Malika Laasri : « Malgré la pandémie, la 4e année du Compact II a été l’une des plus productives »

La directrice générale de l’Agence MCA-Morocco, en charge de la mise en œuvre du Compact II, Malika Laasri, nous livre le bilan de 4 ans de déploiement de ce programme dont bénéficie le Maroc pour la deuxième fois, ainsi que ses perspectives. Entretien.

Malika Laasri : « Malgré la pandémie, la 4e année du Compact II a été l’une des plus productives »

Le 22 septembre 2021 à 16h32

Modifié 23 septembre 2021 à 11h04

La directrice générale de l’Agence MCA-Morocco, en charge de la mise en œuvre du Compact II, Malika Laasri, nous livre le bilan de 4 ans de déploiement de ce programme dont bénéficie le Maroc pour la deuxième fois, ainsi que ses perspectives. Entretien.

Le Compact II est financé par Millennium Challenge Corporation (MCC) à hauteur de 450 millions de dollars, auxquels s’ajoute une contribution du gouvernement marocain d’une valeur équivalente à 15% au moins de l’apport américain. L’Agence Millennium Challenge Account-Morocco (MCA-Morocco), créée en septembre 2016, s’est vu confier la mise en œuvre de ce deuxième programme de coopération, conclu le 30 novembre 2015 entre les gouvernements du Royaume du Maroc et des États-Unis d’Amérique. A une année de l’achèvement du Compact II, Malika Laasri, directrice générale de l’Agence MCA-Morocco, nous confie, dans cette interview, le bilan à date du Compact II et ses perspectives.

Médias24 : Le Compact II est entré en vigueur le 30 juin 2017. On peut dire que MCA-Morocco a eu quatre ans pour déployer les actions du programme Compact II. Comment évaluez-vous le travail  effectué jusque-là ?

Malika Laasri : Le Compact II est aujourd’hui un programme qui se déploie, à travers des actions ciblées, dans plusieurs régions du Royaume et qui a un impact certain sur le quotidien de milliers de Marocains, grâce notamment à la forte implication d’acteurs publics et privés et de la société civile. Je fais ici référence à des réalisations physiques et concrètes qui se déploient sur le terrain, mais aussi à la conception de modèles innovants dans les secteurs concernés par le programme, comme le foncier industriel, le foncier rural, l’enseignement secondaire, la formation professionnelle et l’emploi. Les actions de Compact II se concentrent en effet sur deux volets majeurs : le rehaussement de la qualité du capital humain et la valorisation du foncier.

Les avancées réalisées sont le fruit essentiellement de l’accompagnement rapproché et qualitatif des responsables et experts de MCC, de l’étroite collaboration et de la concertation permanente entre les équipes de l’Agence MCA-Morocco et l’ensemble de nos partenaires, qu’ils soient des acteurs institutionnels, associatifs et privés ou des bénéficiaires directs. Ces avancées sont la résultante également du soutien constant apporté à l’Agence par l’ensemble des membres de son Conseil d’orien­tation stratégique.

– Plusieurs actions ont été déployées dans le cadre des deux projets du Compact II. Pouvez-vous nous donner un aperçu des réalisations ?

– La quatrième année du Compact II a été riche en réalisations substantielles que je ne peux citer de manière exhaustive. Les progrès accomplis concernent d’abord les activités à caractère opérationnel, plus particulièrement celles relatives aux travaux d’infrastructures. Citons, dans ce cadre, la finalisation des travaux de réhabilitation des infrastructures de 18 établissements scolaires dans la Région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, et le lancement de travaux d’infrastructures, au niveau d’une centaine de sites abritant 71 autres établissements scolaires, 14 établissements de formation professionnelle (EFP) et 12 parcs industriels.

Ces réalisations opérationnelles concernent également la livraison du matériel informatique, didactique et robotique aux établissements scolaires bénéficiaires de l’activité « Éducation secondaire », qui profite annuellement à plus de 85.000 élèves. C’est aussi le lancement de trois nouvelles applications mobiles pour faciliter l’accès aux services du système d’information « Massar » pour les enseignants, les élèves, les parents et tuteurs d’élèves.

Des réalisations substantielles sont également à relever au niveau des programmes de renforcement des capacités organisés au profit des parties prenantes, avec la formation de 3.100 cadres administratifs et pédagogiques du secteur de l’éducation nationale, l’organisation de formations visant la promotion de la culture d’évaluation des politiques d’emploi et du marché du travail, fondée sur les preuves et la formation de cadres du Département de l’Industrie, aux principes de conception et gestion des zones industrielles durables.

Outre les activités à caractère opérationnel, les réalisations concernent aussi d’autres activités, ayant trait au développement et à l’expérimentation de plusieurs modèles novateurs, comme le modèle « Lycée Attahadi », le Programme Emploi FBR (financement basé sur les résultats, ndlr) pour améliorer l’employabilité des populations vulnérables et la promotion des partenariats public-privé, en matière de développement et de gestion de nouvelles générations d’établissements de formation professionnelle et de zones industrielles durables.

Ceci sans oublier ces réalisations à caractère stratégique qui couvrent également l’initiation ou l’accompagnement de réformes structurelles, avec le lancement de la mise en place d’une plateforme digitale d’information sur le marché du travail, basée sur l’intelligence artificielle et les big data ; la conduite de l’opération de melkisation des terres collectives, situées dans les périmètres d’irrigation du Gharb et du Haouz selon une procédure optimisée ; et l’appui à l’élaboration du projet de la stratégie foncière nationale, à la mise en œuvre d’actions prioritaires, identifiées dans le cadre de son plan d’action et à l’amélioration de l’accès des femmes au foncier et de leur participation à la gouvernance foncière.

– Avez-vous rencontré des difficultés particulières dans le déploiement du programme, mais surtout comment avez-vous réussi à les dépasser ?

– Les projets sur lesquels nous intervenons (Éducation et Formation pour l’Employabilité et Productivité du Foncier) avec nos partenaires sont complexes, exigeants et souvent multidimensionnels. De ce fait, il est tout à fait naturel de faire face à des difficultés, lors du déploiement de nouveaux modèles d’in­tervention, de l’engagement de réformes structurelles et de la conduite de projets transversaux et complexes.

C’est pour cela que nous avons opté, dès le départ, pour une approche participative et inclusive, fondée sur l’appropriation par les différentes parties prenantes des projets, grâce à leur implication effective aussi bien dans leur conception que dans leur mise en œuvre. Cette approche est basée aussi sur la promotion du partenariat public-privé (PPP) en tant que levier de financement, de bonne gouvernance et de durabilité des investisse­ments, ainsi que sur la consécration d’une gestion axée sur les résultats.

La mise à contribution au quotidien de cette approche nous a permis, d’ailleurs, de développer une intelligence collective, de surmonter plusieurs difficultés et de lever diverses contraintes, en apportant des ajustements aux projets, en procédant à des réallocations des ressources humaines et financières et en recourant aux arbitrages nécessaires le cas échéant et, ce, au gré du renforcement de notre coordination et collaboration avec l’ensemble de nos partenaires, pour prévenir les risques et difficultés potentiels et prendre des mesures palliatives concertées.

– Au cours des quatre ans de déploiement du programme, la pandémie de la Covid-19 s’est invitée pendant une année et demie et se poursuit. Quelle incidence a-t-elle eue sur votre travail ? A-t-elle freiné l’élan ou retardé certains projets ?

– L’apparition, puis la propagation rapide de cette pandémie, a perturbé l’ensemble des acteurs dans tous les domaines et partout dans le monde. Le Maroc a su éviter le pire et la stratégie qu’il a adoptée, en matière de lutte contre ce virus a d’ailleurs été saluée à l’échelle internationale. Grâce au leadership de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Maroc affronte la pandémie avec responsabilité et solidarité. Toutes les composantes de la société ont su faire preuve d’engagement et de mobilisation. Les entreprises marocaines ont su être résilientes et certaines ont, même, démontré une étonnante capacité en matière d’innovation.

À l’Agence MCA-Morocco, la pandémie nous a certes ralentis, mais elle ne nous pas arrêtés. La quatrième année du Compact II a été l’une des plus productives et des plus intenses, en termes de réalisations, de concertations et d’accompagnement de tous nos partenaires.

Nous avons œuvré, à cet égard, pour maintenir, voire renforcer nos relations avec nos différents partenaires et adapter nos méthodes et moyens de travail, avec notamment l’organisation de sessions de formation et de rencontres en ligne, le développement de plateformes d’apprentissage et de collaboration en ligne, l’équipement des structures du Département de l’Éducation nationale de matériel d’enregistrement audiovisuel pour la production de contenus de formation, etc.

Les mesures qui ont été prises, les procédures et protocoles qui ont été mis en place ou renforcés, par chacun de nos prestataires et partenaires, avec l’appui de l’Agence MCA-Morocco, ont d’ailleurs contribué à garantir une reprise sécurisée de leurs activités et à protéger leurs employés, leurs sous-traitants, ainsi que les divers publics qu’ils côtoient.

– Le Compact II s’articule autour de deux grands projets, à savoir « Éducation et formation pour l’employabilité » et « Productivité du foncier ». Pourquoi avoir opté pour ces secteurs et pas d’autres comme la santé, par exemple, qui est d’une grande importance pour le développement du pays ?

– Ces deux projets sont au cœur des priorités nationales et des ambitions que le Maroc s’est fixées et revêtent une dimension stratégique et transversale indéniable. Ils sont d’ailleurs alignés avec les hautes orientations de Sa Majesté, portant sur la valorisation du capital humain et la mobilisation du foncier au service de la promotion de l’investissement.

Le choix de ces deux projets repose sur les conclusions d’une étude menée par le gouvernement marocain et MCC, en collaboration avec la Banque africaine de développement, qui avait porté sur l’analyse des contraintes à la croissance économique au Maroc. Cette étude a permis d’identifier, parmi les contraintes majeures à la croissance, la faiblesse de la qualité du capital humain et son inadéquation avec les besoins des entreprises, et l’accès difficile des investisseurs au foncier.

Les objectifs de ces deux projets convergent également avec ceux des stratégies sectorielles engagées, telles que la Vision 2015-2030 pour la réforme du système d’éducation et de formation, la feuille de route relative au développement de la formation professionnelle, le Plan national de promotion de l’emploi, le Plan d’accélération industrielle et les plans agricoles Maroc Vert et Generation Green.

Ce sont enfin des projets que nous retrouvons au cœur des conclusions de la commission, en charge de l’élaboration du nouveau modèle de développement, sur le plan aussi bien des leviers d’action proposés que des modèles et approches d’intervention préconisés.

Cela étant, le Compact II apportera aussi un soutien au secteur de la santé, à travers la mise à sa disposition des ressources humaines qualifiées. En effet, trois établissements de formation professionnelle (EFP) au niveau de Meknès, Oujda et Beni-Mellal sont en cours de construction selon un modèle PPP. Ils ne manqueront pas de satisfaire les besoins exprimés en termes de personnel médical et paramédical.

– Vous avez évoqué le nouveau modèle de développement. Pensez-vous que votre périmètre global d’action et de votre feuille de route quinquennale convergent avec les conclusions et les recommandations de la commission ?

– L’examen attentif du rapport général de la Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD) et des notes thématiques qui lui sont annexées permet, en effet, de relever des convergences entre les orientations stratégiques préconisées par ce rapport et des composantes importantes des projets du Compact II.

Ces convergences sont assez logiques, vu que la démarche scientifique et inclusive qui a animé le travail de la CSMD est la même que celle ayant permis d’identifier les axes d’intervention du Compact II. De même, outre l’adoption d’une approche et d’une méthodologie qui intègrent les questions fondamentales de la gouvernance et de la coordination public-privé, la CSMD et le Compact II préconisent la même approche, en matière d’expérimentation de chantiers innovants et de déploiement graduel des modèles sur le terrain.

Au-delà de ces convergences qui nous confortent dans notre démarche de conception et de mise en œuvre des projets, force est de relever que le Compact II se veut un véritable laboratoire d’expérimentation à petite échelle de modèles novateurs, en ligne avec les orientations stratégiques préconisées par le rapport de la CSMD. Le Compact II offre surtout cette opportunité de mettre à l’épreuve la transformation, ô combien difficile, de stratégies et de visions ambitieuses en des actions concrètes et impactantes. L’Agence MCA-Morocco agit, à cet égard, comme un catalyseur d’énergies pour assurer la pleine mobilisation de la multitude d’acteurs concernés et monitorer la conduite du changement.

– Le budget du Compact II est arrêté à quelque 517,5 millions de dollars (450 MCC et 15% supplémentaires représentant la contribution marocaine). Ce montant a-t-il été totalement investi ? 

– Au 31 août 2021 et sur la base du budget alloué au Compact II par MCC, nous avons atteint un taux d’engagement de 84,22%, ce qui correspond à 379 millions USD. Le taux des déboursements est, quant à lui, de 36,1%, soit l’équivalant de 162,45 millions USD.

Ces réalisations financières, qui viennent couronner les efforts déployés par l’Agence MCA-Morocco et ses partenaires, sont très honorables, au vu de l’envergure des projets du Compact II et de leur complexité.

Nous sommes confiants que ces taux évolueront à un rythme plus soutenu au titre de la 5e année du Compact II, au gré notamment du parachèvement des travaux d’infrastructures, de l’acquisition des équipements, au profit des projets d’EFP financés par le fonds « Charaka » et de la réalisation de projets d’envergure portant, notamment, sur la mise en place de plateformes numériques sophistiquées relatives au marché du travail, aux parcs industriels et à différents programmes de renforcement des capacités et d’alphabétisation.

Nous sommes d’ailleurs déterminés, avec le soutien des différentes parties prenantes, à intensifier les efforts et à faire preuve de créativité, de réactivité, de souplesse et d’anticipation pour accélérer la cadence des réalisations et relever le défi d’achever les projets dans les délais prescrits.

– Qui fera le suivi des projets déployés et portés par MCA-Morocco à la fin du programme ? Comment assurer la continuité des efforts et des moyens financiers mis en œuvre ?

– La pérennisation des projets et surtout des modèles novateurs développés et expérimentés dans le cadre du Compact II, a été intégrée dès la conception du programme. Nous avons adopté une approche participative pour la conception, la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation des différents projets ; une approche fondée sur l’instauration d’une parfaite coordination et d’une étroite concertation, avec les différentes parties prenantes publiques et l’implication des acteurs du secteur privé et de la société civile.

La consécration et la consolidation de cette approche participative est le meilleur gage de l’appropriation et de la pérennisation des bonnes pratiques et des modèles novateurs, développés et testés dans le cadre du Compact II. Nous œuvrerons, dans ce sens et en concertation constante avec nos partenaires, à la documentation de ces bonnes pratiques et de ces modèles novateurs dans des documents de référence, qui seront mis, au terme du Compact II, à la disposition des parties publiques en charge de la pérennisation des projets initiés.

– Nous sommes à une année de l’achèvement du Compact II, un Compact III est-il prévu ?

– La sélection préliminaire des pays éligibles au soutien financier de MCC est basée sur l’évaluation de leurs performances, au regard d’un certain nombre d’indicateurs, qui sont développés et calculés par différentes institutions internationales (Banque mondiale, FMI, PNUD et des ONGs internationales). Ces indicateurs sont répartis en trois catégories : la bonne gouvernance, l’investissement dans le capital humain et la promotion des libertés économiques et individuelles. Les acquis remarquables capitalisés par le Royaume dans ces domaines sont reconnus et salués par l’ensemble de ses partenaires.

À l’Agence MCA-Morocco, et au-delà des ambitions et aspirations à une deuxième reconduction du Compact, nous sommes surtout préoccupés à ce stade, en tant qu’entité d’exécution du programme de coopération Compact II, de nous acquitter pleinement du mandat qui nous a été confié et nous sommes déterminés, à ce titre, à parachever les projets dans les meilleures conditions et en visant les meilleurs résultats. Notre souhait à tous est de présenter un bilan honorable qui soit à la hauteur de la confiance, placée en l’Agence pour accomplir ce mandat et de l’excellence des relations stratégiques, liant le Royaume du Maroc aux États-Unis d’Amérique.

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