Retour en force du colportage de lait dans les Doukkala

La commercialisation informelle, par colportage, de lait frais n’ayant pas subi un traitement thermique garantissant sa conformité aux règles d’hygiène sanitaire, prend de l’ampleur. L’illustration en est fournie par la région des Doukkala, où le retour en force du colportage suit une tendance haussière ces trois dernières années.

Retour en force du colportage de lait dans les Doukkala

Le 20 septembre 2021 à 12h56

Modifié 20 septembre 2021 à 13h12

La commercialisation informelle, par colportage, de lait frais n’ayant pas subi un traitement thermique garantissant sa conformité aux règles d’hygiène sanitaire, prend de l’ampleur. L’illustration en est fournie par la région des Doukkala, où le retour en force du colportage suit une tendance haussière ces trois dernières années.

Selon les chiffres de l’Office régional de mise en valeur agricole des Doukkala, le phénomène « porte sur la moitié de la production laitière ». Il est d’ailleurs visible dans les chiffres: la hausse moyenne annuelle de 6% de la production, et la baisse avoisinant 10% des volumes collectés par les usines de traitement.

Et ce, bien que la région dispose de deux grandes usines, Centrale Danone et Nestlé ; et que d’autres de moindre envergure s’y approvisionnent également, notamment Safilait et Halib Marrakech.

120 millions de litres commercialisés hors circuit industriel

Selon nos sources, le colportage a commencé à se développer dans les Doukkala, depuis la campagne de boycott de 2018. A tel point que les usines présentes dans la zone appliquent, depuis deux ans, des quotas de prélèvement. Motif invoqué par les industriels, selon certaines coopératives de collecte du lait : la baisse de la consommation. En réalité, il s’agit probablement d’une baisse apparente, le colportage évinçant les produits industriels.

A fin juillet 2021, le volume du lait collecté par les usines auprès des coopératives a atteint 181,26 millions de litres contre 190,73 millions à la même période de 2020, soit un recul de 5%. Cependant, la production du lait durant cette période est estimée à 300 millions de litres. C’est dire l’importance des quantités commercialisées hors circuit industriel: près de 120 millions de litres sur la période.

La différence va bien évidemment à l’autoconsommation, aux « mahlaba » et à la vente directe aux consommateurs par des colporteurs. Ainsi, tous les efforts et les investissements réalisés pour la traçabilité et la garantie d’un produit loyal et marchand, se trouvent menacés à terme.

Pour atténuer l’impact économique du détournement de la production vers l’informel, les services du ministère de l’Agriculture encouragent les coopératives locales à développer la production de fromages et autres produits laitiers dérivés.

Plus grave encore, le produit laitier frais qui n’a pas subi de traitement présente de graves risques pour la santé du consommateur.

En attendant, le danger de contamination des populations par la tuberculose bovine guette.

En effet, et c’est un problème qui n’est pas propre au Maroc, l’élevage bovin marocain est atteint de cette maladie transmissible à l’homme par le biais du lait non pasteurisé, de la viande insuffisamment cuite et des tripes contaminées. Ce que confirme le dépistage des animaux: au niveau des abattoirs pour suivre l’évolution de la maladie. A ce stade, la prévalence est évaluée entre 1,7% et 2%, selon les abattoirs. Mais que dire de l’abattage clandestin ? La question est éludée par les services concernés.

Une récente étude sur la tuberculose bovine, réalisée par l’université de Bâle (Suisse) et l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II, explique que la maladie pourrait disparaître d’ici 32 ans. A la condition « que 40% des bovins soient testés chaque année et que les bêtes infectées soient abattues ».

Autre hypothèse : le Maroc peut éradiquer la maladie dans 13 ans, s’il réussit à tester 90% du cheptel. Le seul obstacle serait le coût d’une telle opération, estimé à plus de 16 milliards de DH.

La même étude évalue la prévalence de la tuberculose des bovins à 18% au niveau individuel, et à 33% au sein du troupeau.

Chiffres clés de la filière

En dehors du phénomène de colportage et ses implications dans les usines et la santé humaine, la filière laitière affiche des fondamentaux performants. Valeur 2020, elle a réalisé un chiffre d’affaires de 13 milliards de DH et une valeur ajoutée dépassant les 4 milliards de DH.

Sur la période 2008-2018, le montant des investissements injectés était estimé à 6,4 milliards de DH. Il émane principalement des 16 opérateurs qui traitent environ 95% du lait usiné.

La filière laitière, qui concerne 260.000 éleveurs, compte actuellement un cheptel bovin laitier de l’ordre de 1,8 million de têtes. Ce troupeau, qui enregistre une progression annuelle de 1,2%, est constitué à hauteur de 70% de races améliorées.

La transformation industrielle du lait est assurée à la fois par le secteur coopératif et des opérateurs privés. Actuellement, le secteur compte 82 unités industrielles et 2.700 centres de collecte. Le lait traité par les usines représente plus de 60 % de la production totale.

La majorité du lait usiné (85% à 90%) est transformée en lait pasteurisé ; le reste est utilisé pour la production de produits dérivés de courte et longue durées de conservation (yaourt, petit lait, fromage frais, poudre de lait, lait UHT, lait stérilisé, beurre…).

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