Grotte des Contrebandiers : une mine d’or archéologique qui n’a pas encore livré tous ses secrets

Des études effectuées sur des artefacts trouvés dans la grotte des Contrebandiers, à Témara, révèlent que l'homme a pu développer des outils en os, lui permettant de confectionner des vêtements, il y a 120.000 ans. Pr Mohamed Abdeljalil El Hajraoui, responsable de ce programme de recherche, et Pr Aicha Oujaa, anthropologue, nous livrent leur analyse sur le lieu même de cette découverte majeure, révélatrice de "l'origine du comportement humain moderne". Reportage.

Grotte des Contrebandiers : une mine d’or archéologique qui n’a pas encore livré tous ses secrets

Le 26 septembre 2021 à 5h44

Modifié 27 septembre 2021 à 9h17

Des études effectuées sur des artefacts trouvés dans la grotte des Contrebandiers, à Témara, révèlent que l'homme a pu développer des outils en os, lui permettant de confectionner des vêtements, il y a 120.000 ans. Pr Mohamed Abdeljalil El Hajraoui, responsable de ce programme de recherche, et Pr Aicha Oujaa, anthropologue, nous livrent leur analyse sur le lieu même de cette découverte majeure, révélatrice de "l'origine du comportement humain moderne". Reportage.

Médias24 : Dans quelles circonstances ont été découverts les 62 outils, représentant la plus ancienne preuve connue de l’existence de vêtements ?

Pr Mohamed Abdeljalil El Hajraoui : Ces outils on été découverts progressivement entre 2001 et 2009, dans le cadre d’un programme archéologique maroco-américain, à la suite d’une convention signée entre l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine (INSAP) et l’université de Pennsylvanie aux États-Unis. Plus de 10.000 pièces ont été découvertes dans le cadre de ce programme. Il fallait mener plusieurs études et analyses, dans le temps, pour arriver à des résultats probants.

             – Vous avez évoqué plus de 10.000 pièces. Que représentent-elles? 

– Ce sont des pièces issues de l’industrie osseuse et de l’industrie lithique (en pierre), ainsi que des coquilles perforées, des traces de peinture, des traces de feu, etc. Des publications antérieures ont permis de révéler l’ensemble de ces découvertes.

Nous avons trouvé de belles pièces d’outils en pierre qui témoignent déjà d’un raffinement esthétique.

Ces hommes-là revêtaient des parures ; ils ramassaient des coquilles qu’ils perforaient pour les porter.

Pour moi, c’est la trace de la première révolution culturelle.

            – Quelles conclusions tirez-vous de ces découvertes?

L’homme de cette époque a su qu’il pouvait maîtriser certain phénomènes naturels. Il utilisait le feu à l’intérieur de la grotte pour venir à bout du froid ou prolonger la lumière du jour.

Pour la peinture, il prenait de l’argile, y rajoutait de la graisse ou bien de l’eau. Il avait compris qu’en mélangeant deux produits différents, on pouvait obtenir un troisième produit. Ce sont les bases de la chimie.

Nous avons hérité de ces hommes-là ce comportement. C’est juste la technique qui a évolué. Aujourd’hui, nous disposons d’outils différents, mais adaptés aux mêmes besoins.

Au-delà de la découverte des premiers outils de couture, on peut avancer, en étudiant l’ensemble, que l’origine du comportement humain moderne se situe dans cette région.

Il y a quelque chose de très important pour les préhistoriens : les restes humains sont nécessaires pour déduire à quoi cet homme ressemblait. Or nous avons également découvert des restes humains.

 

Médias24 : Pr Aicha Oujaa, que pouvez-vous nous dire au sujet de ces restes humains ?

Pr Aicha Oujaa : Au début des années 1950, on a découvert la calotte crânienne d’un adulte et également la mandibule d’un adulte. La morphologie a pu être cernée et a permis de conclure qu’il s’agissait d’un homme moderne.

En 2009, la dernière année de la fouille, une partie du squelette d’un enfant a également été trouvée dans cette grotte. C’est un fossile exceptionnel, car c’est le seul enfant daté de 110.000 ans dans le monde.

Si on compare ce fossile avec celui de Jbel Irhoud qui date de 300.000 ans, il s’avère que c’est pratiquement la même population. Le crâne de de Jbel Irhoud a une face un peu plus moderne, mais un cerveau qui est beaucoup plus archaïque, alors qu’ici nous avons un cerveau qui commence à se développer.

Nous avons au Maroc une évolution qui est continue depuis 1.300.000 ans. Nous avons des fossiles de pratiquement toutes ces périodes : paléolithique moyen, paléolithique supérieur, ainsi que le néolithique.

– La grotte des Contrebandiers a-t-elle fini de livrer tous ses secrets ?

– Absolument pas. La grotte est profonde. Pratiquement 20% de la surface de la grotte a été fouillée. Il reste encore la couche supérieure et donc 80% à examiner.

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