et exporter le cannabis et ses dérivés ?

« Le Maroc a les atouts pour relever ce défi »

Selon une étude du ministère de l’Intérieur, le Maroc dispose de plusieurs atouts, notamment les conditions naturelles et climatiques favorables, la proximité du marché européen émergent, l’offre logistique (ports, aéroports etc.), l’attractivité pour les investissements étrangers ainsi que le savoir-faire hérité des paysans traditionnels.

Le nombre d’habitants concernés par la culture illégale du cannabis au Maroc est, selon l’étude menée par le ministère de l’Intérieur, de 400.000 personnes, soit près de 60.000 familles, dont les rentrées d’argent peuvent atteindre 75.000 DH par an et par hectare pour les terres irriguées et fertiles.

Ces sommes sont en baisse depuis plusieurs années, notamment à cause de la dépénalisation médicale et récréative du cannabis qui est en cours en Europe et qui menace l’activité illégale.

Les études montrent que le revenu net par hectare va atteindre 110.000 DH par an, soit une amélioration de près de 40% par rapport au revenu actuel le plus élevé et ce, dans le cadre d’une pratique respectueuse de la culture durable du cannabis.

Cette initiative permettra donc “d’améliorer les revenus” et de “stimuler les agriculteurs”, ce qui contribuera, en plus de la “grande expérience de notre pays dans le domaine agricole”, à la réussite de la culture durable du cannabis. Et ce, malgré les défis et risques qui se profilent à l’horizon.

En effet, selon le ministère de l’Intérieur, même si le marché mondial du cannabis est prometteur, le démarrage de ce chantier ne permet pas d’absorber la totalité de la production des agriculteurs, car il s’agit d’une approche progressive.

Dans ce sens, il convient de se pencher sur des cultures alternatives, génératrices de revenus, afin de convertir les agriculteurs qui ne pourront pas rejoindre le programme de cannabis médical, pharmaceutique et industriel.

De plus, le développement de l’usage légal du cannabis permettra de limiter de nombreux risques liés au trafic et à la consommation de drogue, qui portent sur la santé des citoyens et sur l’environnement. Sur le plan économique, il permettra de développer une chaîne de production qui fera du Maroc un pays exportateur des produits médicaux, thérapeutiques et industriels au lieu de continuer à les importer.

Lire aussi:

Usage légal du cannabis : « Il faut faire vite, nous sommes en retard » (Laftit)

Dépénalisation du cannabis : voici les enjeux sociaux et potentialités économiques

Cannabis. L’usage médical n’a rien à voir avec l’usage récréatif (experts)

Projet de loi sur l’usage légal du cannabis: voici tout ce qu’il faut savoir

A lire aussi


Les dernières annonces judiciaires
Les dernières annonces légales

Communication financière

Communiqué de presse post Assemblée Générale Ordinaire de la société Aluminium du Maroc, réuni le 29 Juin 2020

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.