Stress hydrique : 31 centres en déficit d’eau en 2021 et 22 menacés de le devenir

Canicule et pénurie d’eau, les deux extrêmes du changement climatique ressurgissent de nouveau dans certaines zones rurales. L'ONEE recense 53 centres qui risquent d’être déficitaires cette année, soit 7% du total du réseau géré par l’Office. Un plan d’urgence d’approvisionnement en eau potable des zones touchées par le déficit hydrique est lancé.

Stress hydrique : 31 centres en déficit d’eau en 2021 et 22 menacés de le devenir

Le 19 juillet 2021 à 17h10

Modifié 20 juillet 2021 à 17h37

Canicule et pénurie d’eau, les deux extrêmes du changement climatique ressurgissent de nouveau dans certaines zones rurales. L'ONEE recense 53 centres qui risquent d’être déficitaires cette année, soit 7% du total du réseau géré par l’Office. Un plan d’urgence d’approvisionnement en eau potable des zones touchées par le déficit hydrique est lancé.

53 centres seront probablement déficitaires pendant la pointe de l’été 2021. Seuls 31 d’entre eux connaissent actuellement un déficit, mais pendant les deux jours de Aïd Al Adha, la liste risque de s’allonger à cause de la forte demande occasionnée par cette fête, accentuée par les fortes chaleurs.

Le ministère de l’Intérieur va déployer un plan d’urgence d’approvisionnement en eau potable au profit des populations rurales touchées par le déficit hydrique. Dans un courrier adressé au Trésorier général du royaume, le ministère de l’intérieur invite ce dernier à «autoriser les trésoriers régionaux, préfectoraux et provinciaux à porter assistance aux sous-ordonnateurs qui seront amenés à recourir à la procédure des marchés négociés».

Urgence de l’opération oblige, le ministère a ouvert des crédits aux walis et gouverneurs pour financer l’acquisition des camions citernes et les réservoirs de stockage d’eau ainsi que les autres charges liées au carburant, à la main d’œuvre et le cas échéant à la location des camions citernes.

31 centres en déficit hydrique et 22 menacés de l’être cette année

La pénurie d’eau ne touche pas uniquement les zones rurales. A se référer aux manifestations organisées en parallèle avec des pics de chaleur, de nombreuses villes sont également menacées.

Chtouka Aït Baha, Sidi Allal Bahraoui, Zagoura, Bouarfa, Rhamna, Taounate, Chaouen et Ouezzane, ont connu des manifestions pour dénoncer «les coupures récurrentes et prolongées de l’eau potable». Le phénomène est d’autant plus frustrant qu’il intervient en période de canicule. S’il perdure, il coïncidera de surcroît avec la fête du sacrifice.

Une situation que reconnaît l’Office national de l’électricité et de l’eau (ONEE). Selon une source autorisée à l’Office, «les centres ayant enregistré un déficit d’alimentation en eau potable sont généralement en manque de ressource mobilisable». En cause, leur implantation dans des zones à faible potentiel hydrique ou vulnérables aux conditions climatiques, est-il précisé.

Ainsi des villes et centres desservis par l’ONEE, on recense 53 centres qui sont déjà ou risquent d’être déficitaires cette année, soit 7% du total du réseau géré par l’Office. Ce déficit s’explique par le recul de la production de la ressource, la surexploitation des nappes par l’irrigation agricole et la saturation des installations de production et de distribution.

«Sur les 53 centres, 33 devraient connaître un déficit inférieur à 25%, alors qu’il serait compris entre 25 et 50% pour 16 centres», nous indique-t-on auprès de l’ONEE.

Dans l’objectif d’atténuer le déficit en eau au niveau de ces centres, des opérations de soudure sont en cours de réalisation par les Directions Régionales. Il s’agit, principalement d’opérations de :

– Dégagement et équipement provisoire de nouvelles ressources avec le concours des agences de Bassins Hydrauliques;

– Approfondissement des puits existants pour en augmenter le débit;

–  Maintenance, renouvellement, et régulation permettant une meilleure exploitation des équipements de production et de distribution;

– Surveillance continue des ouvrages de production et de distribution, en vue d’intervenir rapidement pour minimiser toute forme de perte d’eau ;

– Campagnes de recherche et réparation des fuites.

Par ailleurs, des solutions pérennes, permettant de garantir la continuité du service de l’eau sont programmées ou en cours d’exécution, par la réalisation de nouvelles stations de traitement (Laâyoune, Tarfaya), l’extension des stations de traitement existantes (cas des centres de El Kalâa, …..) ou par l’équipement de nouveaux points d’eau confirmés.

Les investissements prévus, pour atténuer ou résorber le déficit au niveau des 53 centres exposés au déficit en 2021 s’élèvent à environ 3,215 milliards de dirhams.

Un gap entre la réalisation des barrages et les infrastructures d’adduction d’eau

Pourtant, certaines parmi ces villes sont limitrophes de gros barrages. Ce qui renseigne sur la pertinence de la politique de gestion de l’eau au Maroc, s’interrogent des spécialistes de la question. Ceci, malgré la feuille de route royale invitant les intervenants à s’atteler d’urgence à la problématique.

Parmi les mesures d’urgence, figuraient le creusement de puits, l’édification rapide de barrages, la construction des stations de dessalement et l’alimentation de certaines zones déficitaires par des camions citernes.

Trois ans après, la situation ne semble pas avancer rapidement face à l’ampleur du chantier. Face au spectre de la soif, certains décideurs renvoient toujours à des échéances plus ou moins lointaines. Des plans sont ainsi annoncés pour 2025, 2030 et 2050.

Or où réside l’essentiel du problème ?  Comment expliquer les coupures et les arrêts d’approvisionnement en eau potable dans des zones proches de grands barrages ?

Selon des experts, la situation tient au gap existant entre la réalisation des barrages (le stockage) et les infrastructures d’adduction d’eau (la distribution) concèdent les spécialistes. Le cas des villes d’Azilal, Beni Mellal, Taounate et d’Ouazzane est édifiant à cet égard.

Ce déphasage résulte principalement de la pléthore d’intervenants rendant difficile la mise en place d’une politique de planification. D’où l’urgence d’une solution pour apaiser la frustration des populations. «Car chacun travaille de son côté faute de ressources humaines et de moyens financiers dédiés», dénonce une source proche du dossier qui a requis l’anonymat.

En attendant, d’énormes pertes sont également relevées. L’évaporation sur certains réseaux de transport d’eau prélève la moitié de la ressource. Ceci touche aussi bien l’eau potable que celle destinée à l’irrigation.

Ces infrastructures doivent donc être réparées ou mieux surveillées. A l’opposé, la région d’Al Hoceima est un bon exemple car elle a pu économiser l’équivalent de la consommation d’un an en réparant le réseau de distribution.

La note d’optimisme tient au fait que le Maroc reste encore loin d’une pénurie généralisée, précise notre source.

Sauf que certaines régions sont en situation de déficits accentués, en particulier pendant la période estivale qui enregistre une forte demande. Selon les estimations de l’ONEE, celle-ci est multipliée par 2,5 fois, voire plus dans certaines zones.

Le cas le plus flagrant est l’exemple de Zagora : cultures gourmandes en eau, golf et stations touristiques cohabitent dans un cadre de rareté de la ressource.

Mais dans l’absolu le Maroc est déjà dans une situation de stress hydrique élevé pour ce qui est l’eau potable.

Selon la toute récente étude du World Resources Institute (WRI), le pays atteindra un niveau de stress hydrique extrêmement élevé d’ici 2040. On estime qu’une région est en stress hydrique lorsqu’elle passe sous la barre des 1.000 m3 d’eau potable par habitant/an. Selon l’ONU, le Maroc est déjà considéré en stress hydrique avec seulement 500 m3 d’eau potable par habitant et par an, contre 2.500 m3 en 1960.

Cette baisse s’explique par la récurrence de périodes sèches, le recul d’intensité de la pluviométrie, le retard pris en ce qui concerne les moyens de stockage, de distribution et des allocations de la ressource. Mais aussi par le degré du gaspillage et la sous-valorisation de la ressource.  A elle seule, l’agriculture s’accapare 85% des ressources hydriques.

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