PLF 2022. L’investissement public affiche un record de 245 milliards de dirhams

Ce montant inédit dans l’histoire du Maroc représente plus de 20% du PIB, un plafond jamais franchi par le passé. Derrière cet effort, le budget général de l’Etat, le budget des établissements et entreprises publiques, mais aussi l’apport du Fonds Mohamed VI pour l’investissement. Mais si le chiffre affiché est énorme, reste à savoir s’il sera exécuté en entier en 2022.

Les travaux du futur port de Dakhla-Atlantique seront lancés en 2022. A terme, un investissement de plus de 12 milliards de DH.

PLF 2022. L’investissement public affiche un record de 245 milliards de dirhams

Le 20 octobre 2021 à 16h57

Modifié 21 octobre 2021 à 8h40

Ce montant inédit dans l’histoire du Maroc représente plus de 20% du PIB, un plafond jamais franchi par le passé. Derrière cet effort, le budget général de l’Etat, le budget des établissements et entreprises publiques, mais aussi l’apport du Fonds Mohamed VI pour l’investissement. Mais si le chiffre affiché est énorme, reste à savoir s’il sera exécuté en entier en 2022.

Pour son premier projet de loi de Finances, le gouvernement Akhannouch tape fort, en affichant des ambitions en matière d’investissement jamais espérées par le passé.

Selon la présentation du PLF, qui a été préparé dans son architecture globale par l’équipe El Othmani avec quelques retouches du nouvel exécutif, l’investissement public atteindra un sommet de 245 milliards de dirhams. Du jamais vu au Maroc ! Un montant qui correspond à 20,1% du PIB, contre une moyenne sur les cinq dernières années allant de 16 à 17% au maximum.

Ce record vient après une année 2021 exceptionnelle où le chiffre de l’investissement public avait également dépassé, pour une première fois, la barre des 200 milliards de dirhams, pour atteindre les 230 milliards. Le gouvernement Akhannouch casse ainsi le record de 2021, année de relance par excellence et affiche sa couleur en matière de politique économique, qui fait de la commande publique le principal levier de la réanimation de l’économie et de la création d’emploi.

Ce chiffre ne sera pas, de toute évidence, mobilisé uniquement par le budget général de l’Etat qui participera à cet effort global à hauteur de 87,4 milliards de dirhams. Un autre record puisque ce chiffre représente 10 milliards de plus que ce qui a été mobilisé en 2021, par le budget général et 2 milliards de plus qu’en 2020 où l’Etat a dû sortir les grands moyens pour faire face à la crise du Covid-19. Si on y ajoute la participation des services gérés de manière autonome, ce budget de l’investissement qui sera mobilisé directement par le gouvernement atteint les 88,9 milliards de dirhams.

Le Fonds Mohamed VI pour l’investissement gonfle les chiffres du PLF

A cette enveloppe d’investissement étatique, s’ajoute l’effort qui sera consenti par les établissements et entreprises publiques, pour un budget d’investissement de 91,1 milliards de dirhams.

Autre contributeur : le Fonds Mohammed VI pour l’investissement, doté de 45 milliards de dirhams et qui est comptabilisé par le PLF, comme de l’investissement public.

A cela s’ajoute une enveloppe de 19 milliards qui sera mobilisée par les collectivités territoriales et qui servira, essentiellement, comme le rapporte la présentation générale du PLF, à financer des projets d’infrastructures, au renforcement des réseaux d’assainissement, à la construction d’édifices culturels, sportifs, de divertissement, de marchés et bâtiments publics, ainsi qu’à l’aménagement de nouveaux espaces verts.

A première vue, le gouvernement envoie, donc, un signal fort en traduisant par des chiffres sa politique keynésienne qui veut faire de l’État et de l’investissement public, le moteur essentiel de la relance économique, surtout avec l’application de la préférence nationale, au profit des entreprises répondant à des marchés publics, comme le précise le gouvernement dans son PLF.

La volonté est donc là. Elle est bien affichée. Mais sera-t-elle traduite réellement sur le terrain ? C’est la question à 1 milliard de dollars…

Comme on le sait, un budget de l’investissement affiché dans un PLF n’est pas, forcément, celui qui est exécuté à la fin de l’année en question. Les taux d’exécution de l’investissement public, que ce soit pour le budget général ou celui des établissements publics ou des collectivités, dépassent rarement les 70%.

Autre chose : l’intégration du Fonds Mohammed VI pour l’investissement dans la rubrique « investissements publics » pose également des questions. Ce fonds est, certes, doté de 45 milliards de dirhams pour financer de grands projets, comme celui des vaccins anti-covid lancé, récemment, en partenariat avec Sinopharm, doter les entreprises en fonds propres et quasi-fonds propres pour les aider à se relever ou accorder des prêts ou des avances au secteur privé. Mais l’effort étatique se limite à 15 milliards de dirhams et a été déjà mobilisé dans le budget de 2021, le reste devant provenir de bailleurs de fonds privés et institutionnels, nationaux et internationaux.

Peut-on considérer cela comme de l’investissement public ? La nouvelle argentière du Royaume, Nadia Fettah, devra apporter une réponse.

Autre question relative au Fonds Mohammed VI : l’enveloppe des 45 milliards de dirhams (à supposer qu’elle est déjà entièrement levée) sera-t-elle placée entièrement en 2022 ? Il est légitime d’en douter quand on connaît l’industrie du capital risque au Maroc et la taille du secteur privé qui ne pourra absorber un tel montant en fonds propres en 12 mois, sachant que les fonds thématiques qui seront le bras financier de ce véhicule ne sont pas, encore, mis en place. Et que des financements de ce genre prennent plusieurs mois pour être mis en place, due diligences, études, montages juridiques et financiers et travaux de valorisation obligent…

Tout cela pour dire que si le chiffre affiché dans le PLF est ambitieux, porteur d’un signal fort pour le secteur privé et l’économie du pays, le gouvernement doit être en mesure de montrer qu’il est capable de l’exécuter comme planifié et annoncé. Ce sera peut-être la touche de la team Akhannouch qui a été formée sur la base d’un grand principe : la capacité à délivrer.

Ce qui est sûr, c’est qu’avec 245 milliards de dirhams d’investissements et une application stricte de la préférence nationale, c’est toute l’économie marocaine qui se mettra en branle. Et l’impact sur la croissance et l’emploi sera rapide et tangible. Et c’est tout le mal que l’on souhaite.

Des investissements pour arroser la politique des grands et petits chantiers

Surtout que ces investissements visent des secteurs stratégiques de l’économie. Dans sa présentation générale, le PLF met les secteurs de l’eau, les infrastructures (portuaires, routières, ferroviaires) ainsi que le secteur de la logistique en premier plan.

Des secteurs qui nécessitent le lancement de grands et petits chantiers, qui peuvent créer immédiatement des emplois en mobilisant le secteur privé, dans la réalisation de ces travaux.

Pour l’Eau par exemple, il est question, comme annoncé par le PLF, de poursuivre le financement de la stratégie nationale 2020-2027, dont la loi cadre a été signée devant le monarque, le 13 janvier 2020 et qui prévoit un investissement global de 115,4 milliards de dirhams.

Un programme qui consiste en la construction de 20 barrages entre 2020 et 2027. Depuis son lancement, les travaux de 5 barrages ont été, déjà, amorcés en 2020 et 4 en 2021. Pour 2022, le PLF annonce le lancement de la construction de deux grands barrages, dans la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima.

Des chantiers de petits barrages seront, également, lancés comme prévu dans la loi-cadre, qui prévoit la construction de 120 petits barrages entre 2021 et 2023.

Autres grands travaux dans le secteur de l’Eau : achever le projet de station de dessalement de l’eau de mer d’Al Hoceima, qui rejoindra celle de Chtouka Ait Baha, dont les travaux sont finalisés et qui sera opérationnelle selon le PLF en 2021. Le gouvernement annonce, également, le lancement en 2022  pour un montant de 9,45 milliards des travaux de la station de dessalement de Casablanca, dont les études techniques sont en cours, ainsi qu’au lancement des études de station à Safi.

Deuxième axe que la présentation du PLF met en priorité : la poursuite des grands chantiers d’infrastructures, comme la voie rapide Tiznit-Laâyoune, le réaménagement de la route Laâyoune-Dakhka, la mise à niveau des routes urbaines pour 1,19 milliard, la liaison entre le port Nador West Med avec le réseau routier national pour 955 MDH, l’entretien du réseau routier national pour 1,5 milliard, le lancement de la route express Fès-Taounate ou encore le lancement de l’autoroute Guercif-Nador, dont une première tranche de 30 km sera lancée dès 2022 pour 1,8 MMDH.

A ces travaux s’ajoutent tout ce qui est infrastructures portuaires et ferroviaires qui concernent, essentiellement, le lancement des travaux du port Dakhla Atlantique, la prolongation du quai Moulay Youssef du port de Casablanca, l’élargissement du port Al Jabha et le lancement des études, pour relier avec des trains le port Nador West Med. Un projet énorme dont les travaux sont estimés à 4,3 milliards de dirhams et qui sera fait, selon le PLF, quand toutes les études et le montage du projet seront finalisés.

La logistique est mise, également, comme une priorité de cet effort d’investissement public, avec la construction d’une station logistique à Kénitra pour 250 MDH, le lancement des travaux du centre routier d’Al Hajeb et la poursuite des travaux de la station logistique de Ait Melloul, qui s’étend sur 32 hectares pour une enveloppe de 300 MDH.

Les autres investissements, programmés et qui ne sont pas détaillés dans le PLF, concernent l’accompagnement des différentes stratégies sectorielles déjà lancées dans l’industrie, l’agriculture, le tourisme, l’artisanat, la pêche, le commerce, mais aussi pour financer l’ambitieuse stratégie énergétique du royaume. Sur ce dernier point, la présentation du PLF précise qu’il s’agira en 2022 de produire en énergie renouvelable 770 MW de plus. Un objectif qui sera atteint par la mise en exploitation du parc éolien de Taza (87 MW pour 1,4 milliard), celui de Boujdour (300 MW pour 3,9 milliards) ainsi que le parc de Al Koudia Al Baida à Tétouan.  (120 MW)

Établissements publics : voici les locomotives de l’investissement en 2022

L’ensemble de ces investissements sera porté, soit directement par le budget général de l’Etat, soit de manière indirecte, à travers, les établissements et entreprises publiques qui totalisent un budget d’investissement de 92 milliards de dirhams.

Par compartiment, ce sont les secteurs de « l’Energie, mines, eau et environnement » ainsi que celui des « Infrastructures & Transports » qui se taillent la part du lion, dans cette enveloppe totale. Les deux secteurs mobiliseront respectivement 34,2 et 17,4 milliards de dirhams d’investissements en 2022.

Dans le premier secteur, l’effet OCP et ONEE est très visible. Les deux établissements prévoyant d’investir 17 et 11 milliards de dirhams respectivement.

Quand au second secteur, celui des infrastructures et des Transports,  ce sont des entreprises comme l’ONCF (2,9 MMDH), Casa Transport (2,7 MMDH), Autoroutes du Maroc (2 MMDH), la société Nador West Med (2,6 MMDH) ou encore l’ONDA (1,5 MMDH) qui seront à l’œuvre sur le terrain.

Le secteur de «l’Habitat et de l’aménagement du territoire » vient en troisième position, avec un budget total de 13,4 milliards de dirhams. Un secteur où une entreprise comme Al Omarne investira pas moins de 4,5 milliards de dirhams, suivis des agences de développement social (3,1 MMDH) et de Rabat Aménagement (2,6 MMDH).

Les secteurs « sociaux, de la santé, de l’éducation et la formation » auront droit, à une enveloppe d’investissement de 11,1 milliards de dirhams. Des investissements qui seront réalisés, essentiellement, par les Académies régionales de l’éducation (5,7 MMDH), l’OFPPT (1,8 MMDH) et les Universités (1,7 MMDH). Tandis que les CHU se contenteront d’un budget de 651 millions de dirhams.

Viennent, ensuite, le secteur financier pour 8,4 milliards d’investissements, dont 6,5 milliards seront portés par la CDG ; le secteur de l’agriculture & pêche (4,7 MMDH), le Tourisme & Artisanat (1,2 MMDH).

Le Fonds Hassan II sera doté, quant à lui, d’un budget d’investissement de 2,9 milliards, dont le détails n’a pas été communiqué dans les documents relatifs au PLF.

Mais cet effort de 92 milliards qui sera consenti en 2022 sera exceptionnel, comme le montre bien le PLF, puisque le budget d’investissement des établissements publics baissera dès 2023 à 83,7 milliards pour atteindre 73,9 milliards en 2024.

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