Partis de l’opposition : « Sans démocratie, le modèle de développement sera voué à l’échec »

Dans une rencontre organisée entre le Parti de l’Istiqlal, le PAM et le PPS, les secrétaires généraux des trois partis de l’opposition ont estimé que le nouveau modèle de développement, produit par la commission Benmoussa, représente un référentiel mais ne peut se substituer aux programmes gouvernementaux, issus d’élections crédibles avec des partis forts et un espace public démocratique et libre.

Partis de l’opposition : « Sans démocratie, le modèle de développement sera voué à l’échec »

Le 8 juin 2021 à 19h27

Modifié 9 juin 2021 à 13h01

Dans une rencontre organisée entre le Parti de l’Istiqlal, le PAM et le PPS, les secrétaires généraux des trois partis de l’opposition ont estimé que le nouveau modèle de développement, produit par la commission Benmoussa, représente un référentiel mais ne peut se substituer aux programmes gouvernementaux, issus d’élections crédibles avec des partis forts et un espace public démocratique et libre.

Interrogés par trois journalistes dans un débat organisé lundi 7 juin dans la soirée au siège du PPS, les secrétaires généraux de l’Istiqlal, du PAM et du PPS ont été unanimes dans leur position sur le nouveau modèle de développement produit par la CSMD.

Nizar Baraka, Abdellatif Ouahbi et Nabil Benabdellah ont été surtout interpellés durant cette rencontre, sur le volet politique de ce rapport qui comporte, comme le font remarquer les journalistes qui les interrogent, des clashs directs aux partis politiques.

Les questions ont porté aussi sur les réactions d’une partie de l’élite et des citoyens qui se demandent comment ce modèle ambitieux pourrait être appliqué par des partis faibles, qui ne disposeraient pas des compétences pour mettre en œuvre cette nouvelle vision pour le pays.

Nizar Baraka : « Un Etat fort ne peut se faire sans partis forts »

« On ne peut réduire le nouveau modèle de développement à quelques expressions. Le nouveau modèle de développement est un tout, il porte une vision, des idées, mais n’est pas allé sur des points que nous considérons comme importants pour l’avenir », estime Nizar Baraka, qui considère ce rapport comme « un moment important pour donner un nouveau souffle au pays ».

Pour lui, ce document s’est concentré sur deux points : Le changement, la rupture. Et le rétablissement de la confiance. Chose qui, selon Nizar Baraka, a été exprimée depuis des années par son parti.

« Mais quand le nouveau modèle de développement parle d’un État fort et d’une société forte, c’est bien. Sauf qu’il fallait préciser que cet Etat fort doit être démocratique, et cette société forte doit être libre. Et quand on dit Etat fort et démocratique, cela ne peut se faire sans partis forts », affirme le SG de l’Istiqlal.

Nizar Baraka tient à préciser toutefois que ce document n’est pas la fin du travail, puisque, selon lui, la commission elle-même parle aujourd’hui d’un futur pacte national qui doit être signé. Ce qui signifie, selon lui, que la mission de la commission Benmoussa est terminée.

« Quand on parle d’un futur pacte national, cela veut dire que la mission de la commission est finie. Ce pacte, ce sont les partis qui doivent le faire, avec les différentes composantes de la société : secteur privé, société civile… C’est la seule solution pour que la société s’approprie ce travail », exprime Nizar Baraka.

« Le nouveau modèle de développement ne donnera ses résultats que s’il y a un retour de la confiance. Et cela passe par un « Infiraj » politique et économique. On doit en finir avec les problèmes de concurrence, faire sortir les affaires qui dorment… On a besoin aussi d’un «Infiraj » social dans un contexte où beaucoup de familles s’appauvrissent. C’est ce qui nous semble important dans cette phase », ajoute le SG de l’Istiqlal.

Abdellatif Ouahbi : « Ce rapport n’est pas la fin de l’histoire »

Même son de cloche chez le SG du PAM, qui va encore plus loin dans sa critique du rapport Benmoussa sur le volet politique.

« La critique des partis, c’est le sport où excellent les institutions officielles du pays, les médias, et surtout les télés publiques. Pendant cinq ans, une guerre est déclarée contre les partis dans les médias officiels. Or, les partis sont une composante de l’État. Si on ne comprend pas cela, on va affaiblir l’Etat », affirme Abdellatif Ouahbi.

Et pour répondre à l’interrogation largement répandue sur comment peut-on appliquer une politique nouvelle avec de vieux partis, de vieilles élites politiques, Ouahbi se montre tranchant :

« L’Etat est plus vieux que nous, pourquoi ne pas dire comment un vieil État peut appliquer un nouveau modèle de développement. Si on veut la démocratie, il faut accepter les partis. Mais si on attaque les partis, et que les médias officiels leur ferment la porte, on affaiblit notre démocratie et notre État. Il faut nous expliquer pourquoi cette guerre contre les partis, et qui ne veut pas des partis dans ce pays ? « , s’interroge-t-il.

Pour le SG du PAM, le rapport Benmoussa a discuté avec audace de grands sujets, comme les libertés individuelles et publiques, le manque de coordination entre institutions de l’Etat, la rente… Une critique qu’il considère déjà comme un pas positif.

Mais pour lui, c’est aux partis maintenant de prendre le relais pour donner une vision claire quant à l’’exécution de ce nouveau modèle. Et cela ne veut pas dire selon lui que les partis doivent arrêter de réfléchir ou oublier leurs référentiels et leurs programmes.

« Ce rapport ne va pas arrêter la réflexion dans le pays. Ça ne veut pas dire que les partis ne vont plus rien faire. Ce rapport ouvre au contraire la voie à la réflexion et la critique. Et ça nous pousse, en tant que partis, à aller encore plus loin dans cet exercice. Ce rapport n’est pas la fin de l’histoire. C’est le début de l’histoire au Maroc. Si on fait un programme gouvernemental basé entièrement sur ce rapport, ce sera la fin de la politique, des partis. Ce n’est pas concevable », lance Ouabi.

Nabil Benabdellah : Pas de développement sans espace politique ouvert

Nabil Benabdellah ne dit pas autre chose et est totalement aligné sur la position de ces alliés de l’opposition.

« Malheureusement, ce discours qui attaque les partis, on l’entend depuis des années. Les partis nationaux connaissent ce discours depuis l’Indépendance. On nous disait que les partis ne servaient à rien, et que le changement, le développement vient d’ailleurs. Or, à chaque fois que le Maroc a fait de grands pas dans son développement, c’est dans des moments où les partis travaillaient en étroite collaboration et entente avec la monarchie », estime le SG du PPS.

« On a aujourd’hui les partis qu’on a. Et les partis sont le résultat de leur environnement politique, social et économique. Si on a des problèmes avec les citoyens, c’est relatif à certaines évolutions qu’a connues le paysage politique et un certain discours qui nuit à l’action politique. Si ces partis ne peuvent pas mener ce chantier du changement, alors créez d’autres partis. Si quelqu’un porte une vision économique et sociale, veut encadrer les citoyens, militer pour la démocratie, il n’a qu’à créer un nouveau parti. Et un parti, ça ne se crée pas dans des salons, mais en allant à la rencontre des Marocains, les ruraux, les urbains, les jeunes, les universitaires… », tonne le SG du PPS.

Pour lui, le Maroc n’a pas le choix : « Ce rapport n’est pas le seul référentiel. Nous avons notre référentiel, et plusieurs de nos idées, on les retrouve dans le rapport de la commission. Mais on ne peut pas réaliser le développement sans un espace politique ouvert, démocratique, des partis forts qui ont une crédibilité. Sans cela, on ne peut pas parler de nouveau modèle de développement », estime-t-il, tout en appelant avant tout, à profiter de cette période pré-électorale pour créer un « infiraj » politique qui « redonnera confiance aux citoyens » et « nous mènera vers des élections avec un nouveau souffle démocratique ».

Le retour des technocrates : « un danger » selon les trois partis

La position des trois partis semble ainsi fermer la porte à toute possibilité de constitution d’un gouvernement de technocrates, qui selon une frange de la population, sera le plus à même d’exécuter ce nouveau modèle de développement.

Interrogés sur ce point, les trois patrons des partis de l’opposition ont une position encore une fois tranchée.

Pour Abdellatif Ouahbi du PAM, qui reconnaît qu’il y a comme un vent de retour des technocrates, « cette option constitue le plus grand danger sur l’action politique ».

« Je n’ai jamais cru en les technocrates. Un technocrate, il peut vous faire une route. Mais il ne saura pas faire le bon tracé qui prend en compte des spécificités locales, sociales… », ajoute-t-il.

Nabil Benabdellah estime pour sa part qu’avoir un ou deux technocrates dans un gouvernement ne pose aucun problème, à la seule condition que ces personnes se fondent dans le moule général d’un gouvernement politique fort.

« S’il n’y a pas de vrais militants dans le gouvernement, on ne pourra pas faire le changement. Ce ne sont pas les technocrates qui vont faire ça, ils sont des fois incapables de répondre aux questions des députés… Aucun pays ne s’est développé dans le monde sans une démocratie réelle, des partis forts, des médias libres… Au Maroc, on a fait le choix de la démocratie. Cette discussion n’a pas lieu d’être à mon avis », estime le SG du PPS.

Nizar Baraka le rejoint sur ce point rappelant que ce sujet a été tranché par la constitution de 2011. « Dans son discours du 9 mars 2011, le Roi a été clair sur le choix démocratique. La Constitution de 2011 aussi. Les Marocains ont choisi la voie de la démocratie. Ce débat sur les technocrates me semble ainsi dépassé », lance le SG de l’Istiqlal.

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