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Absence de laboratoires privés effectuant les tests Covid à Fès : voici ce que l’on sait

Aussi étonnant que cela puisse paraître, il n'y a pas de laboratoire privé réalisant le diagnostic Covid-19 à Fès. Au 1er septembre, on en dénombrait 170 à travers le Maroc, en sus des 22 laboratoires publics. Éclairage.

Absence de laboratoires privés effectuant les tests Covid à Fès : voici ce que l’on sait

Le 23 janvier 2022 à 18h42

Modifié 23 janvier 2022 à 19h19

Aussi étonnant que cela puisse paraître, il n'y a pas de laboratoire privé réalisant le diagnostic Covid-19 à Fès. Au 1er septembre, on en dénombrait 170 à travers le Maroc, en sus des 22 laboratoires publics. Éclairage.

Selon l’Institut national d’hygiène (INH), au 1er septembre 2021, 170 laboratoires privés et 22 laboratoires publics réalisaient le dépistage du Covid-19 au niveau national. Nous n’avons pas été en mesure de vérifier si ces listes ont été mises à jour depuis cette date, ni auprès de l’INH ni du ministère de la Santé.

Ce qui est certain, c’est que dans la province de Fès, il existe un seul laboratoire public et aucun laboratoire privé pour réaliser les tests. Mais Fès n’est pas la seule dans ce cas. Quelques dizaines de provinces n’ont aucun moyen d’effectuer les tests PCR sur place. Les prélèvements sont effectués sur place et envoyés dans des provinces dotées de tels équipements.

Au début de la pandémie, seulement 3 laboratoires pour tout le Maroc

Installer un nombre suffisant de laboratoires de tests PCR et plus généralement Covid, était et reste un défi. C’est compliqué, coûteux et de nombreux contrôles sont nécessaires: les machines, les réactifs, la véracité des attestations délivrées, la crédibilité des tests, le respect des prix officiels…

Le premier cas de Covid-19 a été déclaré au Maroc le 2 mars 2020. A cette époque, peu de laboratoires effectuaient les tests PCR: l’INH à Rabat, l’institut Pasteur à Casablanca; et l’hôpital militaire de Rabat puis les CHU de Casablanca et de Rabat.

Pendant les premiers mois, les tests PCR ont été cantonnés au secteur public. Il y avait comme une sorte de méfiance; ou de prudence; à l’égard du secteur privé.

Lorsqu’un nouveau laboratoire était équipé (dans le public), une annonce était faite. Le 6 mai 2020, on annonçait que 11 laboratoires étaient opérationnels dans le secteur public et que l’objectif était d’en atteindre 15. Tous les CHU étaient alors équipés ainsi que quelques CHR (centre hospitalier régional) et deux CHP (centre hospitalier provincial). On annonçait également début mai 2020 que le Maroc allait atteindre une capacité de 10.000 tests par jour.

Les conditions exigées d’un labo PCR sont expliquées par Mohamed Rhajaoui, directeur de l’INH : « il doit avoir des espaces techniques compartimentalisés en trois locaux séparés, qui doivent être complètement indépendants, avec des équipements dédiés. Il y a un circuit particulier pour les prélèvements. Les labos ou  hôpitaux concernés reçoivent des plans d’aménagement pour la création de labos dédiés à ces tests, avec un local pour l’extraction, un deuxième pour le mix, un troisième pour l’amplification. Il est important que les circuits du sale (partie à risque de contamination) et celui du propre (sans contamination) soient séparés.

« Ensuite, une fois que les trois locaux sont créés, on passe à l’envoi et l’installation des machines, puis à leur certification et leur calibrage par des sociétés spécialisées.

« Alors, nous dispensons une formation par une personne déléguée par l’INH et qui se déplace sur les lieux. Des essais sont effectués avec le personnel du nouveau laboratoire, avec des prélèvements issus de la région. Le personnel qui se charge des tests dans les laboratoires est toujours un personnel de haut niveau, connaissant déjà les tests PCR en général, qui reçoit une formation pour s’adapter aux spécificités du Covid-19 ».

A la même époque, début mai, le Maroc avait une capacité de 2.500 à 3.000 tests par jour. Les prélèvements devaient  être acheminés quotidiennement, de partout, et entre le moment d’arrivée et le résultat, il s’écoulait  en moyenne 5 heures.

En juin 2020, Khalid Ait Taleb annonçait que le Maroc disposait déjà de 24 laboratoires nationaux et effectuait jusqu’à 17.500 tests par jour alors qu’il avait commencé avec seulement trois laboratoires et 2.000 tests/jour.

Après la levée du confinement vers le 20 juin, la liberté de circuler et les déplacements de l’Aïd, avaient favorisé l’apparition de la première grande vague au Maroc qui s’est déclenchée fin juillet. Sans les laboratoires privés, il était impossible de faire face à la demande de testing, ni de connaître rapidement la situation épidémiologique. Des laboratoires ont été autorisés, certains se sont vu retirer, temporairement ou pas, leur autorisation; et le ministère a fini par ouvrir la possibilité de pratiquer les tests PCR à condition de respecter un cahier des charges publié sur le site de l’INH.

Le 12 septembre 2020, une circulaire d’Ait Taleb ouvrait à tous les laboratoires biologiques privés la possibilité d’effectuer des tests, pour « renforcer le réseau des laboratoires de diagnostic moléculaire et sérologique de la Covid-19, de rendre les tests accessibles aux Marocains et aux étrangers et d’en assurer une large couverture territoriale ».

En août 2021, le ministère de la Santé rappelait dans une nouvelle circulaire la possibilité de réaliser des tests par tous les laboratoires ainsi que les cliniques privées et les cabinets médicaux, à condition de respecter un cahier des charges précis.

Selon les listes officielles datées du 1er septembre 2021, les laboratoires privés effectuant ces tests sont au nombre de cinq dans la ville de Meknès, aucun à Fès. Dans le secteur public, seuls deux laboratoires en réalisent, l’un à Fès et l’autre à Meknès. En d’autres termes, la capitale spirituelle ne dispose que d’un seul laboratoire de tests PCR, qui est public.

Sur une vingtaine de laboratoires privés au niveau de la ville de Fès, aucun ne réalise le diagnostic du Covid actuellement.

Les cas suspects développant des symptômes, les cas contacts ou encore les voyageurs ne peuvent se faire dépister qu’au niveau de l’hôpital Ibn Baitar, annexé à l’hôpital Al Ghassani, selon nos informations. Ou bien, ils doivent se déplacer jusqu’à Meknès.

Cela signifie que les les cas positifs relevés dans la ville de Fès par le ministère de la Santé dans son bulletin quotidien de 16h sont enregistrés, principalement, au niveau dudit hôpital. On peut penser que si l’on est peu symptomatique, on n’ira pas effectuer un test.

Pour comprendre les raisons de cette situation, nous avons essayé de joindre la Direction régionale du ministère de la Santé à Fès-Meknès, qui est restée injoignable.

« L’adhésion au diagnostic du Covid est volontaire »

Nous avons ensuite contacté le Conseil des pharmaciens biologistes qui nous a expliqué ce qui suit:

« L’adhésion des laboratoires privés pour faire la PCR est volontaire. En tant que conseil de l’ordre, nous n’incitons personne à y adhérer ou pas. C’est une adhésion personnelle et voulue », souligne notre source.

« Au début de la pandémie, deux laboratoires avaient adhéré et s’étaient équipés pour effectuer ces tests. Ils se sont vu par la suite retirer leurs autorisations », ajoute notre interlocuteur, qui nous assure ignorer les raisons de cette décision.

« C’étaient de grands laboratoires et non des débutants. On ne sait pas ce qui s’est passé. Le conseil n’a pas été associé à ces décisions, on ignore donc les raisons qui ont poussé le ministère à leur retirer leurs autorisations. »

« Les autres laboratoires privés à Fès, qui sont assez nombreux, sont donc devenus réticents. Ils n’ont pas voulu investir » au risque de se voir retirer leurs autorisations. Des sources professionnelles évoquent un investissement de 2 millions de DH par laboratoire, pour s’équiper et aménager le local.

« Pour ce qui est des tests antigéniques, ils sont pseudo-libéralisés par le ministère », estime notre source. « Ces tests peuvent à présent être effectués par tous les laboratoires privés, à condition de les répertorier sur la plateforme e-lab dédiée aux laboratoires. Sauf que pour y accéder, il faut des codes, et ceux des laboratoires en question sont toujours désactivés. Il y a environ six mois, ils ont encore une fois tenté de contacter le délégué régional de la santé pour les obtenir, en vain. Ces laboratoires ne font donc ni la PCR ni les tests antigéniques. »

Au sein de la profession, on nous confirme donc que la ville de Fès ne dispose pas de laboratoires privés qui effectuent des tests PCR. Des tests rapides sont toutefois possibles, comme dans la plupart des régions du Maroc, parfois ils sont disponibles en pharmacie.

Cette situation n’est pas propre à Fès, comme le montre notre carte qui comprend les données du 1er septembre 2021. Le ministère a déployé également quelques unités mobiles de testing, mais nous n’avons pas pu en établir les localisations ou les itinéraires. Des tests rapides sont en vente notamment en pharmacie et sont effectués également dans des laboratoires. Il va sans dire que le Maroc n’effectue pas le nombre de tests quotidiens que justifie la situation; et que les chiffres réels de contaminations sont plus élevés que signalé. C’est d’ailleurs le cas partout dans le monde mais à des degrés divers.

Cliquez ICI pour consulter la liste des laboratoires privés réalisant le dépistage du Covid-19 au niveau national

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