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Bir Lahlou, Sahara et « victimes algériennes » : ce que dit l’accord militaire

L'Algérie fait feu de tout bois au sujet de la mort supposée de trois de ses ressortissants. Position légitime pour tout État digne de ce nom. Posons, néanmoins, la question essentielle : où se trouvaient ces victimes, au moment supposé de leur mort ? Ne sont-elles pas victimes d'une propagande étatique qui leur a fait croire qu'il existait des "territoires libérés" dans le Sahara marocain, où l'on peut circuler normalement?

Bir Lahlou, Sahara et « victimes algériennes » : ce que dit l’accord militaire

Le 4 novembre 2021 à 16h21

Modifié 4 novembre 2021 à 17h01

L'Algérie fait feu de tout bois au sujet de la mort supposée de trois de ses ressortissants. Position légitime pour tout État digne de ce nom. Posons, néanmoins, la question essentielle : où se trouvaient ces victimes, au moment supposé de leur mort ? Ne sont-elles pas victimes d'une propagande étatique qui leur a fait croire qu'il existait des "territoires libérés" dans le Sahara marocain, où l'on peut circuler normalement?

En premier lieu, selon nos déductions, la Minurso a entamé une enquête sur le terrain. Nous attendrons donc les résultats de cette enquête, s’ils sont publiés, pour en savoir davantage sur cette affaire.

En second lieu, le communiqué algérien n’indique pas le lieu où les événements se sont produits, mais seulement que les victimes supposées circulaient entre Ouargla et Nouakchott. Une omission volontaire. Comme le montre la carte ci-dessous, la route Ouargla-Nouakchott passe par la Mauritanie, sans traverser le Sahara marocain. Donc :

– ou bien l’incident a eu lieu en territoire mauritanien, ce que l’armée mauritanienne a démenti.

– ou bien, il a eu lieu en territoire algérien et, dans ce cas, l’Algérie l’aurait précisé, l’occasion étant trop belle de confondre « l’agresseur marocain ».

– ou bien, le lieu était inavouable, car dans le Sahara marocain.

C’est bien dans cette région, près de Bir Lahlou, qu’a eu lieu l’incident.

Nous ne savons pas ce qu’il s’est réellement passé sur place. Les véhicules, deux camions, ont-ils sauté sur des mines ? Ont-ils été neutralisés par un tir marocain dans le cadre d’une riposte aux harcèlements du polisario ? Nous tenterons, dans un autre article, d’apporter un éclairage d’expert.

Nous allons ci-après expliquer ce qu’est la zone située à l’est du mur de défense, et montrer qu’il ne s’agit ni de « territoires libérés » ni d’un territoire anodin que l’on peut traverser tranquillement en voiture.

Il s’agit plutôt d’un territoire qui a fait l’objet de l’accord militaire n°1 sous les auspices de l’ONU, et où les distances, les présences et les actes sont soigneusement normés.

L’accord militaire numéro 1

Le 4 novembre 2020, le polisario a rompu, officiellement et publiquement, le cessez-le-feu instauré en 1991.

Ce cessez-le-feu était entré en vigueur le 6 septembre 1991. Trois jours auparavant, le 3 septembre 1991, le Roi Hassan II avait adressé une lettre au secrétaire général Perez de Cuellar, demandant à l’ONU de « prendre les mesures appropriées pour chasser de la zone de Tifariti, les bandes armées » du polisario qui venaient d’y faire une incursion.

Tifariti se trouve dans la zone qui a été conservée entre le mur de sécurité et la frontière algérienne.

Au moment de l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, l’armée marocaine se trouvait de part et d’autre du mur. Ce dernier a été érigé après un nettoyage préalable de toute la région par les FAR.

Il n’a jamais été question, ni pour le Maroc ni pour l’ONU, de consacrer une division du territoire ou de légitimer la notion de « territoire libéré », en figeant une situation le 6 septembre 1991, puis à travers les accords militaires signés en 1997 et 1998. La ceinture de sécurité n’est pas une frontière. C’est un ouvrage de défense, au-delà duquel se trouve une zone inhabitée. L’ensemble du territoire reste marocain.

Le no man’s land est donc une zone inhabitée, et le respect du statu quo voudrait qu’elle le reste. Un cessez-le-feu fige une situation et instaure un statu quo.

Après le cessez-le-feu de 1991, l’accord militaire n°1 a été signé en décembre 1997 entre le polisario et la Minurso, et en janvier 1998 entre les FAR et la Minurso. La Minurso gère un bureau de liaison à Tindouf et cinq centres de surveillance à l’est de la ceinture de défense.

Au-delà du principe même du statu quo, l’accord instaure 5 zones avec différentes limitations : une zone tampon de cinq kilomètres à l’est du mur, deux zones restreintes (25 kilomètres à l’est et 30 kilomètres à l’ouest du mur) et deux zones de restriction limitée au reste du territoire.

Voici quelques extraits de l’accord militaire n°1 (voir les deux schémas ci-dessus) :

(…)

Art. 2-. L’objectif des activités militaires de la MINURSO est clair. En l’absence de confiance mutuelle, il incombe à la MINURSO de rassurer chaque partie sur le fait que l’autre partie ne change pas le statu quo, ni de se préparer et de se préparer à des opérations offensives. (…) Les deux parties peuvent avoir l’assurance qu’elles seront informées, ainsi que le Conseil de sécurité, si la MINURSO observe des activités qui pourraient entraîner des violations du cessez-le-feu. [NDLR : ce n’est souvent pas le cas].

Les activités de maintien de la paix du MINURSO permettent aux deux parties et à la population civile de se concentrer sur leurs activités quotidiennes, sans risque imminent d’un nouveau conflit armé. Au niveau politique, le cessez-le-feu «achète du temps» pour la recherche en cours, d’un règlement durable de la question du Sahara occidental.

Art. 13-. (…) Bande tampon: Cette zone est de 5 km de large à l’est et au sud du mur. Elle comprend également le mur proprement dit. Aucune entrée du personnel et de l’équipement FAR ou polisario, par voie terrestre ou aérienne. Pas de tir d’armes dans ou au-dessus de la zone. Ceci est interdit, en tout temps et toute infraction est considérée comme une violation du cessez-le-feu.

Zones interdites: De 25 km de profondeur à l’est du mur et de 30 km à l’ouest du mur.

Pas de tir d’armes et/ou d’exercices d’entraînement militaire, à l’exception des activités d’entraînement physique du personnel non armé. Pas de renforts tactiques, pas de redéploiement ou de mouvement de troupes, quartier général/unités, magasins, équipement, munitions, armes, pas d’entrée d’avions militaires et pas d’amélioration des infrastructures de défense. Certaines exceptions s’appliquent et certaines activités sont autorisées, après notification préalable ou approbation par la MINURSO. [Fin des extraits de l’accord militaire]

Toutes les indications que nous avons recueillies montrent que le lieu de l’incident est proche de Bir Lahlou, donc à proximité de la ceinture marocaine de défense. Laquelle ceinture fait l’objet d’un harcèlement revendiqué et assumé par le polisario. Les Forces armées royales ont d’ailleurs perdu six hommes dans ces opérations de harcèlement, depuis le 14 novembre 2020.

S’il se confirme que des civils algériens sont morts dans cette zone, par bombardement, par missile, par tir d’obus, ou en sautant sur des mines, ils n’ont été victimes que de la propagande de leur propre gouvernement qui aurait dû leur interdire de s’y rendre.

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