Généralisation AMO : Le rôle des assurances privées expliqué par Abderrahim Dbich (Axa Assurance Maroc)

Le directeur général délégué d'Axa Assurance Maroc connaît très bien le secteur de la couverture médicale. Dans cette interview accordée à Médias24, Abderrahim Dbich explique comment le secteur privé des assurances peut accompagner la réforme engagée de la protection sociale et le rôle qu'il peut jouer.

Abderrahim Dbich, directeur général délégué d'Axa Assurance Maroc

Généralisation AMO : Le rôle des assurances privées expliqué par Abderrahim Dbich (Axa Assurance Maroc)

Le 19 juillet 2021 à 12h26

Modifié 19 juillet 2021 à 13h25

Le directeur général délégué d'Axa Assurance Maroc connaît très bien le secteur de la couverture médicale. Dans cette interview accordée à Médias24, Abderrahim Dbich explique comment le secteur privé des assurances peut accompagner la réforme engagée de la protection sociale et le rôle qu'il peut jouer.

Le Maroc est engagé dans une importante réforme de la protection sociale à l’horizon 2025 avec quatre axes majeurs. Le plus urgent étant la généralisation de l’Assurance maladie obligatoire, à fin 2022, au profit de 22 millions de personnes supplémentaires qui bénéficieront d’une assurance couvrant les frais de traitement, de médicaments et d’hospitalisation.

Dans le cadre de ce chantier stratégique, le rôle des assurances privées est à déterminer.

Pour Abderrahim Dbich, directeur général délégué d’Axa Assurance Maroc, les assureurs privés sont impliquées dans la couverture médicale de base, à travers la gestion d’une couverture médicale transitoire au profit des entreprises.

Ce spécialiste de l’actuariat, qui connaît bien le régime de l’AMO pour avoir officié en tant que directeur technique et actuariel de l’un des organismes gestionnaires, explique également le développement du rôle de la couverture médicale complémentaire aux bénéficiaires de l’AMO.

Il revient aussi sur le positionnement de Axa Assurances Maroc et son développement futur dans ce contexte de transformation profonde du marché. Entretien.

Médias24: Pour commencer, quel bilan faites-vous de ces 15 ans de déploiement du régime AMO et sa cohabitation avec les assurances privées ?

 Abderrahim Dbich: D’une manière globale, les indicateurs évoluent positivement si l’on s’en tient à l’évolution de la population couverte par l’AMO, du panier des soins, de la qualité de services, la santé financière des organismes gestionnaires et le développement de l’AMC portée principalement par le secteur privé.

En effet, la population couverte par l’AMO a évolué d’environ 7 à 12 millions de Marocains depuis le 18 Août 2005, date d’entrée en vigueur de la CMB, soit une évolution cumulée de 70%. Un tiers est couvert dans le cadre de l’assistance médicale RAMED, ce qui signifie qu’approximativement les deux tiers de la population marocaine demeurent sans couverture assurancielle.

En parallèle, le panier de soins, les taux de couverture, la liste des ALD-ALC, des médicaments remboursables, des dispositifs médicaux ont été progressivement améliorés.

Ces évolutions ont permis de réduire le reste à charge des assurés (particulièrement pour les salariés couverts par la CNSS), d’améliorer l’accès aux soins et de diminuer ainsi les écarts entre les différents régimes de base.

Malgré ces efforts importants et cette évolution positive, le reste à charge des ménages demeure élevé pour plusieurs raisons, dont la panne des conventions nationales, l’éparpillement tarifaire et l’incapacité de certains assurés à s’offrir des couvertures complémentaires. En effet, la dépense totale de santé a atteint environ 60,9 milliards de dirhams en 2018 contre 30,6 milliards en 2006 dont la participation des ménages à ces dépenses reste toujours à des niveaux élevés et se situe à 45,6%.

D’un autre côté, les organismes gestionnaires de l’AMO ont déployé différents leviers opérationnels et technologiques pour rehausser le service des assurés, accompagné d’un assouplissement remarquable des processus d’indemnisation. Néanmoins, au vu de la nature vitale de ce service, l’évolution des besoins des assurés et la variation du niveau de service rendu par chaque gestionnaire, des progrès importants sont à déployer afin de satisfaire les attentes des assurés.

Quant à la viabilité financière, il est à souligner que la CNOPS et la CNSS ont pu garder une bonne solidité financière cumulée, leur permettant d’accompagner la mise en place de la couverture médicale universelle. Toutefois, selon les derniers rapports d’activité publiés par l’ANAM, la CNOPS observe une tendance baissière de l’excédent de l’exploitation annuelle quoique, je le pense, la Caisse devait redresser cette tendance en 2020 en raison de l’impact du Covid 19.

Par ailleurs, le secteur de l’assurance privée joue un rôle important dans la CMB à travers la gestion d’une couverture médicale transitoire au profit des entreprises soumises à l’article 114 de la loi 65.00, le développement de la couverture médicale complémentaire aux bénéficiaires de l’AMO qui représente environ 15 à 20% du chiffre d’affaires de la santé, ainsi que les couvertures de santé individuelle qui restent très peu développées.

Le secteur privé d’assurance connaîtra une transformation de son positionnement actuel et continuera à jouer un rôle important dans la réussite de cette ambition.

– Quel impact aura, donc, cette réforme sur le secteur des assurances privées ? Et quel rôle peuvent-elles jouer dans ce chantier ?

– Suite à l’appel de SM le Roi à accélérer la généralisation de la protection sociale et à l’adoption de la loi-cadre 09-21, une restructuration du régime AMO est prévue sur les années à venir visant, notamment, l’instauration de la couverture sanitaire universelle.

Pour appuyer cette réforme, il faudrait, à mon sens, harmoniser les régimes AMO, y compris les entreprises sous l’article 114, généraliser la couverture assurantielle au reste de la population, débloquer les instruments de gouvernances, spécialement les conventions nationales et engager une profonde réflexion sur une couverture complémentaire universelle.

Dans ce contexte, le secteur privé d’assurance connaîtra une transformation de son positionnement actuel et continuera à jouer un rôle important dans la réussite de cette ambition.

En effet, la couverture médicale de base des entreprises sous l’article 114, et après la bascule vers l’AMO, nécessitera une couverture médicale complémentaire aux profits de ces mêmes entreprises afin de respecter les dispositions de la Charte de mise en œuvre de la CMB de 2005 appelant à la préservation des droits acquis des assurés.

D’un autre côté, le secteur privé continuera toujours à développer la couverture médicale complémentaire au profit des bénéficiaires de l’AMO qui souhaitent réduire le reste à charge des assurés, qui demeure important, ainsi que de bénéficier de certains services pour compléter le dispositif de couverture.

Au-delà de ce positionnement assurantiel, le secteur privé, et vu l’expertise et les moyens qu’il a pu développer sur l’assurance santé, pourra accompagner les organismes AMO à travers un rôle de gestionnaire pour leur compte dans un modèle de gestion intégré et participer à l’ambition de mise en place de la couverture complémentaire universelle.

Cette transformation du marché et du rôle du secteur privé amène les assureurs à adapter leurs modèles opérationnels et processus actuels pour bien répondre aux attentes et aux besoins des assurés et assurer, chemin faisant, la viabilité du fonctionnement du nouveau régime CMB.

– Aujourd’hui facultative, pensez-vous qu’il faille aller dans le sens de rendre l’AMC obligatoire ?

– Avant de pouvoir aborder l’obligation en AMC, il est nécessaire d’engager une réflexion commune entre les différents intervenants du régime, notamment les organismes gestionnaires AMO, secteur médical public et privé, régulateurs, etc.

L’objectif est de pouvoir statuer sur les éléments suivants.

D’abord, il faut définir et normaliser les coûts des prestations pour une meilleure visibilité sur les charges réelles engagées par les assurés et les prestataires de soins; Il est nécessaire également d’harmoniser les couvertures des organismes AMO et assurer la complétude et l’adéquation des paniers de soins et des couvertures notamment les maladies lourdes, essentiel Vs secondaire etc… Enfin, il faut définir un modèle opérationnel optimal et efficient notamment à travers un écosystème commun connecté avec les différents intervenants et l’assuré.

Ces éléments permettront de bien statuer sur le niveau de reste à charge réel des assurés et de bien définir le socle de la couverture complémentaire qui, pour devenir obligatoire, dépendra de la capacité des décideurs à concevoir le modèle de financement de ces couvertures afin d’assurer sa viabilité, notamment pour le secteur privé.

–  Comment AXA Maroc se prépare-t-elle pour accompagner cette réforme ? 

– Dans le cadre de son plan stratégique, AXA Assurance Maroc a lancé un plan de transformation ayant pour objectif d’améliorer l’expérience client et l’excellence opérationnelle. Cette ambition concerne pleinement la santé en tant qu’axe stratégique de développement pour AXA Assurance Maroc et le groupe AXA.

Cette transformation vise à développer une gamme d’offres AMC adaptées, des services innovants et un modèle opérationnel intégré qui est en mesure d’inter-opérer avec l’écosystème national, actuel et futur, de la Couverture Médicale de Base.

Cette ambition vient accélérer notre développement et assurer notre positionnement reconnu sur le marché de la santé, notamment en termes de qualité de service et de savoir-faire technique.

Aujourd’hui, AXA Assurance Maroc a pu faire évoluer son plan de transformation et a pu mettre en œuvre un bon nombre de projets et services digitaux innovants qui apportent une forte amélioration de notre qualité de service et l’expérience client. Parmi ces initiatives, on peut citer, l’extranet mis à la disposition de nos intermédiaires et nos clients entreprises qui leur permet de gérer directement à leur niveau la création et la modification de toutes les adhésions d’une manière complètement autonome et fluide. Ils ont également à leur disposition la possibilité de gérer les documents de manière électronique via une GED ce qui nous permet de gagner énormément en termes de délais de transmission de documents, de délais de traitement, et de traçabilité des demandes.

Nous avons également développé avec nos intermédiaires d’assurance des plateformes d’échange de données informatiques qui nous permettent de gérer les sinistres d’une manière complètement digitalisée et gagner ainsi en termes d’efficacité opérationnelle qui se répercute directement sur la qualité de service pour nos assurés.

De plus, nous avons conçu une application mobile qui permet à nos assurés de suivre l’état d’avancement de leurs dossiers sinistres en temps réel. Cette application leur permet également de connaître et de nous transmettre rapidement les documents complémentaires nécessaires pour le traitement rapide de leurs dossiers.

–  Par ailleurs, comment se porte le secteur des assurances pendant cette pandémie ? La reprise est-elle bien amorcée ?

-Comme les différents secteurs économiques, le secteur de l’assurance a été impacté négativement par la pandémie Covid 19. En 2020, le marché a connu une évolution de 0,9% par rapport à 2019 contre 7% d’évolution en moyenne sur les dernières années. Cette baisse a été plus importante au niveau de l’assurance Vie avec une évolution négative en 2020 (-0,3%) contre des évolutions positives à deux chiffres les périodes précédentes.

Malgré cette tendance au niveau de l’activité 2020, le secteur a démontré une forte résilience en termes de solvabilité et solidité financière qui affichent des indicateurs globalement positifs. Ainsi, le secteur a pleinement participé dans les différentes mesures d’accompagnement de la population, de relance de l’économie et de la gestion de la pandémie.

– Le rapport sur la stabilité financière prévoit un repli significatif de l’excédent de la marge de solvabilité après le passage vers le régime prudentiel basé sur les risques. Comment vous vous y préparez ?

-AXA Assurance Maroc bénéficie actuellement d’une marge de solvabilité très solide (ratio de solvabilité de 400%). Ainsi, en tant qu’entité faisant partie d’un groupe multinational régi par les normes de solvabilité 2, le mode de gestion actuel d’AXA Assurance Maroc intègre cette dimension.

Dans ce contexte, et malgré le passage vers ce régime prudentiel basé sur les risques qui mettra plus de pression sur les exigences en termes de capital, la solvabilité d’AXA Assurance Maroc restera à un niveau solide en ligne avec notre stratégie et celle du Groupe AXA.

– Quelles sont les perspectives de développement pour Axa. Avez-vous des projets phares ?

-AXA Assurance Maroc a enregistré, sur les trois dernières années, un développement soutenu qui dépasse la croissance du marché et ce aussi bien sur l’assurance Vie que sur la Non Vie.

Cette performance a permis à AXA Assurance Maroc en 2020 de regagner le podium au niveau de l’assurance automobile, de conserver pour deux années consécutives le prix « Elu Service Client » du meilleur service assurance, de garder son leadership en termes d’innovation tel que le service SAVA AXA et d’améliorer sa performance financière et résultats.

L’ambition d’AXA Assurance Maroc est d’accélérer cette performance de développement et d’améliorer son positionnement dans le secteur en s’appuyant sur un plan de transformation global. En effet, AXA Assurance Maroc entame une nouvelle phase de son ambition, leadée par Mme Chami, en tête de la Direction Générale depuis Octobre 2020.

Ce plan de transformation permettra de réinventer l’expérience client, d’accélérer la transformation digitale en s’appuyant sur les nouvelles technologies, de simplifier le modèle opérationnel et de renforcer le bien-être des collaborateurs.

– Axa Maroc envisage une prise de participation dans la capital de DabaDoc. Parlez-nous de cette opération et de l’intérêt de Axa pour cette startup. 

– AXA Assurance Maroc a accompagné depuis 2018 l’accélération de développement de la stratup DabaDoc à travers un premier investissement dans son capital. Cette prise de participation rentre dans la stratégie du groupe AXA de passer d’un rôle de « payeur » vers un rôle de « partenaire » de nos clients à travers le service permettant de réinventer le parcours de soins de nos clients.

En 2021, cette volonté s’est renforcée pour accompagner cette plateforme à accélérer ses services « s’appuyant sur les nouvelles technologies » et se positionner en tant qu’acteur continental, notamment sur la zone CIMA.

Ce développement de services fait partie du parcours réinventé qu’AXA souhaite offrir à ses clients aussi bien au Maroc que sur la zone CIMA.

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