11e congrès de l’USFP : Mehdi Mezouari défend un troisième mandat pour Driss Lachgar

ENTRETIEN. En pleine bataille judiciaire contre ses détracteurs qui refusent un troisième mandat du premier secrétaire sortant et demandent la suspension, ou au moins le report, du onzième congrès de l’USFP, l’équipe rapprochée de Driss Lachgar a mandaté Mehdi Mezzouari pour répondre à Médias24.

11e congrès de l’USFP : Mehdi Mezouari défend un troisième mandat pour Driss Lachgar

Le 13 janvier 2022 à 18h46

Modifié 13 janvier 2022 à 20h01

ENTRETIEN. En pleine bataille judiciaire contre ses détracteurs qui refusent un troisième mandat du premier secrétaire sortant et demandent la suspension, ou au moins le report, du onzième congrès de l’USFP, l’équipe rapprochée de Driss Lachgar a mandaté Mehdi Mezzouari pour répondre à Médias24.

Deux semaines avant la tenue du 11e congrès de l’USFP, un des lieutenants du premier secrétaire sortant expose à Médias24 les raisons pour lesquelles ce dernier « se doit » de briguer un troisième mandat. Selon Mehdi Mezzouari, personne d’autre que Driss Lachgar n’a autant de légitimité et de soutien de la base.

Médias24 : Sachant que vous êtes proche du premier secrétaire sortant, sera-t-il candidat à un troisième mandat ?

Mehdi Mezzouari : À ce jour, il n’est ni candidat ni, encore moins, demandeur d’un troisième mandat. Pour être honnête, la quasi-totalité des socialistes (élus, responsables territoriaux, députés) demandent que Driss Lachgar brigue un nouveau mandat de premier secrétaire.

– Il s’était pourtant engagé à ne pas se représenter… Et pour l’heure, il n’a toujours pas démenti son éventuelle candidature…

– C’est tout simplement la base qui demande son maintien à la tête du parti en gage de stabilité, et pour capitaliser sur les victoires et réalisations accomplies durant son dernier mandat. Mais aussi parce que c’est un fédérateur qui, malgré tous les clivages, est le mieux placé pour réussir les missions d’avenir.

– En réalité, n’attend-t-il pas la décision du tribunal administratif pour annoncer sa décision ?

– Cela n’a aucun lien, parce que le parti a fait le choix d’amender les statuts en se conformant aux règlements et aux lois en vigueur.

Si les gens ont le droit de saisir le tribunal, sur le plan moral, il est difficile d’admettre qu’un socialiste puisse attaquer ses propres camarades et ses propres institutions.

En réalité, le véritable but de cette plainte est d’empêcher l’USFP de tenir son congrès.

– Pourquoi défendez-vous autant un troisième mandat ? Pour faire quoi ?

– D’abord pour la stabilité, primordiale pour le parti, car l’USFP n’a plus besoin de clivages et de batailles qui ne feront qu’épuiser les efforts.

Il s’agit aussi de fédérer et de capitaliser sur ces efforts, et parce que le renouveau se fait essentiellement sur le leadership.

Le parti et ses règlements vont être totalement renouvelés, que ce soit au niveau de son bureau politique, de son Conseil national, des localités et des régions, pour redémarrer la machine et être prêts lors des prochaines élections de 2026.

– Ce troisième mandat ne risque-t-il pas de générer un désaveu de la part de l’opinion publique ?

– S’il y a un troisième mandat, notre rôle sera justement d’expliquer aux citoyens son importance.

– Ne pensez-vous pas que ce soit anti-institutionnel de changer les statuts à la dernière minute et en catimini ?

– Rien n’a été fait en catimini ; il s’agissait d’une décision publique du Conseil national.

De plus, il n’y a pas eu de véritables changements de statuts, mais de simples amendements de dispositions relatives à l’état d’alerte sanitaire.

Ensuite, ce sera au congrès de valider ces amendements. Aujourd’hui, rien n’est définitif. Ceux qui parlent de troisième mandat mettent la charrue avant les bœufs car officiellement, rien n’est encore acquis.

Cela dit, je me dois d’insister à nouveau sur le fait que la majorité des militants et des élus qui composent l’architecture de l’USFP demandent à Driss Lachgar de briguer ce troisième mandat.

– Certains affirment que la validation du changement de statuts n’a été faite que par 50% des membres du Conseil national… 

– Faux. Le quorum légal a été atteint. Si certains ne sont pas venus, les contestataires se sont abstenus.

Il n’y avait d’ailleurs aucune contradiction avec la loi sur les partis politiques, qui laisse la liberté aux partis de mettre dans leurs statuts le nombre de mandats qui leur sied.

– Au regard de l’explosion des cas de Covid-19, n’est-il pas plus raisonnable de reporter le 11e congrès ?

– Je ne pense pas, car l’USFP va se conformer à la lettre à toutes les dispositions édictées par les autorités, avec des tests PCR à l’entrée du congrès qui sera, par ailleurs, en grande partie digitalisé.

– Ne craignez-vous pas une fronde et une montée de la contestation interne ?

– Notre parti de gauche a toujours connu des controverses et des clivages, mais il faut que la fronde que vous évoquez demeure dans un cadre légal et une certaine moralité.

Il n’est pas normal que certains décident de quitter leur parti pendant cinq ans puis de revenir pour essayer de le diriger.

– Même si d’autres chefs de partis ont modifié les statuts pour briguer de nouveaux mandats, ne pensez-vous pas qu’une part d’exemplarité est essentielle dans la vie politique et qu’il est immoral de vouloir s’accrocher au pouvoir à tout prix ?

– Selon moi, il faut cesser de se concentrer uniquement sur la personne du leader, mais plutôt sur ses actes, ses positions et sa capacité à traduire les attentes des gens.

La vraie question est de savoir si un changement de tête ou de leadership soit véritablement garant d’efficacité et de changement. Ce n’est pas mon avis.

– Est-il vrai qu’un intense travail de préparation a lieu actuellement pour « mobiliser » les cadres et les militants à se manifester, afin de soutenir Lachgar et « l’obliger » à se présenter ?

– Personne n’oblige personne. Il est vrai que beaucoup de voix au sein du parti sont pour un troisième mandat du premier secrétaire sortant. S’il y a actuellement un intense travail de préparation, c’est tout simplement parce que nous avons des échéances à respecter dans deux semaines.

L’USFP sera en effet le premier parti à organiser un congrès dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire. Cela ne se fait pas sans préparation.

– Il n’y a donc pas un travail de lobbying en faveur de Lachgar ?

– Il n’en a pas vraiment besoin car ses actes et réalisations parlent pour lui.

– Sur le plan éthique, ne pensez-vous pas qu’un homme politique doive savoir dire non à une énième candidature même s’il est poussé par la base ?

– C’est une question de volonté personnelle, mais aussi de connectivité avec les attentes d’une communauté donnée. Ceci dit, Driss Lachgar peut toujours annoncer demain qu’il ne se présentera pas.

– Vous n’excluez donc pas un renoncement du premier secrétaire sortant ?

– Non, tout comme je n’exclus pas que Driss Lachgar soit à l’écoute des doléances des socialistes.

– À titre personnel, pourquoi le poussez-vous à se présenter à nouveau alors que vous êtes jeune et ne faites pas partie d’une gérontocratie politique ?

– Être jeune ne signifie pas être eugéniste, qui est un concept mortel en politique. Selon moi, ses concurrents ne disposent pas, aujourd’hui, de ses capacités à fédérer et à rassembler. C’est la raison pour laquelle il faut préparer la relève de demain.

– En dix ans de mandat, Lachgar n’a donc pas eu le temps de préparer sa succession ?

– Si. La preuve en est que j’ai intégré le parti à l’âge de 14 ans et que je fais aujourd’hui partie du bureau politique de l’USFP.

– S’il veut se présenter à nouveau, cela signifie tout de même que la relève pour le remplacer fait défaut…

– Pas du tout. Nous avons de grandes compétences et des militants qui peuvent remplir la fonction de premier secrétaire parce que nous sommes une usine de cadres. Mais une personne qui a autant d’atouts rassemblés pour cette période de transition, je ne vois qu’un seul candidat.

– À ce jour, le seul premier secrétaire à être resté aussi longtemps en poste est Abderrahim Bouabid, qui avait une légitimité de fondateur. De quelle légitimité similaire dispose Driss Lachgar ?

– En fait, nous sommes passés d’une légitimité historique à une légitimité fonctionnelle pour garder notre parti en vie.

Sachant que nous assistons au déclin de toutes les grandes structures de gauche dans le monde et que notre parti a été victime de plusieurs choses, la priorité est encore une fois de le maintenir en vie.

Si certains s’attendaient à ce que l’USFP devienne un grand cadavre à la renverse, la réalité sous Lachgar a complètement démenti ce constat, visible partout ailleurs dans le monde.

Notre premier secrétaire est militant depuis 50 ans. Il a aussi une légitimité historique mais, par la force des choses, sa légitimité est devenue fonctionnelle pour garantir la survie de notre parti.

– Quinze années de mandat ne vous semblent-elles pas excessives pour un leader ?

– Du moment qu’il accomplit sa mission et que le parti réalise des avancées, je ne vois pas où est le problème, d’autant que quinze années dans l’histoire d’un pays ne représentent pas grand-chose.

– Que peut apporter Driss Lachgar pour les cinq prochaines années, après dix années de mandat ?

– Je ne pourrais vous répondre qu’en 2026, lorsque nous verrons la progression qu’aura faite le parti.

– En termes électoraux ?

– Pas seulement. Aussi en termes de réseautage dans les grands secteurs de la société (étudiants, élèves, avocats, médecins, marchands, etc.) car notre force ne se limite pas à une présence institutionnelle au parlement.

– On en reparle donc dans cinq ans ?

– Plutôt à mi-mandat, vers la fin 2024.

– Avec le recul, ne fut-ce pas une erreur pour l’USFP de coller à toutes les prises de position du RNI ?

– Nous étions en effet très proches du RNI parce que nous étions alliés au gouvernement avec des convergences sur plusieurs sujets. Ceci dit, les temps changent et des clivages politiques sont apparus.

À partir de là, nous devons accomplir notre mission de premier parti de l’opposition, qui consiste à critiquer ce qui doit l’être dans le respect de la démocratie et de notre pays.

– Votre discours s’est tout de même durci dès que le RNI a décidé de se passer de vous au gouvernement…

– Notre réaction est légitime car en construisant une majorité de trois partis, le RNI a fait en sorte que pour la première fois de notre histoire, l’opposition ne soit plus capable de présenter une motion de censure.

Pour moi, cela constitue une fracture contre la démocratie et l’équilibre institutionnel. Cependant, que nous soyons avec l’équipe de Aziz Akhanouch ou dans l’opposition, nous remplirons notre devoir.

L’USFP n’est pas le PAM de Ouahbi, qui est dans la majorité et gère 10% du budget de l’État mais se permet dans le même temps de critiquer son gouvernement.

Notre parti critique les initiatives gouvernementales quand il le faut, et applaudit quand il le faut.

– Depuis la fin de l’expérience Youssoufi, puis 2011, la gauche est éparpillée. L’USFP, qui n’est plus que l’ombre du grand parti qu’il a été, ne joue plus qu’un petit rôle. Il est devenu un parti administratif ou rural qui fait élire des personnes et pas un programme. Selon vous, quel peut être son avenir ?

– Quoi qu’en pensent certains, c’est toujours un grand parti. Tout le monde est d’ailleurs d’accord pour reconnaître sa nécessité d’exister dans le champ politique marocain.

Tous les partis ont des faiblesses mais, Dieu merci, notre parti a surmonté ses scissions ainsi que la situation électorale de 2016, qui n’était pas de la responsabilité du premier secrétaire mais de celle du passé.

– Vous ne croyez pas à la disparition de l’USFP ?

– Jamais ce scénario n’aura lieu, car quoi qu’il advienne, il restera le premier parti de la gauche marocaine.

– Quelle place pour la gauche à l’avenir ?

– À titre personnel, je ne crois pas, que ce soit à court ou à moyen terme, à une union des gauches marocaines car je suis persuadé qu’elle finira par éclater très rapidement.

Si je respecte tous les courants, l’USFP, qui n’est pas dans le même registre que la gauche populiste ou que celle qui flirte avec les islamistes, doit par conséquent conserver sa place de locomotive de la gauche.

– Un parti qui réussit, c’est un leader charismatique, une démocratie interne, une capacité d’autocritique et une plateforme idéologique. On ne retrouve plus ces caractéristiques dans l’USFP d’aujourd’hui…

– Ce n’est plus le cas parce que tout le jeu politique a changé, et qu’il faut faire en sorte de changer les règles et le logiciel de fonctionnement de la vie politique.

– Pourquoi changerait-il demain avec un troisième mandat de Lachgar alors que cela n’a pas été le cas au cours de ses deux derniers mandats ?

– Au sein de l’USFP, le changement a bien eu lieu et s’est fait progressivement lors du dernier mandat, sans quoi notre parti n’aurait pas réalisé un nombre aussi important d’élus avec une évolution de 20%.

– La réussite électorale de l’USFP n’a-t-elle rien à voir avec la réforme du seuil électoral ?

– Absolument pas. Notre parti est celui qui a le moins bénéficié de cette réforme, contrairement au PJD qui en a le plus profité.

– Si la date du congrès est maintenue, quand seront élus les congressistes qui désigneront à leur tour le premier  secrétaire ?

– Nous sommes déjà en pleine élection des congressistes dans plusieurs localités et circonscriptions.

Pour cela, nous tenons des congrès hybrides, distanciel/présentiel, qui permettront d’élire un total de 1.100 congressistes à travers les 12 régions du Maroc, en plus de celle des Marocains du monde.

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