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Gaz butane : l’envolée des cours inquiète, Nadia Fettah n’exclut pas le hedging

La hausse des cours internationaux du gaz butane fait pression sur le budget de l'État. La ministre rassure en expliquant que si la hausse atteint des seuils élevés, la solution du hedging peut être envisagée. Éclairages.

Gaz butane : l’envolée des cours inquiète, Nadia Fettah n’exclut pas le hedging

Le 3 novembre 2021 à 20h39

Modifié 2 février 2022 à 13h18

La hausse des cours internationaux du gaz butane fait pression sur le budget de l'État. La ministre rassure en expliquant que si la hausse atteint des seuils élevés, la solution du hedging peut être envisagée. Éclairages.

L’envolée des prix du gaz butane inquiète sérieusement, d’autant plus qu’elle a un impact direct sur la Caisse de compensation, et donc sur les finances de l’État. Les prix ont fluctué de janvier à octobre entre 466 et 720 dollars, soit une moyenne de 606 dollars.

La courbe ci-dessous retrace l’évolution des cours de janvier à début septembre, tel que rapportée dans le rapport de la compensation 2021.

L’effet prix est accentué par un effet volume. La consommation marocaine du gaz butane est en constante augmentation. Elle est passée de 2,54 millions de tonnes en 2019 à 2,66 millions de tonnes en 2020, soit, +5% (contre 2,17 MT en 2015).

La consommation nationale annuelle des bonbonnes de 12 kg est passé de 143 millions en 2010 à 222 millions en 2020.

La hausse se poursuivra jusqu’en mai 2022

Alors que la flambée des prix se poursuit – la hausse de la consommation également -, le gouvernement choisit de fonder son projet de loi de Finances 2022 sur l’hypothèse d’un prix du gaz butane moyen à 450 $/tonne.

Ce qui n’a pas manqué de susciter plusieurs interrogations, et même des critiques estimant que cette hypothèse n’était pas réaliste dans la mesure où les prix du gaz à l’international dépassent les 700 dollars. Un avis que ne partage pas la ministre de l’Économie et des finances, Nadia Fettah.

Dans sa réponse aux parlementaires vendredi dernier, la ministre assure que le gouvernement se base sur plusieurs sources pour fixer son hypothèse, à savoir les prévisions d’institutions internationales, l’analyse des prix du gaz butane pour l’année en cours, ainsi que les facteurs influençant le prix international (offre, demande, etc.).

Partant, « les prévisions tablent sur une baisse des prix à partir du mois de mai 2022 », explique la ministre.

Le hedging, bouée de sauvetage ?

Mais encore ? La tendance baissière ne sera amorcée qu’en mai 2022. Si au cours des sept prochains mois, les prix poursuivent leur envolée de façon à porter préjudice aux finances de l’État, que faire ?

« Dans le cas où les cours internationaux du gaz butane atteignent des niveaux vertigineux, le gouvernement peut éventuellement recourir aux mécanismes financiers de couverture des risques liés aux fluctuations des prix », répond la ministre sans donner plus de détails.

Médias24 a contacté le département des Finances pour avoir plus de détails sans obtenir de réponse au moment de la publication de cet article. De quels mécanismes s’agit-il ? Surtout, quel est le seuil de tolérance fixé par les finances publiques pour activer ces mécanismes?

La ministre fait peut-être référence au hedging. Ce mécanisme a été utilisé par le gouvernement Benkirane en 2013 pour protéger les finances de l’État et les citoyens d’une forte hausse des prix des hydrocarbures, au moment où l’État avait amorcé la libéralisation des prix des hydrocarbures en commençant par l’indexation des prix.

Le Maroc importe 98% de ses besoins en produits pétroliers. Sous la pression de l’envolée des cours internationaux, les subventions de ces produits ont été multipliées par 48, passant de 1 milliard de DH en 2003 à 48 milliards de DH en 2012.

En 2013, le prix du baril monte à plus de 110 dollars. Le risque est grand. On instaure l’indexation en urgence et on l’accompagne par un contrat de hedging, couvrant les achats des trois mois suivants, pour un volume global de 1,6 million de tonnes destinées au gasoil et un prix garanti de 116 dollars au maximum.

Si le prix passe au-delà de ce seuil, la couverture est activée et le prix se fige alors à 116 dollars. Si au contraire, le prix n’atteignent pas le seuil fixé, l’État s’acquitte des commissions d’usage. C’est le prix de la stabilité.

Le contexte 2021-2022 est différent

Cela dit, il n’y a pas de commune mesure entre la situation actuelle et celle de 2013. Le budget de la Caisse de compensation reste à des niveaux relativement bas par rapport à cette période.

La charge de la compensation du butane a été de 9 MMDH en 2020 et d’un peu plus de 10,4 MMDH en 2019. Deux années où le cours moyen a oscillé entre 424$/T et 380 $/T.

Au cours de cette année, la Caisse de la compensation supporte déjà un coût supplémentaire en raison de cette envolée des cours internationaux. La charge de la compensation pourrait augmenter de 43% à 9,9 MMDH sur les trois premiers trimestres de l’année en glissement annuel (3 MMDH de plus).

Pour être plus direct, sur chaque bonbonne de gaz butane de 12 kg consommée, l’État a misé 52 DH de subvention en janvier et 71 DH en septembre. Autrement dit, le prix réel de la bonbonne est passé de 92 DH à 111 DH à la même date, le prix de vente subventionné étant fixé à 40 DH. Le sujet est d’autant plus sensible que la décompensation du prix du gaz butane est en projet depuis des années.

 

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