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Covid. Les arguments en faveur de l’ouverture des frontières

Les frontières marocaines resteront fermées, sauf grande surprise, jusqu'au 31 janvier. Les impacts économique et social sont conséquents. Le gain sanitaire dans le contexte actuel n'est pas forcément pertinent. Voici les arguments qui plaident pour la réouverture des frontières.

Covid. Les arguments en faveur de l’ouverture des frontières

Le 16 janvier 2022 à 18h28

Modifié 17 janvier 2022 à 7h29

Les frontières marocaines resteront fermées, sauf grande surprise, jusqu'au 31 janvier. Les impacts économique et social sont conséquents. Le gain sanitaire dans le contexte actuel n'est pas forcément pertinent. Voici les arguments qui plaident pour la réouverture des frontières.

Deux semaines et un jour nous séparent de cette échéance. Et la question qui revient et pour laquelle personne n’a de réponse, pour le moment, est de savoir si les frontières resteront fermées au-delà du 31 janvier.

La question que nous nous posons est la suivante: est-ce qu’il est encore pertinent de maintenir les frontières fermées? Depuis le confinement de mars 2020 dont le coût économique a été exorbitant, la stratégie marocaine de lutte contre la pandémie, met dans la balance le coût économique et le gain sanitaire. Quand le gain sanitaire est important et significatif, la mesure est prise.

La fermeture des frontières est-elle, dans le contexte actuel, une mesure qui a un impact significatif sur la lutte contre la pandémie, alors que son coût économique, social et psychologique devient lourd et insupportable?

Économiquement et socialement, la réouverture s’impose

Les Marocains et résidents au Maroc bloqués à l’étranger, les acteurs économiques, particulièrement ceux du tourisme, de l’artisanat et du transport, ainsi que l’opinion publique, dans son ensemble, sont dans l’attente et l’angoisse. Ils appellent tous, à raison, à l’ouverture des frontières.

Le cas des Marocains et résidents au Maroc bloqués à l’étranger, depuis la suspension par les autorités marocaines des vols, le 29 novembre dernier, est le plus urgent. Ils n’ont aucune visibilité pour rejoindre leur foyers. La brève opération de rapatriement lancée fin 2021 et suspendue le 23 décembre, a permis à quelques 5.700 personnes de rentrer au pays.

Quid alors de ceux qui n’ont pas pu le faire lors de cette fenêtre entre-ouverte et rapidement fermée ? Les commentaires sur les réseaux sociaux des compagnies aériennes, notamment RAM, sont nombreux. Le coût social de cette mesure sur cette frange de la population s’alourdit pour chaque jour qui passe.

Pour les opérateurs économiques, il n’y a nul besoin d’illustrer l’ampleur de la crise. Marrakech, porte-étendard du tourisme marocain est totalement sinistrée. Des chaînes hôtelières ferment, des salariés mis au chômage, des artisans, des guides touristiques sont sans travail, des loueurs de voitures et des agences de voyages en faillite, sans parler de la situation financière désastreuse de la compagnie nationale et pour laquelle l’État doit mettre la main à la poche... tout un écosystème, une industrie à l’agonie.

Et puis, des Marocains qui sont tout simplement las. La lassitude de l’opinion publique est perceptible à travers une donnée crédible: la très forte baisse du moral des ménages, mesurée par l’enquête trimestrielle du HCP, qui est à l’un de ses niveaux historiquement les plus bas depuis 2008.

Sur le plan sanitaire : des experts plaident pour la réouverture

Si économiquement, la nécessité de la réouverture ne fait aucun doute, d’aucuns pourraient lui opposer l’argument sanitaire. Soit.

En novembre 2021, quand la décision a été prise, il était question de retarder et réduire le risque d’importation du variant Omicron.  Aujourd’hui, le contexte sanitaire est différent.

Le Maroc vit sa troisième vague dominée par Omicron.  Au bout de cinq semaines, la vitesse de propagation des contaminations se ralentit :

      • du 13/12 au 19/12 : 1.332 cas
      • du 20/12 au 26/12 : 3.305 cas
      • du 27/12 au 02/01 : 10.658 cas
      • du 03/01 au 09/01 : 35.307 cas
      • du 10/01 au 16/01 : 46.569 cas

Le nombre de nouveaux cas a, en moyenne, triplé toutes les semaines depuis le début de la vague. Sauf cette dernière semaine, marquée faut-il le noter, par un jour férié qui retentit sur le testing et ainsi sur le nombre des cas officiels. La hausse d’une semaine à une autre est de 32%, seulement.

Le ralentissement à ce stade de la vague signifie que le pic est très proche. Il peut survenir dès cette semaine du 17 janvier, comme annoncé. S’en suivra alors une période de stabilisation ou de plateau avant que la vague n’entame sa phase baissière.

La vague Omicron sera donc brève, probablement moins forte, moins haute qu’on ne le craignait. Selon les données disponibles, elle semble provoquer deux fois moins de cas en réanimation et trois fois moins de décès.

Medias24
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Donc l’impératif sanitaire invoqué pour la fermeture des frontières est aujourd’hui dépassé. Deux experts se sont récemment exprimés en faveur de la réouverture des frontières.

« Le terrain confirme que la fermeture des frontières n’a pas empêché Omicron de se diffuser à vitesse grand V. Les confinements n’ont pas eu les résultats escomptés. Les mesures barrières, dépistage, vaccination et traitements sont le package optimal. Les mesures sont à adapter sans excès », affirme sur son compte twitter, Pr Jaarfar Heikel.

De son côté, Dr Tayeb Hamdi plaide aussi pour un assouplissement des mesures aux frontières. « Compte tenu de la propagation communautaire du virus dans ces conditions, l’accès au territoire national dans les conditions sanitaires imposées, applicables ne présente pas un risque épidémique », affirme-t-il.

« Il serait souhaitable d’envisager l’ouverture de ces frontières conformément à notre approche marocaine réussie, proactive et anticipative, basée sur la prise de décisions basées sur les données scientifiques pour protéger les citoyens et protéger le Maroc, avec le moins possible d’impact et de conséquences et dommages sociaux, psychologiques, éducatifs et économiques », poursuit-il.

« L’accès au territoire national de citoyens marocains ou d’étrangers complètement vaccinés et munis d’une attestation PCR négative, est moins risqué sur le plan épidémiologique que le comportement de personnes non vaccinées ou qui le sont incomplètement, qui n’adhèrent pas aux mesures préventives, qui se rassemblent dans des cafés et des rassemblements publics ou privés , ou qu’ils présentent des symptômes et ne font pas de testées et qui sont positives ou contacts et ne respectent nullement pas la durée et les conditions de l’isolement », conclut-il.

Deux hypothèses, un même résultat

Que va-t-il se passer après cette vague Omicron? Deux hypothèses :

Le virus va devenir de moins en moins virulent, de plus en plus bénin et évoluer vers une forme de grippe.

Ou bien la situation épidémique va rester comme elle est depuis le début, avec l’apparition de temps en temps d’un variant plus ou moins virulent, plus ou moins contagieux, qui finit par devenir dominant et provoquer une nouvelle vague.

Dans la première hypothèse, la fermeture des frontières n’aura plus de sens.

Dans la seconde hypothèse, il paraît extrêmement difficile, voire impossible, de continuer à vivre une situation anxiogène d’incertitude, de manque de visibilité, d’attentisme. Économiquement et socialement, il sera plus bénéfique d’investir massivement dès maintenant, dans un renforcement sans précédent des capacités de la santé pour que celles-ci soient les mieux outillées pour faire face à toute éventualité à venir, aussi grave soit-elle.

La fermeture a un coût élevé. Il vaut mieux ouvrir et investir ce coût dans la santé.

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