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Des études alertent sur des contaminations de lait maternel au plomb et au mercure au Maroc

Des études publiées récemment, réalisées par une équipe de chercheurs marocains à la Faculté de médecine et de pharmacie de Rabat, ont mis en évidence la présence de certains métaux lourds dans le lait maternel de femmes allaitantes au Maroc. L’exposition à ces produits est principalement influencée par les habitudes alimentaires et l’usage de produits cosmétiques. Ce problème n’est pas propre au Maroc, puisqu’il a été relevé dans plusieurs autres pays dans le monde. Les Etats doivent ainsi se mobiliser pour plus de contrôle, en particulier des produits importés.

Des études alertent sur des contaminations de lait maternel au plomb et au mercure au Maroc

Le 2 novembre 2021 à 18h10

Modifié 4 novembre 2021 à 9h45

Des études publiées récemment, réalisées par une équipe de chercheurs marocains à la Faculté de médecine et de pharmacie de Rabat, ont mis en évidence la présence de certains métaux lourds dans le lait maternel de femmes allaitantes au Maroc. L’exposition à ces produits est principalement influencée par les habitudes alimentaires et l’usage de produits cosmétiques. Ce problème n’est pas propre au Maroc, puisqu’il a été relevé dans plusieurs autres pays dans le monde. Les Etats doivent ainsi se mobiliser pour plus de contrôle, en particulier des produits importés.

Il s’agit de l’étude « Contamilk », composée de cinq volets. C’est une étude prospective réalisée par Dr. Abha Cherkani-Hassani et ses collaborateurs sur des échantillons de « colostrum », produit par la femme pendant les cinq premiers jours après l’accouchement.

Ces échantillons ont été collectés auprès de femmes résidentes à Rabat et ses régions (Salé, Témara, Skhirat, Tiflet, Bouknadel et Khémisset), admises à l’Hôpital de maternité Souissi, Ibn Sina, selon l’investigatrice principale de l’étude, jointe par Médias24. Notre source nous fait savoir que pour généraliser et confirmer les résultats obtenus à l’ensemble du Royaume, la réalisation d’études multicentriques s’avère nécessaire.

L’objectif de cette étude est d’évaluer les niveaux de contamination du lait maternel des mères allaitantes au Maroc par certains produits chimiques toxiques, d’identifier les facteurs d’exposition associés et de déterminer l’apport quotidien de ces produits au nouveau-né.

Dr Cherkani-Hassani souligne également que cette étude a été précédée par des « revues systématiques de littérature », qui consistent en la collecte, l’évaluation critique et la synthèse de toutes les connaissances existantes au sujet des trois métaux lourds (plomb, cadmium et mercure) et deux mycotoxines (aflatoxine M1 et ochratoxine A) étudiés.

Des produits cosmétiques dangereux

Les bienfaits du lait maternel pour le nouveau-né ont été prouvés scientifiquement à plusieurs reprises. Cependant, les résultats de ladite étude ont montré une forte contamination du lait maternel au Maroc par le plomb et le mercure et l’implication de plusieurs facteurs et habitudes maternels (alimentaires, cosmétiques et personnels, etc.) dans cette contamination.

Pour ce qui est du mercure, les auteurs ont relevé des niveaux de concentration élevés (allant de 1,64 à 124 μg/l), dépassant la limite tolérée fixée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), allant de 1,4 à 1,7 μg/l, dans 99% des échantillons analysés.

Des associations significatives ont été trouvées « entre les niveaux de mercure et une forte consommation de céréales, la prise de suppléments en vitamines et minéraux pendant la grossesse, la fréquence d’utilisation de rouge à lèvres, des fausses couches antérieures et l’anémie avant la grossesse ».

L’apport journalier en mercure était également élevé chez 30% des nouveau-nés, par rapport au niveau tolérable fixé par l’OMS.

Même constat pour le plomb : des niveaux élevés de concentration (entre 1,38 et 515,39 μg/l) ont été relevés dans 79% des échantillons de lait maternel étudiés, par rapport à la limite fixée par l’OMS, qui varie entre 2 et 5 μg/l, ce qui atteste d’une forte contamination du lait maternel des mères allaitantes au Maroc au plomb.

Les facteurs associés à cette concentration sont l’accouchement prématuré, l’utilisation de poudres cosmétiques et de rouges à lèvres.

Notons que le mercure et le plomb sont des métaux lourds toxiques qui peuvent être transférés depuis les réserves corporelles et le sang dans le lait maternel des mères exposées, et peuvent atteindre le fœtus par transfert placentaire. Et le nouveau-né peut l’ingérer après traversée de la glande mammaire.

Faible concentration du cadmium chez la majorité des femmes allaitantes marocaines

Quant à la concentration du cadmium, qui est un autre métal lourd toxique, les résultats de l’étude Contamilk ont montré des concentrations faibles qui étaient même inférieures à la limite tolérée (<1 μg/l) dans 70% des échantillons de lait, avec des concentrations minimale et maximale de 0,013 μg/l et 95,19 μg/l.

L’apport journalier de cadmium était également inférieur à celui tolérable fixé par l’OMS, chez 97% des nouveau-nés.

Plusieurs facteurs affectent significativement les niveaux de cadmium dans le lait maternel d’après ladite étude, tels que la zone de résidence, la fréquence de consommation des produits laitiers, de fruits secs, de pain complet ainsi que la fréquence d’utilisation de poudres cosmétiques.

Notons que l’analyse de la concentration de ces trois métaux lourds dans le cadre de l’étude Contamilk a été faite sur 70 échantillons de lait maternel, collectés auprès de femmes allaitantes marocaines.

Le lait maternel de la majorité des femmes allaitantes ayant participé à l’étude contaminé à certaines mycotoxines

Toujours dans le cadre de l’étude Contamilk, deux autres recherches ont été menées par la même équipe pour analyser la contamination du lait des femmes allaitantes marocaines par l’ochratoxine A (OTA) et l’aflatoxine M1 (AFM1), des toxines élaborées par diverses espèces de champignons telles que les moisissures, et que l’on peut retrouver dans certains aliments.

Les résultats ont indiqué une présence d’AFM1 chez 52,4% des échantillons analysés, ce qui confirme l’exposition de la population marocaine à l’aflatoxine B1 (dont le métabolisme libère l’AFM1). Cependant, les niveaux détectés n’étaient pas élevés comme celles rapportées par plusieurs études à travers le monde, et étaient tous inférieurs à 25 ng/l (limite fixée pour le lait pour nourrisson) avec une concentration maximale de 13,33 ng/l.

La présence de l’OTA a pour sa part été détectée chez 55% des échantillons du lait maternel marocain. Les concentrations ont dépassé 0,5 ng/ml (la limite maximale dans les aliments pour nourrisson) dans 50,2% des échantillons étudiés, avec une concentration maximale de 10,04 ng/ml.

De plus, l’apport journalier estimé de l’OTA était élevé et supérieur à la dose journalière tolérée chez 49% des nourrissons.

Ces deux études ont également permis d’identifier les facteurs et les habitudes alimentaires qui montrent des associations significatives avec ces deux mycotoxines, et qui sont la consommation de produits laitiers industrialisés, ainsi que la fréquence de consommation des viandes rouges, des fruits secs, des conserves et des boissons gazeuses.

Il est à noter que l’ochratoxine A (OTA) et l’aflatoxine B1 sont des mycotoxines fréquemment trouvées dans l’alimentation animale et humaine, comme les céréales, les haricots, les fruits secs, le cacao, le café, les épices…. En effet, de nombreuses études menées au Maroc, notamment à Rabat, ont confirmé la contamination de plusieurs denrées alimentaires par les aflatoxines, l’ochratoxine A et d’autres mycotoxines.

Notons que l’AFM1 est classée par l’International Agency for research in cancer dans le groupe « 1 », comme étant cancérogène pour l’homme, et l’exposition à cette substance est hépatotoxique, mutagène, tératogène et immunotoxique, alors que l’ochratoxine A est classée comme « possiblement cancérigène pour l’homme », et l’exposition à de faibles doses d’OTA est néphrotoxique et mutagène.

En raison de leurs effets toxiques, l’aflatoxine M1 et l’OTA sont désormais strictement réglementées dans le monde, en particulier dans les aliments et les laits infantiles ainsi que les préparations pour nourrissons.

Recommandations des chercheurs

Dr. Cherkani-Hassani et ses collaborateurs estiment nécessaire de confirmer ces résultats par de larges études multicentriques afin d’investiguer de manière plus approfondie les niveaux de ces métaux lourds et mycotoxines dans le lait maternel de la population marocaine, et de mieux évaluer l’impact des paramètres, des facteurs et des habitudes alimentaires identifiés.

Les auteurs de l’étude Contamilk soulignent par ailleurs, que l’allaitement maternel doit continuer à être favorisé malgré un environnement pollué, car le risque reste potentiel alors que le bénéfice est scientifiquement prouvé, tant pour la mère que pour le nouveau-né; même légèrement pollué, le lait maternel reste le meilleur choix pour les bébés.

Les auteurs insistent aussi sur nécessité de sensibiliser les femmes en procréation, enceintes et allaitantes, sur leur alimentation et leur environnement proche, ainsi que sur les mesures de prévention appropriées pour limiter l’exposition à ces contaminants.

Pour réduire l’exposition aux métaux lourds, les chercheurs recommandent de :

  • Limiter la consommation de certains produits marins comme le requin, les grands thons, les mollusques, les crustacés, les moules, les huitres ;
  • Éviter l’exposition au tabac ;
  • Éviter l’utilisation fréquente des produits cosmétiques (rouges à lèvres, khôl, poudres cosmétiques, crèmes éclaircissantes, etc.) et privilégier les produits cosmétiques labellisés et les marques qui jouissent de bonnes normes de qualité.

En ce qui concerne la réduction de l’exposition aux mycotoxines, il convient de:

  • Opter pour une alimentation variée et de qualité ;
  • Éviter la consommation des aliments moisis, notamment les céréales, les fruits secs, les légumineuses, etc;
  • Éviter la consommation des conserves et des boissons gazeuses surtout durant la période de grossesse et d’allaitement.

Enfin, il faut souligner que ce problème n’est pas propre au Maroc, puisqu’il a été relevé dans plusieurs autres pays dans le monde. Les États doivent ainsi se mobiliser pour plus de contrôle, en particulier des produits importés.

Notons que les résultats de ces 5 études ont été publiés dans des journaux scientifiques internationaux, spécialisés en biologie médicale, toxicologie et environnement.

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