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Reprise économique : le point avec Mehdi Tazi, vice-président général de la CGEM

Le vice-président général de la CGEM, Mehdi Tazi commente l'activité économique de ce premier semestre, les perspectives pour la fin d'année. Il donne également l'avis du patronat sur la loi-cadre sur la fiscalité et celle de la réforme des EEP tout en dressant les priorités pour le secteur privé.

Reprise économique : le point avec Mehdi Tazi, vice-président général de la CGEM

Le 16 juillet 2021 à 10h10

Modifié 16 juillet 2021 à 11h04

Le vice-président général de la CGEM, Mehdi Tazi commente l'activité économique de ce premier semestre, les perspectives pour la fin d'année. Il donne également l'avis du patronat sur la loi-cadre sur la fiscalité et celle de la réforme des EEP tout en dressant les priorités pour le secteur privé.

Reprise ou pas ? Relance ou pas ? Comment la Covid est devenu une variable que tout homme d’affaires ou patron d’entreprise doit intégrer dans son tableau de bord ? Des questions auxquelles Mehdi Tazi Vice-président général de la CGEM a accepté de répondre sans détour, mais avec diplomatie.

Pour ce dernier, malgré un taux de croissance prévisionnel aux alentours de 5%, soit le double d’une année classique, 2021 reste une année de transition par excellence. « 2020 et 2021 sont une parenthèse« , dit-il. Au terme de cette année, le Maroc, à l’image de l’économie mondiale, aura fait du surplace. A peine retrouverons-nous le niveau de 2019 et il faut donc redoubler d’efforts pour récupérer la valeur perdue.

Promise pour 2021, la relance est reportée. Elle devient par conséquent, un chantier au long cours dont tous les leviers ne sont pas encore totalement déployés. Plusieurs réformes sont engagées cette année, mais dont le résultat ne commencera à être visible qu’en 2022, si les bonnes décisions notamment en matière de fiscalité sont prises. Entretien.

Médias24. Quelle évaluation faites-vous de la reprise au cours de ce premier semestre 2021 ?

Mehdi Tazi: D’un point de vue macroéconomique, nous constatons effectivement une reprise. Certains indicateurs en attestent comme la consommation d’énergie, qui a augmenté de 5% à fin avril 2021 comparé à 2020. Pour rappel, de mars à juin 2020, la consommation d’énergie avait baissé de 15%.

Les exportations ont, quant à elles, progressé de 22,3% alors que les importations n’ont augmenté que de 10%. Cela indique une reprise de la production et que parallèlement, nous avons réussi à positionner le consommer local, ce qui a pour conséquence d’améliorer la balance des paiements.

D’un point de vue microéconomique, cette reprise est plus mitigée. Certains secteurs se portent mieux, d’autres moyennement bien et quelques-uns subissent encore les effets de la crise.

Le secteur des mines ou celui du BTP par exemple ont bien repris. La reprise du BTP est visible que ce soit par le biais de la commande publique ou de la consommation du secteur privé. La consommation de ciment a progressé de 25,4% à fin mai par rapport à la même période l’année dernière.

Tanger reprend relativement bien, alors que Marrakech vit encore au rythme de la crise.

Le secteur de l’automobile a, pour sa part, connu une reprise des commandes, mais la rupture des chaînes sur les composants électroniques a engendré des perturbations sur l’écosystème. Certains composants n’étant pas livrés, les constructeurs ont dû eux-mêmes geler une partie de leurs commandes chez certains fournisseurs, ce qui a engendré des arrêts successifs de la production.

Le secteur du tourisme est bien évidemment le plus affecté par cette crise avec une baisse de 65,7% en termes de recettes de voyages et de 70% en termes de transport de passagers.

Pour vous dire que cette reprise est disparate en fonction des secteurs. Ce qui impacte également celle des régions. À titre d’exemple, Tanger reprend relativement bien, alors que Marrakech vit encore au rythme de la crise.

– Est-ce la reprise à laquelle vous vous attendiez en 2020 ? Est-elle conforme à vos prévisions ?

– La réponse dépend du moment où nous nous posons la question. Si c’est en juin 2020, je vous aurais répondu que nous n’aurions jamais pu imaginer que la crise allait durer aussi longtemps et que les entreprises puissent supporter un tel impact.

Si cette question m’est posée en décembre 2020 alors que l’économie se relevait à peine d’un pic de la pandémie et que nous n’avions pas encore de visibilité sur le vaccin, j’aurais donc été beaucoup plus pessimiste qu’aujourd’hui.

Actuellement, nous sommes dans une situation vaccinale confortable par rapport au reste du monde et le volet sanitaire reste sous contrôle grâce à la vision clairvoyante de Sa Majesté.

Cette reprise est donc une bonne surprise par rapport à la situation dans laquelle nous étions en décembre 2020.

Je pense qu’un confinement comme celui de mars 2020 serait compliqué d’un point de vue économique

– Le Maroc vit un contexte particulier marqué par une dégradation de la situation sanitaire et un risque de durcissement des mesures, une campagne de vaccination lente. Vous craignez un confinement total comme celui de mars-juin 2020 ?

-À l’heure où nous nous parlons, nous observons effectivement une dégradation de la situation sanitaire dans la plupart des pays, qui ont procédé, bien avant nous, à la levée des mesures de restriction. Le Maroc n’étant pas une exception mais la situation y est maîtrisée.

La vaccination permet certes de réduire les cas graves et les décès, mais n’empêche pas totalement la contamination. Donc, même si notre pays a atteint un niveau de vaccination important, il faut maintenir la vigilance et il ne faut surtout pas se relâcher.

Je pense qu’un confinement comme celui de mars 2020 serait compliqué d’un point de vue économique. À mon avis, le temps que l’immunité soit atteinte, nous allons vivre au rythme des resserrements et des ouvertures successifs, jusqu’à ce que nous trouvions une solution efficace contre ce virus, avec l’espoir que cela soit le plus rapide possible.

L’indicateur principal reste le taux d’occupation des lits en réanimation. Ce que nous devons absolument éviter, c’est de mettre trop sous pression notre système de santé.

– Comment gérez-vous cette incertitude ? Le covid est-il devenu une des variables que les entreprises, les hommes d’affaires, les investisseurs intègrent dans leurs tableaux de bord ?

-Ce qui prime c’est d’abord la santé de nos concitoyens. Nous ne jouons pas avec ça!

La prise en compte du Covid-19 et de l’impact des mesures de restrictions sur l’activité dépend des secteurs. Nous devons donc nous attendre, en tant qu’opérateurs économiques, à la possibilité que certaines mesures de restrictions soient imposées à des secteurs spécifiques comme la restauration ou l’hôtellerie puisque leur activité est très sensible à la pandémie.

Ce que la CGEM a toujours défendu à ce sujet, c’est de ne pas faire assumer tout le coût d’une restriction sanitaire à un secteur spécifique de l’économie.

Si de nouvelles mesures sanitaires sont imposées, nous demanderons que l’État accompagne les secteurs qui seront directement affectés et leur apporte le soutien nécessaire, comme il l’a fait jusqu’à présent.

Nous nous félicitons de la rapidité avec laquelle le Ministère des Finances met en œuvre les instructions royales.

– Du coup, comment vous projetez-vous pour le reste de l’année 2021 ?

-Bien malin est celui qui peut se prononcer ou s’avancer sur cette question.

En 2020, le PIB mondial est revenu à son niveau de 2017. La croissance réalisée en 2021 nous permettra de récupérer une partie de la valeur ajoutée perdue. Au 1er janvier 2022, le monde économique va repartir au même niveau de PIB qu’en janvier 2019.

Pour le Maroc, 2021 est une année de transition. Nous allons faire deux fois la croissance moyenne des dernières années, ce qui permettra de rattraper en partie ce que nous avons perdu pendant les 2 ans.

– Ce qui nous amène à parler du plan de relance promis pour 2021 et dont on attend encore le lancement de certains outils importants comme le Fonds Mohammed VI pour l’investissement. Où est-ce qu’on en est dans cette relance voulue pour 2021 ?

-120 milliards de DH ont été annoncés pour le plan de relance, dont 75 milliards de DH en dette et 45 milliards de DH en fonds propres. Les 75 milliards de DH de dettes ont été déployés dans le cadre des mécanismes Damane (Oxygène et Relance).

Les 45 milliards de DH en fonds propres ne le sont pas encore. Nous savions que c’est un processus qui allait durer plus longtemps, car lever des fonds ne se fait pas en un claquement des doigts. Les lois encadrant le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement ayant été votées, sa mise en œuvre devrait intervenir prochainement.

La CGEM s’est aussi exprimée sur certains aspects prioritaires en alignement avec les conclusions de la Commission Spéciale sur le Modèle de Développement (CSMD) à savoir :

●      les coûts des facteurs de production (le foncier, la logistique et l’énergie);

●      le coût du travail (code du travail);

●      la diversification des mécanismes de financement;

●      le maintien de la commande publique couplée à la préférence nationale;

●      le développement du capital humain et l’amélioration des mécanismes de la formation professionnelle;

●      la simplification des procédures administratives et le remplacement de certaines autorisations par des cahiers des charges;

●      Et enfin, l’intégration de l’informel.

Sur ce dernier point, nous sommes très satisfaits de voir que la loi-cadre sur la réforme fiscale consacre les questions de l’élargissement de l’assiette fiscale et de l’équité fiscale.

– Vous avez évoqué le rapport sur le nouveau modèle de développement. Il avance que plusieurs secteurs sont sous-exploités et que le privé n’investit pas assez. Il préconise, en substance, que la croissance future doit être portée par le secteur privé. Quelle est votre lecture?

-De mon point de vue, il faut voir les choses différemment. Le benchmark international fait ressortir que, dans des pays plus développés, 80% de l’investissement global est porté par le privé et le reste par le public. Chez nous, c’est l’inverse. C’est l’État qui porte les deux tiers de l’investissement et le tiers restant est porté par les opérateurs privés.

Posons-nous la question suivante : pourquoi est-ce que les opérateurs privés n’investissent pas plus ? Ne s’agit-il pas d’une conséquence d’un certain nombre de mécanismes qui entravent la libération des énergies ? Je pense que c’est comme cela que le rapport de la CSMD l’exprime.

Le NMD présente un diagnostic exhaustif et précis et apporte des réponses claires pour renverser la vapeur et permettre au secteur privé de jouer pleinement le rôle qui doit être le sien dans l’investissement.

Par exemple, lorsqu’un opérateur veut investir dans un projet, et qu’il a l’obligation de demander une multitude d’autorisations avant d’exercer, cela limite son appétit.

Autre exemple, dans certains secteurs, l’État est opérateur économique alors que ce rôle pourrait être rempli par le secteur privé. La réforme entamée sur les Entreprises et les Établissements Publics (EEP) est en ce sens une excellente nouvelle et apporte une réponse à cette problématique.

Nous sommes sur la voie qui mène à la levée des obstacles et à l’amélioration de l’environnement des affaires pour, in fine, avoir un secteur privé qui puisse jouer pleinement son rôle et investir au niveau auquel nous l’attendons.

– La loi-cadre sur la fiscalité a été adoptée au parlement. Elle était fortement attendue par les opérateurs économiques. Répond-elle à vos attentes ?

-La loi-cadre vient consacrer ce qui a été dit dans les Assises de la Fiscalité. Elle met noir sur blanc certains principes dont l’équité fiscale et l’élargissement de l’assiette fiscale, qui à mon sens, sont les plus importants. Elle garantit aussi l’engagement de l’État d’intégrer l’informel structuré, qui porte aujourd’hui préjudice à la compétitivité du secteur formel.

La loi-cadre évoque également la question de la rationalisation des dépenses fiscales. Ces exonérations vont être orientées vers les secteurs vers lesquels nous voulons orienter l’investissement: R&D, économie verte, économie sociale…

Autre axe majeur de cette réforme, la baisse de la pression fiscale sur les entreprises. Il y a désormais un garde-fou contre la hausse de la pression fiscale et une voie tracée vers la baisse. Nous pensons que pour que cette baisse de l’IS ait un réel impact sur la relance du pays, il faut qu’elle soit suffisamment importante.

La tendance fiscale internationale va dans le sens de la baisse. L’IS mondial est autour de 20% parfois même de 15%. Nous ne devons pas être décorrélés de cette tendance, car quand un investisseur mondial regarde là où il compte poser ses valises, un des sujets qu’il voit en premier c’est la fiscalité.

Par ailleurs, nous nous félicitons de la décision de mettre en place l’Observatoire de la fiscalité et espérons que la CGEM en soit partie prenante.

– La première opérationnalisation de cette loi-cadre se fera dans le cadre de la loi de finances 2022. Quelles seront les priorités que la CGEM défendra ?

-Je pense à trois priorités : la baisse de l’IS qui est extrêmement importante, la neutralité de la TVA pour éviter de reconstituer des stocks et la question de l’orientation qu’il faudrait donner aux dépenses fiscales.

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