En marge des derniers événements de Sabta

Mai 2021 - Ce texte est motivé par cet usage constaté chez la plupart des médias occidentaux en traitant de "l’assaut" survenu récemment à Sabta (Ceuta). De fait, se permettre de bafouer la réalité géo-historique en affirmant que cette ville constitue la limite "inviolable" de l’Europe est en soi un acte de falsification visant à valider le déracinement d’une ville occupée que l’on arrache d’autorité à son espace pour l’implanter dans l’espace de l’occupant. Comment appréhender une telle pratique? Serait-elle encore acceptable de nos jours? Un minimum de clarification s’impose à ce propos, nous semble-t-il, en attendant l’intervention d’une mise au point plus efficiente.

En marge des derniers événements de Sabta

Le 9 juin 2021 à 15h45

Modifié 9 juin 2021 à 16h22

Mai 2021 - Ce texte est motivé par cet usage constaté chez la plupart des médias occidentaux en traitant de "l’assaut" survenu récemment à Sabta (Ceuta). De fait, se permettre de bafouer la réalité géo-historique en affirmant que cette ville constitue la limite "inviolable" de l’Europe est en soi un acte de falsification visant à valider le déracinement d’une ville occupée que l’on arrache d’autorité à son espace pour l’implanter dans l’espace de l’occupant. Comment appréhender une telle pratique? Serait-elle encore acceptable de nos jours? Un minimum de clarification s’impose à ce propos, nous semble-t-il, en attendant l’intervention d’une mise au point plus efficiente.

Pour situer valablement cet essai, il convient de rappeler certains faits. Et d’abord que l’occupation de Sabta a eu lieu en l’année 1415 et que cette occupation est toujours là, bien qu’elle ait changé de main en passant, on y revient, de la conquête du Portugal à la gestion du partenaire espagnol. De cette occupation première, une nouvelle conjoncture était née. Avec elle émergea en Occident le fait colonial en direction de l’Afrique. Peu à peu, ce pas inaugural allait enclencher le processus de colonisation globale que l’on sait. Et alors qu’une série d’initiatives allaient ainsi conduire le Portugal suivi d’un certain nombre d’Etats européens, dont notamment la monarchie espagnole, à entreprendre l’exploration de contrées lointaines, ce même événement aura annoncé pour le Maroc, tout aussi bien que pour le reste, une nouvelle ère. Par ailleurs, la perte de cette métropole séculaire que fut Sabta pour le Maroc aura duré jusqu’à présent un peu plus de six cents ans. Or, tout au long de cette période, il semble que l’on n’ait rien épargné pour aliéner l’habitant et l’amener peu à peu à abdiquer ses origines. D’autant que par-delà cet objectif immédiat, une visée englobante allait s’inspirer dès le début du contexte inquisitorial ambiant. Aussi un premier évêché sera-t-il créé dans l’immédiat, en 1421. Cependant que l’Islam sera sous peu déclaré indésirable par les rois dits catholiques et pourchassé non seulement en Ibérie, mais aussi à l’extérieur sur les eaux du Détroit.

Du côté de la rive investie, il se trouve que le Maroc symbolisait justement cet Islam-là depuis des siècles et que c’est peut-être ce qui l’amena à ne point s’incliner devant le fait accompli. Bien qu’affaibli militairement et diminué sur le plan maritime, il parvint à résister stoïquement aussi bien sur la côte méditerranéenne que tout au long de la façade atlantique, et ce, grosso-modo, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. C’est ainsi que bien avant les actions militaires engagées par Sidi Mohammed Ben Abdellah (1757-1790) et les tractations diplomatiques privilégiées par Moulay Slimane (1792-1822), le siège dressé par Moulay Smail autour de Sabta entre 1694 et 1721 aura été sans doute des plus éprouvants. Il faut dire que la résistance des souverains fut toujours relayée par la mobilisation des habitants ; mieux encore : il arrive que cette mobilisation commence par baliser le terrain en attendant l’action de l’Etat. En effet, il a été relevé que déjà au lendemain de l’installation des conquérants, les tribus avoisinantes prirent sur elles de les assiéger tout en donnant la chasse à quiconque se hasardait hors des murs. Et l’on note que l’occupant ne tarda pas à consigner par lui-même, dans ses archives, que des combattants s’étaient joints aux assaillants en arrivant “depuis le pays des Jazûla” qui se situe, selon lui, “extrêmement loin”, entendant par-là, évidemment, la région du Souss. Deux décennies plus tard, en 1437, ce fut l’Etat mérinide qui prit vaillamment le relais. En ce sens que le grand chambellan Abû Zakariyâ le Wattâside allait élargir la ville de Tanger en infligeant une défaite cuisante aux assiégeants portugais, lesquels étaient acculés à laisser en otage Don Fernando, alors prince héritier de la couronne. Pour ceux qui devaient transmettre les conditions édictées par Abû Zakariyâ, la libération du captif ne devait intervenir que moyennant l’évacuation de Sabta. Seulement, et comme le marché ainsi proposé sera rejeté par Lisbonne, le prince en question demeura en prison à Fès jusqu’à sa mort et sera pour cette raison béatifié par l’Eglise.

Un siècle et demi plus tard, soit donc en 1578, le même front portugais allait prendre la direction d’une véritable coalition se proposant d’avancer plus avant à l’intérieur du Maroc. La confrontation eut lieu à Oued al-Makhâzin, non loin de Ksar al-Kébir, et sera “baptisée” Bataille des Trois Rois. Car à côté de Don Sébastien du Portugal, le Saadien Abdelmalek du Maroc ainsi que Mohammad al-Moutaouakkil, son rival détrôné et arrière cousin transfuge, avaient tous péri ce jour-là. Et c’est sans doute pourquoi la nouvelle de cet événement insolite paraît avoir traversé les frontières et suscité l’intérêt d’un Montaigne, par exemple, qui s’y arrête dans ses Essais. Pour le reste, chacun sait que cette entreprise aura abouti à un désastre retentissant pour les envahisseurs, ne serait-ce que parce qu’ils furent bientôt réduits à céder le gouvernement de Sabta au concurrent espagnol.

Que retenir de ces épisodes a priori épuisants pour le Maroc et manifestement sans issue ? D’abord que la résistance du pays agressé fut constante et que l’acharnement de l’adversaire n’en fut pas moins tenace. D’autre part, si le rapport de forces avait joué à l’avantage de ce dernier, l’endurance renouvelée du Maroc n’en fut apparemment que plus méritoire. D’autant qu’il eut bientôt à s’occuper également de Melilla sur le flanc nord en plus de Tanger, de Larache et d’Asila ainsi que de la Maâmoura à côté d’Azemmour, de Safi et de Santa Cruz du Cap de Gué (futur Agadir) sur la côte atlantique. Ajoutons que toutes ces places occidentales furent libérées à différentes occasions par des souverains appartenant aux deux dynasties saadienne et alaouite et bien avant l’établissement du Protectorat français au début du XXe siècle. Par contre, la ville objet de cet aperçu, bien que subjuguée avant les autres et peut-être pour cette raison précise, demeure exclue d’appartenance, ainsi que Melilla, alors que l’une et l’autre cités font partie géo-historiquement du territoire national et ne doivent relever par conséquent que de la seule souveraineté du Maroc.

Fait à Rabat, le 1er juin 2021

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