Mohamed Tozy : « Rien n’empêche de réussir le cumul des mandats de ministre et de maire »

Avec la nomination du gouvernement, quatre grandes villes du Maroc seront dirigées par des présidents de commune également ministres. Si la loi permet ce cumul des mandats, critiqué par certains à cause des contraintes temporelles et géographiques qui se posent, le politologue Mohamed Tozy avance que cette configuration peut aussi constituer une chance pour développer Agadir, Casablanca, Marrakech et Taroudant.

Mohamed Tozy : « Rien n’empêche de réussir le cumul des mandats de ministre et de maire »

Le 12 octobre 2021 à 19h11

Modifié 14 octobre 2021 à 10h03

Avec la nomination du gouvernement, quatre grandes villes du Maroc seront dirigées par des présidents de commune également ministres. Si la loi permet ce cumul des mandats, critiqué par certains à cause des contraintes temporelles et géographiques qui se posent, le politologue Mohamed Tozy avance que cette configuration peut aussi constituer une chance pour développer Agadir, Casablanca, Marrakech et Taroudant.

Si depuis le 8 juillet dernier, la loi interdit de cumuler le poste de président de l’une des 13 communes du Maroc de plus de 300.000 habitants (Tanger, Tétouan, Oujda, Fès, Meknès, Rabat, Salé, Témara, Kénitra, Casablanca, Marrakech, Agadir, Safi) avec un mandat de député ou de conseiller, rien n’empêche pourtant un ministre d’être maire, comme cela est le cas aujourd’hui dans quatre grandes villes du pays. Un défi jouable sous certaines conditions.

« Aucun renoncement en vue de la part des présidents de commune »

En effet, aucune incompatibilité d’ordre juridique ou même constitutionnel ne pourra empêcher le chef du gouvernement Aziz Akhannouch de présider le conseil communal d’Agadir où il a été élu, la ministre de la Santé Nabila Rmili celui de Casablanca, la ministre de l’Habitat et de la ville Fatim-Zahra Mansouri celui de Marrakech et, enfin, le ministre de la Justice, Abdelatif Ouahbi de présider le conseil de Taroudant.

Si aucun d’entre eux n’a souhaité répondre à nos appels et messages pour confirmer leur intention de cumuler les deux postes, nous avons obtenu des informations fiables selon lesquelles ils comptaient bel et bien être à la fois ministres au gouvernement et présidents de commune.

Selon notre source, le seul retrait possible pourrait provenir de la ministre Nabila Rmili, confrontée à une forte pression locale pour abandonner la présidence du conseil communal de la ville de Casablanca.

Sollicité par Médias24 sur ce cumul qui, hormis le cas de l’ancien élu Abdelaziz Rebbah qui avait été ministre et maire de Kénitra, n’a pas connu de précédent au Maroc, le politologue Mohamed Tozy ne trouve pas d’objection majeure à cette configuration pour peu que quelques conditions soient remplies.

Bien évidemment figure, parmi ces conditions, la qualité de l’équipe qui sera aux commandes pour le suivi des dossiers de la vision élaborée par leur président, pendant qu’il sera occupé à remplir ses fonctions ministérielles.

« Être ministre offre beaucoup d’avantages pour développer sa commune »

« Le fait que ces ministres aient choisi de se présenter à une élection locale et pas nationale, de député par exemple, constitue selon moi une véritable valorisation du mandat local de simple élu ou de maire.

« Leur réussite dépendra d’abord du staff qu’aura chaque ministre, parce qu’en réalité, faire partie d’un gouvernement facilitera beaucoup de choses au maire pour travailler plus efficacement pour sa ville.

« Il y aura en effet un alignement stratégique beaucoup plus intéressant, qui lui permettra de déployer des ressources beaucoup plus facilement et surtout d’affecter les bonnes personnes à la bonne place.

« Que ce soit au niveau régional ou communal, le problème qui se pose le plus souvent est en effet de trouver un personnel de qualité », explique Tozy en évoquant l’aspect avantageux du cumul des mandats de maire et de ministre.

« Les impératifs temporels et géographiques plaident contre le cumul des mandats »

« A contrario, le cumul pose un vrai problème en termes de temps à consacrer non pas à la gestion technique de la ville, mais politique, à savoir des réunions et des contacts réguliers avec les habitants.

« Le manque de temps va beaucoup jouer, sans parler de la distance pour un ministre installé à Rabat et qui devra se déplacer à Taroudant (Ouahbi), Agadir (Akhannouch) et Marrakech (Mansouri) pour les villes les plus lointaines, sachant que le déplacement de la ministre Rmili sera plus rapide pour Casablanca », met en garde le politologue, citant notamment le cas de l’ex-ministre Aziz Rebbah, maire de Kénitra.

« Ainsi, si Rebbah a raté son mandat à la tête de la commune de Kénitra, c’est surtout parce qu’il n’était pas entouré par une équipe de qualité et qu’il n’avait pas su recruter les meilleurs collaborateurs.

« Lors des dernières élections, il y a même eu une mobilisation populaire pour empêcher qu’il soit réélu, car sa gestion communale n’a pas été exemplaire, alors qu’il était tout proche de la capitale », précise Tozy, pour qui Rebbah n’a pas été en mesure d’exploiter son poste de ministre pour développer sa ville.

« Une même majorité confortable au niveau national et local permettra d’agir plus rapidement »

A la question de savoir si les avantages d’un pouvoir élargi pourraient prendre le dessus sur les impératifs temporels et géographiques, Tozy avance que tout dépend du niveau d’organisation du ministre-maire.

« Le fait de devoir renoncer à gérer la ville pour mieux se consacrer au gouvernement peut être un signal sur les énormes urgences qui caractérisent ce gouvernement, mais en même temps, dans le programme gouvernemental, il y a une autre urgence qui est celle de la régionalisation à mener à terme.

« En effet, pour la première fois, il y a une majorité confortable et similaire au niveau local et aussi national, qui va lui donner la possibilité d’agir rapidement en termes de réformes ; mais, encore une fois, tout dépendra de la qualité de l’équipe retenue dans les communes qui seront dirigées par des ministres. »

« Il y a donc plusieurs facteurs qui jouent dans les deux sens, mais à titre personnel, je ne suis pas contre ce cumul et préfère leur donner une chance pour voir quels seront les résultats à la fin de leur mandat.

« Il y a aussi une grande part de risque personnel, car si ces ministres échouent dans leur ville, cela ne manquera pas de casser leur performance au niveau national », ajoute le politologue, qui n’exclut toutefois pas un renoncement de dernière minute de l’un des quatre maires devant la difficulté de la tâche.

« Une grande mairie qui réussit son développement local, c’est tout le Maroc qui en profite »

« Sachant qu’aujourd’hui, il y a une vraie volonté de créer un élan rapide, ce scénario reste peu probable car le maire qui arrivera à faire bouger Casablanca, qui représente au moins 30% de l’activité économique au niveau national, réussira par conséquent dans le même temps à mobiliser l’ensemble du Maroc.

Avec le même type d’orientation claire en termes de développement pour des grandes villes comme Agadir ou Marrakech, c’est tout le Maroc qui en profitera et qui bougera », avance notre interlocuteur. Il ajoute que si ces ministres-maires arrivent à gérer leur temps et à bien s’entourer, « cela pourrait même être une chance ».

« Réussir un mandat à la tête d’une commune n’est donc pas insurmontable, car sa gestion technique n’est pas totalement décentralisée du fait de l’accompagnement toujours aussi important de l’intérieur, mais également du rôle croissant des Sociétés de développement local (SDL) dans leur gestion au quotidien. »

« L’aide des SDL sera précieuse pour pallier le déficit de présence des ministres-maires »

« En fait, le plus compliqué n’est pas de mettre en œuvre ou d’exécuter des politiques publiques, rôle qui échoit de plus en plus à ces fameuses SDL, mais plutôt de les définir à travers une planification en amont.

Sachant que la nouvelle mission des maires est d’établir une vision et un suivi des politiques sans s’occuper de l’exécution réservée aux SDL, il n’y a donc plus d’obligation à ce qu’ils soient présents au quotidien pour s’occuper des parkings, des autorisations de constructions…

Dans des agglomérations comme Casablanca, Marrakech ou Agadir, nous sommes dans un processus de métropolisation qui nécessite une vision qui sera ensuite mise en œuvre par des sociétés SDL », conclu Tozy, optimiste. Il souligne que si la dimension géographique de Taroudant est moindre, cette petite ville qui fait partie de l’aire métropolitaine d’Agadir a aussi besoin d’une vision forte pour l’avenir.

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