Ahmed Reda Chami : « le rapport sur le modèle de développement ne manque pas d’audace »

Ahmed Reda Chami a été l'invité de "les Matins HEC Paris" organisé par Alumni Maroc ce lundi 14 juin. L'occasion de revenir avec le membre de la CSMD et président du CESE sur plusieurs sujets relatifs au récent rapport sur le modèle de développement et son déploiement à quelques semaines des élections.

Ahmed Reda Chami : « le rapport sur le modèle de développement ne manque pas d’audace »

Le 14 juin 2021 à 18h00

Modifié 14 juin 2021 à 18h55

Ahmed Reda Chami a été l'invité de "les Matins HEC Paris" organisé par Alumni Maroc ce lundi 14 juin. L'occasion de revenir avec le membre de la CSMD et président du CESE sur plusieurs sujets relatifs au récent rapport sur le modèle de développement et son déploiement à quelques semaines des élections.

Pour sa deuxième édition en partenariat avec Médias24, « les Matins HEC Paris » organisé par Alumni Maroc a reçu comme invité Ahmed Réda Chami.

Le président du Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE) et par ailleurs membre de la Commission Spéciale pour le Modèle de Développement (CSMD) s’est prêté à l’exercice du face-à-face en répondant à plusieurs questions relatives à la proposition du nouveau modèle de développement, notamment le reproche du manque d’audace qui a été formulé par plusieurs observateurs et lecteurs du rapport.

« Le rapport ne manque pas d’audace »

« Je crois que je n’ai pas lu le même rapport que les personnes qui disent que le rapport manque d’audace », répond-il.

« Voilà un rapport qui traite et dit tous les maux de ce pays. Il les dit, mais pas dans n’importe quel cadre. »

« Nous ne sommes pas un parti d’opposition ou un mouvement de la société civile, que j’encourage à garder ces postures, même si celles-ci sont parfois dans l’extrême, je ne suis pas contre » car « il n’y a pas plus important dans une société que d’amener de la contradiction« .

« Il n’y a pas plus important pour un pouvoir en place que le développement de contre-pouvoirs. Quel que soit le pouvoir en place, le pouvoir a besoin de contre-pouvoir ».

« Notre commission dit qu’il y a de la corruption dans ce pays; il y a un manque de liberté; il y a un problème de justice; il y a un problème de gouvernance qui remonte jusqu’à là-haut;… On parle de zones grises entre le pouvoir stratégique qui est le pouvoir de Sa Majesté et le pouvoir exécutif qui est celui du gouvernement ».

« On dit aussi que dans notre pays, il y a des gens qui ont tout et d’autres qui n’ont rien. On dit que la régionalisation n’avance pas,… franchement, qu’est-ce qu’il faut dire de plus ? »

« Peut -être qu’on ne dit pas tout cela d’une manière aussi directe que je viens de le faire; parce que le but n’est pas de se faire plaisir. Nous étions quelques uns à avoir la même posture, à vouloir aller plus loin, mais à la fin Chakib (Benmoussa, ndlr) nous disait, très justement, est-ce que vous voulez avoir un rapport qui génère des conséquences positives ou vous voulez vous faire plaisir? Et il avait raison ».

« J’invite les gens à relire le rapport et voir si tout ce dont je viens de parler est dedans ou pas, est dit d’une manière qui ne choque pas. Et l’important c’est d’avancer », conclut-il.

Par ailleurs Ahmed Reda Chami concède que « le travail d’une commission où il y a 35 membres qui viennent d’horizons différents n’est pas simple« .

« Il faut discuter et arbitrer. Vous ajoutez à cette complexité l’approche d’ouverture consultative adoptée. A la fin, il faut faire une synthèse de tout cela », avance-t-il en insistant sur le fait que « le NMD n’est pas qu’un ensemble de propositions, mais un ensemble cohérent« .

La proposition non retenue de Chami

A la question de savoir s’il y avait une mesure qu’il avait proposée mais qui n’a pas été retenue dans le rapport final, le président du CESE répond par l’affirmative.

« Oui, mais cela ne veut pas dire que j’étais surpris de ne pas la retrouver. C’est que dans notre processus de décision, il y a eu un arbitrage et mon idée n’a pas été retenue. Je la pousserai dans un autre contexte », répond-il.

L’idée de Ahmed Reda Chami relève du domaine de la transparence de l’administration. « Imposer par la loi que toute transaction qui concerne les biens de l’Etat – que ce soit un bien matériel tel qu’un terrain ou un bien immatériel tel qu’une licence, un appel d’offres,…-  soit publiée sur une plateforme à créer qui s’appellerait public.ma ».

Sur cette plateforme, il sera indiqué, la nature de la transaction, sa valeur, son bénéficiaire. Et cela concernera toutes les ressources de l’État. « En faisant juste cela, vous créez un système de régulation extraordinaire », argumente Chami qui tient à préciser que les membres de la CSMD n’étaient pas contre « mais cette mesure ne cadrait pas avec la cohérence d’ensemble ».

Le Nouveau Modèle de Développement est une vision commune

Une des importantes questions soulevées lors de cet événement est le positionnement du rapport et des propositions qu’il porte, par rapport aux partis politiques et le gouvernement supposé mettre en œuvre toute politique économique ou sociale du pays.

Pour Ahmed Reda Chami, « le Maroc est engagé dans un processus démocratique, on ne peut pas imposer aux acteurs (politiques, ndlr) un programme. C’est juste inacceptable ».

« L’idée est de dire qu’on peut se mettre d’accord sur une vision commune, une ambition commune, avec des axes de développement sur lesquels nous sommes d’accord. Tout cela en restant sur un niveau de granularité qui permet aux uns et aux autres de déployer leurs idéologies pour traduire cela en programmes et en actions ».

« On peut nous reprocher un manque d’audace sur certains sujets comme les libertés individuelles, l’héritage, l’IVG, … Mais si vous voulez avoir un nouveau modèle de développement qui réunit au lieu de diviser, il faut aborder les sujets qui fâchent d’une façon différente. Donc sur ces sujets-là, on a dit qu’il faut engager un débat », explique Ahmed Réda Chami.

« Chaque parti peut avoir un programme différent. Au final, une coalition va gouverner. La Commission cherche à aller vite sur le Pacte national de développement pour permettre aux programmes de se déployer en ayant cette construction des grandes orientations. A eux ensuite de traduire cela en programmes et en actions », conclut-il.

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