Tourisme : Informel et couvre-feu ont plombé le bilan estival

Après l’ouverture des frontières en juin et la décision de subventionner les billets d’avion et de bateau, l’été s’annonçait très prometteur mais le rebond du secteur attendu n’aura finalement pas eu lieu à cause du couvre-feu national décrété au mois d’août. Selon les représentants des 4 principaux CRT du Maroc, la saison est loin d’avoir tenu ses promesses d’amélioration par rapport à celle de l’année 2020.

Tourisme : Informel et couvre-feu ont plombé le bilan estival

Le 31 août 2021 à 18h46

Modifié 31 août 2021 à 19h16

Après l’ouverture des frontières en juin et la décision de subventionner les billets d’avion et de bateau, l’été s’annonçait très prometteur mais le rebond du secteur attendu n’aura finalement pas eu lieu à cause du couvre-feu national décrété au mois d’août. Selon les représentants des 4 principaux CRT du Maroc, la saison est loin d’avoir tenu ses promesses d’amélioration par rapport à celle de l’année 2020.

Certes, il faudra encore attendre la publication des chiffres officiels de chaque région touristique. Mais l’on sait d’ores et déjà que la saison estivale de 2021 ne se sera pas vraiment distinguée de celle de 2020 en termes d’arrivées et de nuitées.

Unanimes, les présidents et chargés de communication des grands conseils régionaux du tourisme sollicités par Médias24 ont tous parlé d’un bilan très médiocre par rapport à leurs prévisions de départ.

La région TTAH n’a pas affiché complet

Du côté du nord du pays, qui réalise d’habitude de très bons scores en été, la présidente du CRT de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Rkia Alaoui, se dit vraiment déçue des résultats engrangés et inquiète pour l’avenir.

« Sachant que nous travaillons seulement cinq semaines dans l’année, nous avions vraiment l’espoir, avec l’arrivée des MRE, de réaliser de bons résultats, mais nous n’avons pas été en mesure de remplir les hôtels.

« Contrairement à ce qui a été annoncé par plusieurs de vos confrères, la saison qui vient de s’achever n’a pas réalisé de bons résultats et le bilan aura été plus que mitigé par rapport à nos espoirs.

« En effet, nous tablions sur un taux d’occupation hôtelier moyen d’au moins 70% mais au final, nous n’avons pas été en mesure d’atteindre les 50% au mois d’août, y compris dans les hôtels de luxe.

L’arrivée des MRE a surtout profité au secteur informel

« En fait, la saison n’a pas démarré au moment voulu car le mois de juillet n’a réalisé que 35% d’occupation dans les hôtels classés et les résidences touristiques à cause du secteur informel qui nous tue.

« S’il est vrai qu’il y a eu plus de monde qu’en 2020 et des embouteillages dans plusieurs villes, ce ne sont pas les hôtels qui en ont profité mais plutôt les petits appartements qui ont eu les faveurs des MRE.

« Seule la région d’Al Hoceima a réalisé une belle saison estivale mais son bilan n’est pas significatif au regard de sa maigre capacité litière.

« L’instauration du couvre-feu a porté un coup mortel à la restauration »

« Concernant le secteur de la restauration, le couvre-feu décrété au début du mois d’août par les autorités, sans aucune négociation avec les opérateurs, a porté un coup mortel aux restaurateurs.

« Cette décision nous a littéralement achevés car elle a obligé tous les restaurants, y compris ceux des hôtels, à fermer la cuisine à 21 heures, soit au moment où les gens rentrent à peine de la plage ou de leur ballade.

« De plus, contrairement à l’objectif de départ, cela n’a pas manqué de créer une véritable cacophonie chez les clients qui étaient obligés de se regrouper en masse pour manger avant l’heure fatidique.

« Les prochains mois s’annoncent pires qu’en 2020 »

« Selon moi, les mois prochains vont être plus difficiles que 2020 pour notre secteur car nous n’avons aucune visibilité sur une éventuelle reprise d’activité.

« Il reste à espérer que les autorités impliqueront davantage les opérateurs dans leurs décisions car le secteur est vraiment à l’agonie », conclut Rkia Alaoui, ajoutant que l’avenir de sa région est très sombre…

« Les stations balnéaires de Saïdia et Marchica ont réalisé 70 à 100% d’occupation »

Pour le président du CRT de l’Oriental, Youssef Zaki, le bilan estival a également été en demi-teinte avec quelques hôtels de luxe qui ont bien marché et l’immense majorité du secteur qui a beaucoup souffert.

« Dans l’attente des résultats finaux, on peut dire que la saison estivale a été bonne pour les stations balnéaires de Saïdia (Oujda) et Marchica (Nador) grâce notamment à l’arrivée des MRE et des touristes étrangers.

« Certains ont affiché complet et d’autres ont respecté la jauge de 75% de remplissage grâce à la formidable initiative royale qu’il convient de saluer et qui a généré une certaine reprise.

« Ce coup de pouce a en effet encouragé de nombreux MRE à visiter leur pays ainsi que certains touristes étrangers, et a au moins permis de relancer l’activité dans les hôtels classés des deux saisons balnéaires.

« Il n’y a pas eu de chiffre record de fréquentation »

« Cependant, il ne faut pas se mentir car en dehors des stations balnéaires qui ont plutôt bien marché, les opérateurs qui représentent la majorité de l’offre hôtelière de la région ont beaucoup souffert par manque de clients, contrairement à ce que prétendent certains journaux qui parlent de chiffres records.

« Ces affirmations sont totalement fausses car il est impossible de parler de succès quand on sait que seuls quelques établissements ont bien marché durant une courte période.

« Le couvre-feu a occasionné de nombreuses annulations de séjour »

« En effet, la saison a été très moyenne pour certaines catégories hôtelières, et catastrophique notamment pour les restaurants touristiques classés qui ont dû respecter le couvre-feu.

« La fermeture anticipée de tous les commerces a occasionné de très lourdes pertes à l’ensemble du secteur. Il y a d’ailleurs eu de nombreuses annulations de séjours aussi bien de la part de touristes nationaux que de MRE, qui ont préféré passer leurs vacances dans d’autres pays européens plutôt qu’au Maroc.

« Selon moi, cette décision unilatérale, qui a été prise sans consulter les opérateurs, aurait dû être assouplie pour, au moins, permettre aux restaurateurs de maintenir la vente à emporter jusqu’à minuit.

« Sans support de l’État, le marasme va durer encore longtemps »

Tout comme mes confrères d’autres régions, je pense que les prochains mois seront très difficiles pour notre région si aucune mesure gouvernementale n’est prise pour limiter les dégâts, comme la reconduction de l’allocation CNSS qui permet aux employés de survivre.

« Après cette petite embellie, le secteur hôtelier de la région de l’Oriental s’attend à vivre un marasme dont on ne voit pas le bout du tunnel », conclut Youssef Zaki, qui se dit très préoccupé par l’avenir du secteur.

« Les clubs de la ville ocre et le secteur informel ont tiré leur épingle du jeu »

Même constat du côté de Abdellatif Abouricha, chargé de communication du CRT de Marrakech, locomotive touristique du Maroc qui a, selon lui, réalisé un taux d’occupation faible par rapport à ses objectifs.

« Si nous ne connaîtrons pas le vrai bilan de la saison estivale avant le 10 septembre, seuls les 14 clubs de Marrakech ont plutôt bien marché, avec un taux d’occupation d’environ 70%.

« Malheureusement, c’est le secteur informel qui a profité de la crise au détriment des hôtels classés, dont une bonne partie est d’ailleurs restée fermée en attendant des jours meilleurs.

« En effet, le taux d’occupation des hôtels de luxe n’a pas dépassé les 20% en août malgré les nombreux mouvements d’avion qui ont atteint un chiffre quotidien de 40 rotations contre 200 avant la crise.

« La poursuite du couvre-feu et de l’interdiction des rassemblements freine toute visibilité »

« Ainsi sur la place Jamâa El-Fna, qui permet de mesurer l’activité touristique de Marrakech, il y avait à peine dix restaurants ouverts sur une trentaine à cause du couvre-feu de 21 heures imposé en plein été et dont on ne connaît toujours pas la date de suppression.

« De plus, l’interdiction des rassemblements de plus de 25 personnes vont empêcher les hôteliers d’organiser des événements MICE (meeting, incentive, conferencing, exhibitions) jusqu’à nouvel ordre, alors que le dernier trimestre est réservé à ce genre de marché, en attendant les fêtes de fin d’année.

« Au final, le bilan n’aura certainement pas atteint les objectifs de départ et ne peut pas être qualifié de meilleur que celui de l’été 2020 », conclut Abdellatif Abouricha en affirmant, tout comme ses confrères, n’avoir aucune visibilité avant l’installation d’un nouveau gouvernement en octobre.

« Hormis la station balnéaire de Taghazout, le bilan a été décevant à Agadir »

Selon un opérateur d’Agadir requérant l’anonymat, sa région aura connu les mêmes déséquilibres que celle de l’Oriental, avec la station balnéaire de Taghazout qui a littéralement cartonné, alors que la grande majorité des hôtels de la ville ont connu beaucoup d’annulations à cause du couvre-feu imposé en août.

« Alors qu’en juin, nos espoirs de reprise étaient énormes, avec un taux de réservations qui augurait d’un bel été, l’annonce du gouvernement d’instaurer un couvre-feu a tout gâché et de nombreux hôtels ont préféré rester fermés.

« Tant que la fermeture anticipée des restaurants et des commerces restera en vigueur, il ne pourra pas y avoir de véritable reprise, encore moins de la part des touristes étrangers de séjour (TES) qui ne viennent pas pour s’enfermer dans un hôtel », conclut notre interlocuteur, qui pense même à changer d’activité.

A lire aussi


Les dernières annonces judiciaires
Les dernières annonces légales

Communication financière

SONASID : Effets de la crise sanitaire sur les résultats du 1er semestre 2020

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.