Les conséquences d’une éventuelle rupture des relations Maroc-Espagne vues par Jawad Kerdoudi

Le Maroc ira s'il le faut jusqu'à la rupture des relations diplomatiques si le chef du polisario devait être exfiltré d'Espagne. Jawad Kerdoudi président de l’Institut marocain des relations internationales (IMRI) nous explique les répercussions socio-économiques d’une éventuelle rupture.

Les conséquences d’une éventuelle rupture des relations Maroc-Espagne vues par Jawad Kerdoudi

Le 25 mai 2021 à 18h13

Modifié 25 mai 2021 à 18h13

Le Maroc ira s'il le faut jusqu'à la rupture des relations diplomatiques si le chef du polisario devait être exfiltré d'Espagne. Jawad Kerdoudi président de l’Institut marocain des relations internationales (IMRI) nous explique les répercussions socio-économiques d’une éventuelle rupture.

>Ce que signifie la rupture des relations diplomatiques…

« Avant toute chose, il convient de définir la réelle signification d’une rupture des relations diplomatiques qui est le stade ultime d’un désaccord le plus souvent politique entre deux pays.

« En effet, en matière diplomatique, c’est la dernière décision qui vient après une première étape de protestations puis d’un rappel de son ambassadeur pour consultation auprès de son gouvernement.

« Pour faire court, la rupture des relations diplomatiques signifie l’absence de contacts politiques officiels entre deux pays qui s’ignorent et ne s’adressent plus la parole.

>Pas d’impact économique immédiat

« Dans le cas où le Maroc décide de rompre ses relations diplomatiques avec son voisin ibérique, il ne devrait y avoir, dans un premier temps, aucun impact sur le plan des échanges économiques et les contrats existants qui lient les hommes d’affaires marocains et espagnols vont continuer normalement.

« En effet, l’exportation et l’importation de biens et de services sont régis par des contrats qui, en règle générale, ne comportent aucune clause de caducité en cas de rupture des relations diplomatiques.

>Les entrepreneurs nationalistes risquent de devoir payer des lourds dédommagements

« Concrètement, une usine marocaine installée dans la zone franche de Tanger qui sous-traite pour le textilien espagnol Zara va continuer à travailler normalement sous peine d’être poursuivie au civil par son donneur d’ordre pour rupture de ses obligations contractuelles de production.

« D’autant plus que dans tous les contrats d’échanges internationaux, il y a une clause d’arbitrage qui stipule qu’en cas de différend, ça ne sera pas la justice marocaine ou espagnole qui s’appliquera mais une cour d’arbitrage internationale.

« Tout cela pour dire que si un exportateur marocain ou espagnol refuse de fournir son client pour faire preuve de nationalisme, il y aura des suites judiciaires avec des dédommagements financiers importants.

« Il faut donc différencier le volume des contrats qui ont été conclus avant la rupture des relations diplomatiques et ceux qui étaient en instance d’être signés ou programmés à une date précise.

>A terme, il n’y aura plus de nouveaux investisseurs espagnols au Maroc

« Ainsi, si les contrats existants ne seront pas impactés dans l’immédiat, le flux des nouveaux contrats et des investissements programmés va certainement ralentir voire même s’arrêter assez rapidement.

« En toute logique, au regard du risque d’instabilité induit par la rupture des relations diplomatiques, les hommes d’affaires marocains ou espagnols qui sont toujours prudents avant de s’installer dans un pays étranger préféreront reporter leurs investissements dans l’autre pays.

>Pas de blocus ou d’embargo entre les deux pays

« Ceci-dit, si le Maroc rompt ses relations diplomatiques avec l’Espagne, il est impensable qu’il mette en œuvre un blocus économique et commercial avec son voisin comme l’avaient fait les Etats-Unis avec Cuba ou l’Iran.

« C’est d’autant moins envisageable qu’une telle politique d’embargo irait à l’encontre de ses intérêts.

« Selon moi, notre gouvernement va laisser courir les échanges économiques mais la dynamique de nouveaux investissements va se tarir sans compter l’arrêt total des relations politiques bilatérales », prévient Kerdoudi en ajoutant qu’il n’y aura plus de délégations espagnoles au Maroc ni de salons sponsorisés par les autorités ibériques jusqu’à la reprise des relations diplomatiques entre les deux pays.

>Aucun impact sur les communautés d’émigrés marocains et espagnols

Concernant un éventuel impact social sur les communautés marocaines en Espagne (900.000 personnes) ou espagnole au Maroc (10.000), notre interlocuteur se dit persuadé qu’il ne devrait y en avoir aucun.

« L’Espagne accueille sur son sol de nombreux Marocains qui payent leurs impôts et participent activement à son économie. Cette communauté ne devrait pas être touchée par la rupture.

« Idem pour l’Etat de droit du Maroc où il n’y a aucun risque de mesures individuelles ou groupées de rétorsion. Ainsi, il est inenvisageable que notre pays se comporte comme l’Algérie qui n’avait pas hésité à expulser des centaines de milliers de Marocains après la Marche Verte », précise l’expert en relations internationales pour qui ces procédés d’Etat-voyou n’ont rien à voir avec les deux royaumes.

>En cas de rupture, il y aura des perdants dans les deux pays

« A la question de savoir qui aura le plus à perdre d’une éventuelle rupture, le président de l’IMRI avance qu’il y aura deux perdants car l’Espagne est le premier exportateur européen mais aussi le premier client du Maroc », estime Kerdoudi en ajoutant qu’il y aura aussi une baisse des échanges culturels avec les centres Cervantès qui pourront fermer si leur financement n’est plus assuré par la diplomatie de Madrid.

>La France et la Grande-Bretagne se frottent les mains pour remplacer l’Espagne

Questionné sur les bénéficiaires de l’éventuel arrêt des relations maroco-espagnoles, Kerdoudi pense que ce sont la France et l’Angleterre qui profiteront le plus d’une rupture des relations politiques.

« Relégué depuis quelques années à la deuxième place de fournisseur-client après l’Espagne, la France va tout faire pour reprendre la première place du podium qu’elle a occupée pendant des décennies.

« Hormis l’Hexagone, l’Italie et la Belgique vont également essayer de profiter de la situation pour améliorer le flux de leurs échanges commerciaux avec le royaume mais c’est certainement l’ancien membre de l’Union européenne, la Grande-Bretagne, qui va se positionner sur les starting-blocks », conclut le président de l’IMRI qui espère encore que le voisin ibérique ne dépassera pas le point de non-retour en laissant Brahim Ghali quitter son territoire sans répondre aux accusations de la justice espagnole.

>>Lire aussi: Crise Maroc-Espagne : Le dessous des cartes, selon Emmanuel Dupuy

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