Jeunes du Maroc : comment mieux répondre à leurs attentes (rapport)

Pour l'ONDH et le PNUD, l'élaboration de politiques publiques adressées aux jeunes exige de mieux connaître leur environnement. Dans un rapport commun centré sur la jeunesse marocaine, ils proposent des pistes pour réviser les politiques actuelles, dont certaines peuvent contribuer à leur marginalisation.

Jeunes du Maroc : comment mieux répondre à leurs attentes (rapport)

Le 2 décembre 2021 à 20h14

Modifié 3 décembre 2021 à 10h49

Pour l'ONDH et le PNUD, l'élaboration de politiques publiques adressées aux jeunes exige de mieux connaître leur environnement. Dans un rapport commun centré sur la jeunesse marocaine, ils proposent des pistes pour réviser les politiques actuelles, dont certaines peuvent contribuer à leur marginalisation.

Qu’est-ce qu’un jeune au Maroc de nos jours ? C’est la question à laquelle répond l’Observatoire national du développement humain (ONDH) et le Programme des Nations unies pour le développemento (PNUD), dans un rapport sur le développement humain (2020), dont la majeure partie a été consacrée aux perceptions et aux attentes des jeunes Marocains.

L’objectif était de faire connaître le cadre social dans lequel évoluent les jeunes afin d’établir des politiques publiques adaptées à leurs besoins, à travers « trois types de principes directeurs ».

Les premiers visent un changement de la conception du « jeune », accompagné d’une coordination des efforts et de la mise en place de relais fiables parmi les dirigeants.

Les seconds portent sur le changement à opérer en matière de formation, de renforcement des capacités et de protection sociale pour les catégories en mal d’autonomie. Une urgence « accentuée par la crise pandémique », comme le souligne le rapport.

Enfin, le troisième et dernier type de « principes directeurs » porte sur « la prise en compte, de manière permanente, rapprochée et encadrée, des besoins d’expression et des potentiels créatifs, culturels et d’innovation économique des jeunes ».

Certaines politiques publiques conduisent à l’exclusion et à l’invisibilité des jeunes

Dans leur rapport, l’ONDH et le PNUD font un état des lieux des politiques actuellement adressées aux jeunes. Ils mettent en exergue un manque de cohérence avec les besoins de la jeunesse, mais aussi un manque d’homogénéité entre les différents acteurs.

« Les politiques publiques adressées aux jeunes ont tendance à s’appuyer sur des critères normatifs, d’âge et de statut. Elles ne tiennent pas compte de la diversité et de la réversibilité des parcours des jeunes, ce qui conduit à l’exclusion de fait de nombre d’entre eux, souvent réduits à l’invisibilité », indique le rapport.

Les auteurs de ce dernier appellent à ce que les politiques publiques adressées aux jeunes ne soient établies qu’après avoir appréhendé leur environnement, leurs perceptions et leur système de représentations.

Ce dernier n’est pas basé sur la construction faite par l’école, selon les résultats de l’enquête nationale du CSEFRS, en 2019 (Conseil supérieur de l’éducation de la formation et de la recherche scientifique), qui sont très similaires dans les deux milieux, urbain et rural, et pour les deux sexes.

Ces résultats montrent que le système de représentations des jeunes Marocains est pratiquement développé à partir de leur vécu au quotidien, et non d’un socle éducatif commun censé émaner d’une école des valeurs ayant pour mission d’accompagner les apprenants dès leur plus jeune âge.

Les perceptions des jeunes indiquent, selon différentes études auxquelles se réfèrent les auteurs de ce rapport, une faible satisfaction à l’égard de leur vie mais, paradoxalement, un réel optimisme quant à l’avenir.

7 jeunes Marocains sur 10 sont tentés par l’émigration

« En 2019, près de 90% des jeunes Marocains ont une perception positive de l’avenir, malgré les difficultés qu’ils ont pour s’y projeter et que la crise de la Covid-19 ne manquerait pas d’accentuer », souligne le rapport. Ce dernier fait également référence à une enquête réalisée en 2019 (Arab Barometer), selon laquelle « 7 jeunes Marocains sur 10 sont tentés par l’émigration, ce qui constitue le chiffre le plus élevé de la zone MENA ».

« L’optimisme quant au futur qu’ils affichent est probablement lié à cette perspective d’émigration : en 2019, 68% de jeunes Marocains déclarent pouvoir être heureux hors du Maroc », poursuit le même rapport.

Outre cette contradiction constatée entre la perception du présent et l’avenir des jeunes Marocains, l’ONDH et le PNUD font référence à une enquête réalisée en 2016 (SAHWA) qui met en avant un sentiment, pour les jeunes Marocains, de « partager plusieurs identités ».

Identité, famille et égalité des genres… Des perceptions confuses voire contradictoires

« Plus de la moitié des jeunes revendiquent une identité amazighe, tandis que trois quarts d’entre eux se considèrent maghrébins, arabes ou membres de la communauté islamique. 70% d’entre eux se disent méditerranéens et les deux tiers s’estiment africains », indique le rapport.

Selon une autre enquête, celle de Arab Barometer, réalisée en 2019, les jeunes Marocains accordent une importance considérable à la famille dans la définition de leur identité personnelle.

« Autrement dit, la famille est une valeur centrale pour les jeunes Marocains. Aussi, le fait de fonder une famille correspond bien à l’idée que se font les jeunes d’une vie satisfaisante. En conséquence, le mariage également est une valeur plébiscitée par 70% des jeunes même si, pour des considérations d’ordre économique, se marier et fonder une famille ne figurent pas dans leur agenda immédiat. En effet, leur réticence au mariage est passée de 42% en 2011 à 70% en 2019. »

Le rapport de l’ONDH et du PNUD s’est également arrêté sur la perception de la jeunesse marocaine en matière d’égalité des sexes, qu’il qualifie d' »ambigüe », puisque « 83% des jeunes Marocains sont favorables à l’égalité des chances à l’école », mais le sont « nettement moins (30%) lorsqu’il s’agit de l’emploi ». C’est ce qui ressort de l’enquête SAHWA de 2016.

« Le comportement de défiance des jeunes hommes vis-à-vis des femmes serait dicté par la vulnérabilité des premiers sur le marché du travail. Ce comportement est davantage marqué pour les hommes qui ne disposent pas d’un niveau d’éducation suffisant (…). Toutefois, il convient de noter que les attitudes les plus favorables à l’égalité des sexes sont exprimées par les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur. »

Favoriser les solutions globales et non segmentées

Selon le rapport conjoint du PNUD et de l’ONDH, « pour trouver des solutions appropriées à leurs difficultés d’insertion économique et sociale, prendre en compte la parole des jeunes et le regard qu’ils portent sur la société qui les entoure est essentiel. De plus, les solutions proposées doivent être globales et centrées sur eux, et non segmentées par domaine : toutes les questions doivent être traitées en cohérence, car des réponses contradictoires ne feront qu’amplifier leur désarroi. D’où l’intérêt de répondre aux attentes des jeunes ».

La survenue de la crise du Covid-19 place davantage les nouvelles générations face à un obstacle inattendu dans leur cheminement vers l’autonomie et l’âge adulte. Les attentes et préoccupations des jeunes Marocains sont d’abord d’ordre économique. Elles sont également fortes en matière de santé et de protection sociale.

« Les études menées pendant cette dernière décennie montrent que les jeunes Marocains sont attentifs quant à leur santé physique et mentale. Près de la moitié d’entre eux expriment des inquiétudes persistantes à ce sujet, surtout avec la prolifération des facteurs de stress, notamment suite à une utilisation abusive d’Internet. La crise sanitaire devrait aggraver ce constat », indique le rapport.

S’attaquer en priorité à la discrimination envers les jeunes

Ce dernier met également en exergue l’existence d’un « empilement de dispositifs (au profit des jeunes, ndlr), qui forme un système complexe dont l’efficacité pâtit de la faible articulation de ses composantes à de multiples niveaux (sectoriels, catégoriels, national/local). La gestion de ces dispositifs, qui relève de plusieurs acteurs, souffre d’un manque de coordination qui rejaillit également sur leur efficience ».

Ainsi, pour améliorer l’accès des jeunes à leurs droits, le PNUD et l’ONDH proposent des pistes à suivre dans l’élaboration des politiques publiques, à savoir :

– s’attaquer aux pratiques discriminatoires dont sont victimes nombre de jeunes ;
– supprimer tout obstacle juridique, administratif et pratique au droit des jeunes de constituer librement des associations et d’y contribuer activement ;
– améliorer les politiques de jeunesse susceptibles de promouvoir plus efficacement l’accès de tous les jeunes aux droits, en traitant notamment : les obstacles à l’accès à une éducation et une formation de qualité, les difficultés rencontrées pour trouver un emploi stable et disposer de conditions de travail équitables, ainsi que l’insuffisante capacité des services sanitaires et sociaux à pourvoir à leurs besoins particuliers et des opportunités de participation à la vie de la société.

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