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La « masterclass » de Jouahri sur l’investissement à la Commission des Finances

Organisée à huit clos, la présentation du Wali de Bank Al Maghrib devant les députés de la Commission des Finances de la première chambre a révélé les anomalies que connaît l’investissement dans notre pays. Parlant sans langue de bois et chiffres à l’appui, Abdellatif Jouahri a montré notamment la réalité amère de la fragilité de nos entreprises ainsi que l’inefficience de l’investissement public. Compte rendu.

La « masterclass » de Jouahri sur l’investissement à la Commission des Finances

Le 15 février 2022 à 20h08

Modifié 16 février 2022 à 8h01

Organisée à huit clos, la présentation du Wali de Bank Al Maghrib devant les députés de la Commission des Finances de la première chambre a révélé les anomalies que connaît l’investissement dans notre pays. Parlant sans langue de bois et chiffres à l’appui, Abdellatif Jouahri a montré notamment la réalité amère de la fragilité de nos entreprises ainsi que l’inefficience de l’investissement public. Compte rendu.

Le Wali de Bank Al Maghrib a été l’invité confidentiel de la Commission des finances de la première Chambre du Parlement. Confidentiel, car les commissions se tiennent, désormais à huis clos, comme décidé par le bureau de la première chambre présidée par Rachid Talbi Alami.

Jouahri a été invité pour un but particulier : parler de la situation de l’investissement dans le pays. Les données qu’il a présentées, connues des gens qui suivent l’économie du Maroc et figurant déjà dans des rapports internationaux et nationaux, donnent froid dans le dos. Que ce soit en termes d’investissement public ou privé. Les députés ont dû sortir sonnés au bout de cette présentation, Jouahri faisant autorité en la matière et ne craignant pas d’appeler un chat un chat.

Dans sa présentation, le Wali de Bank Al Maghrib a commencé par démontrer l’inefficience de l’investissement public et tous les efforts et les centaines de milliards de dirhams dépensés avec un faible rendement.

Beaucoup d’investissements publics pour un rendement très faible

Le Maroc enregistre selon lui un taux d’investissement élevé en comparaison internationale. L’effort l’investissement en valeur a atteint en moyenne 32,2% du PIB entre 2000 et 2019 contre 25,6% comme moyenne mondiale et 29% pour les pays à revenu intermédiaire-tranche inférieure.

Le Maroc est placé en troisième position derrière la Chine (42,1%) et l’Inde (34,3%) et dépasse des pays comme la Corée du Sud (31,7%), la Turquie (26,6%), la Malaisie (23,7%), l’Espagne (23,6%), la France (22,7%), les États-Unis (21,2%) ou encore le Brésil (18,5%). Des pays comparables comme la Tunisie (23,8%) ou l’Egypte (17,4%) sont loin derrière le Maroc en matière d’effort d’investissement.

Ce taux très élevé qui nous classe au top 3 des États qui investissement le plus dans le monde (en valeur relative) reste en principe, selon la présentation de Abdellatif Jouahri, suffisant pour espérer un rattrapage économique. Mais ceci en théorie seulement. Car le niveau d’investissement observé au Maroc est équivalent à celui observé dans les pays ayant accompli des « miracles économiques », note Jouahri.

« Dans les années de 1970 à 1990, le taux d’investissement de ce qu’on a appelé les dragons asiatiques se situait en moyenne à 30%. Dans les pays du sud de l’Europe, l’investissement a atteint 25% pendant la période où ils ont connu une forte croissance », cite le Wali de la Banque centrale à titre d’exemple.

« Le principal enseignement que l’on peut tirer de ces données est que le Maroc, malgré l’effort d’investissement qu’il fournit en termes quantitatifs, il n’a pas pu encore réaliser le rattrapage économique désiré », conclut Jouahri.

Ce paradoxe marocain est attribuable principalement selon lui au faible rendement de l’investissement. « Le rendement de l’investissement est souvent mesuré par le coefficient marginal du capital (incremental capital output ratio (ICOR)), qui représente le nombre d’unités d’investissement (en % du PIB) nécessaires pour réaliser un point de croissance du PIB. Plus l’ICOR est faible, plus l’investissement est rentable. Avec un ICOR de 9,4 en moyenne durant la période 2000-2019, l’investissement au Maroc reste relativement peu rentable, en comparaison notamment avec les pays de la catégorie à revenu intermédiaire-tranche inférieure où il est de 5,7 », explique Jouahri aux députés. Cela veut dire que pour produire une unité de croissance, le Maroc a besoin de 9,4 unités d’investissement, alors que des pays comme l’Egypte, les Philippines, la Chine, la Malaisie ou encore la Turquie n’ont besoin respectivement que de 4,7, 4,2, 4,9, 5,8 et 6,5 unités d’investissement.

Les efforts du Maroc en termes d’investissement sont donc non seulement peu productifs, mais la majorité des pays du monde fait moins que nous pour des résultats beaucoup plus importants.

Au Maroc, le taux de chômage théorique devrait être de 25,4% !

Premier impact de cette inefficacité de l’investissement public : le faible rythme de création d’emploi, indique Abdellatif Jouahri, chiffres à l’appui.

En effet, entre 1999 et 2019, même si l’ICOR est resté quasi stable, le contenu en emploi de la croissance a reculé de manière sensible. Chaque point de croissance générait moins de 21.000 emplois entre 2010 et 2019 contre plus de 30.000 emplois entre 2000 et 2009.

L’économie nationale a généré donc près de 144.000 postes annuellement entre 1999 et 2009 et près de 72.000 emplois entre 2010 et 2019, soit l’équivalent de 108.000 emplois en moyenne sur l’ensemble de la période 1999 et 2019.

Ce rythme reste insuffisant pour induire une baisse tangible du chômage, souligne Jouahri dans sa présentation.

Face à la création de 108.000 emplois, la population active s’est accrue annuellement de 89.000 et, en conséquence, le nombre de chômeurs n’a baissé que légèrement, revenant de 1,5 million à 1,1 million au cours des deux dernières décennies, précise-t-il.

Mais le choc vient de cette analyse que développe le Wali de Bank Al Maghrib devant les députés :

« Le taux de chômage aurait été largement plus élevé si le taux d’activité (ratio du nombre d’actifs, occupés ou au chômage, à la population en âge de travailler) n’était pas faible. Ce taux a connu une baisse sensible durant les vingt dernières années, passant de 55% en 1999 à 45,8% en 2019. Il reste également faible en comparaison avec la moyenne internationale (60,8%), une caractéristique que notre pays partage avec les pays de la région MENA. Si ce taux était au même niveau que la moyenne des pays à revenu intermédiaire, tranche-inférieure (55,8%), le nombre d’actifs aurait augmenté de 220.000 personnes annuellement au lieu de 89.000 et le taux de chômage se serait aggravé de 16,2 points de pourcentage à 25,4% », démontre-t-il.

Principal enseignement : si le Maroc affiche un taux de chômage de moins de 12% malgré la crise du Covid-19 ce n’est pas tant grâce à sa vitalité économique, mais en raison de la faiblesse du taux d’activité. Et qui dit faiblesse du taux d’activité, dit perte de confiance en le marché du travail, puisque les gens ne se mettent même pas à la recherche d’un emploi pour être comptés comme une population active à la recherche d’un job et entrer dans les statistiques du chômage.

 L’investissement a fortement baissé sous les deux gouvernements PJD

Analysant par la suite l’évolution de l’investissement en volume, Abdellatif Jouahri a noté que celui-ci a enregistré une croissance annuelle moyenne de 8,5% entre 2000 et 2009 et de 2,9% entre 2010 et 2019.

On en conclut que l’investissement a subitement fléchi depuis la montée au gouvernement du PJD. Pour quelle raison : Jouahri ne l’’explique pas, se contentant de rappeler que le secteur public participe d’une manière importante à l’effort d’investissement national.

« Malgré la non-disponibilité de données régulières sur la répartition public/privé de l’investissement au niveau des comptes nationaux, les informations sporadiques qui existent laissent indiquer que l’investissement public contribue de manière importante à l’effort d’investissement. Selon les données du HCP, les administrations publiques (Administration centrale, Administrations publiques locales et Administrations de sécurité sociale) représentent 19% de l’investissement en 2019. Si on y ajoute l’effort des établissements et entreprises publiques qui ne sont pas intégrés dans ce secteur institutionnel, cette part serait beaucoup plus importante. En effet, les données des finances publiques, qui diffèrent des comptes nationaux, indiquent que l’investissement public a atteint 245 milliards de dirhams dans la loi de finances 2022 après 230 milliards dans celle de 2021 et 198 milliards en 2020 », indique Abdellatif Jouahri.

Il cite également le rapport de la Commission Spéciale pour le Modèle de Développement qui indique que la part de l’investissement privé a atteint 35%. Un rapport qui recommande de la porter à 65%. Jouahri cite la CSMD mais souligne que ces chiffres que comporte le rapport sont non sourcées…

Concernant l’investissement étranger, il a enregistré, selon le Wali, sur les 16 dernières années un flux net de près de 22 milliards de dirhams annuellement, soit l’équivalent de 2,6% du PIB en moyenne. « Cette performance reste proche de la moyenne mondiale et est supérieure à celle du groupe des pays à revenus intermédiaires de la tranche inférieure auquel il appartient (1,9% du PIB) », précise-t-il, ce qui montre ajoute-t-il que « le Maroc- bénéficie-d’une bonne attractivité de l’investissement étranger ».

Absence de chiffres sur l’investissement des entreprises !

Autre point sur lequel Abdellatif Jouahri n’a pas pris de gants : l’investissement privé. Ici, il pointe notamment du doigt l’absence de chiffres et de données sur l’investissement des entreprises.

« Les informations sur l’investissement privé au Maroc restent fragmentaires et disponibles mais le plus souvent après un certain délai, ce qui ne permet pas une appréciation à temps de son évolution », indique-t-il aux députés de la commission des Finances.

Il précise que les sources d’informations dans le domaine sont diverses : Enquêtes annuelles et de structure du HCP, Enquêtes du Ministère de l’Industrie, Enquêtes qualitatives de la Banque Mondiale auprès des Entreprises qui concerne 1096 entreprises, l’enquête mensuelle de conjoncture dans l’industrie de Bank Al-Maghrib, l’Office Marocain de la Propriété Industrielle et Commerciale, les données de l’Office des Changes sur les investissements directs étrangers, les statistiques monétaires, l’Observatoire de la TPME (OMTPME)…

Des sources riches et diversifiées mais disparates, qui ne donnent pas une information fiable.

« Face à cette disparité des sources, d’une part et à la difficulté d’accès à l’information en particulier celle détaillée, de l’autre, notre pays a besoin aujourd’hui de mettre en place un répertoire national des entreprises, à l’instar de ce qui existe dans les pays avancés et dans certaines économies émergentes. Cela permettra de disposer d’une information fiable, exhaustive et à jour sur la situation de notre tissu économique », recommande-t-il.

Seules informations que le Wali a pu communiquer aux députés : les données relatives au tissu productif, à son financement et les freins à son développement. Là aussi, les réalités décrites par Jouahri ne sont pas satisfaisantes.

A commencer par la fragmentation de la structure du tissu productif dominé par les TPE et un nombre relativement faible d’entreprises exportatrices.

Selon le rapport annuel de 2019-2020 de l’observatoire marocain de la TPME, 92% des entreprises sont des microentreprises qui ont un chiffre d’affaires ne dépassant pas 3 millions de dirhams et 84,4% réalisent un chiffre d’affaires de moins d’un million de dirhams, indique Jouahri.

La pression fiscale est concentrée sur un nombre très limité, 2% des entreprises payent 80% de l’IS (CESE, 2012).

Et les données de l’Office des Changes indiquent que le nombre d’entreprises exportatrices actives ne dépasse pas 4.309 en 2019. Par milliers d’habitants, le nombre d’exportateurs au Maroc (0,2 par mille habitants) reste relativement faible comme l’indiquent les données de l’OCDE qui montrent que comme la Roumanie a 1,1 exportateur par habitant, la Bosnie (1,8), la Croatie (1,9), la Bulgarie (3,3), l’Espagne (3,4), le Portugal (4,6), la Slovaquie (5,6), l’Estonie (10,8), la Slovénie (11)…

Nombre d’entreprises exportatrices par milliers d’habitants (moyenne 2015-2019) / Source : OCDE

En plus de leur fragmentation, nos entreprises ont une faible capacité d’investissement explique Jouahri en s’appuyant sur les données de l’enquête du HCP auprès des entreprises (2019) : « la capacité d’investissement des TPME reste faible, avec seulement 29,4% des TPE qui déclarent avoir réalisé un investissement entre 2016 et 2018, contre 49,5% pour les PME et 80% pour les GE ».

Surendettement des entreprises : une simple idée reçue

Et contrairement à l’idée reçue sur le surendettement des entreprises, Abdellatif Jouahri a démontré aux députés que le financement des entreprises marocaines est caractérisé par la dominance de l’autofinancement et un recours limité au financement externe.

« Selon les données de l’OMTPME (2019-2020) (l’Observatoire Marocain de la TPME, ndlr)  la part de la dette financière est de 20,2%. En comparaison internationale, cette part reste, selon les données disponibles, inférieure à celles enregistrées dans des pays comme la France (37%), l’Allemagne (36%), le Portugal (33%), l’Espagne (30%) ou la Pologne (22%). Ce constat est corroboré, d’un autre côté, par les résultats de l’enquête de la Banque mondiale (2019) qui montrent que l’investissement au Maroc est financé à hauteur de 8% par des emprunts bancaires contre 12% pour les pays à revenu intermédiaire tranche inférieure et 14% pour la région MENA », note le Wali de la Banque centrale.

Toutefois, dans ce peu de financement externe, le crédit bancaire reste la principale source de financement des entreprises et en constitue 96,6%, alors que le recours au marché des capitaux reste faible et largement dominé par les établissements à caractère financier et de quelques grandes entreprises.

De plus, ajoute-t-il, le crédit bancaire aux entreprises représente 51% du PIB, soit un niveau supérieur à celui enregistré dans des pays comme la Pologne (44%), l’Afrique du Sud (34%), le Mexique (26%) ou l’Argentine (21%) et semblable à ceux du Brésil (53%) et de la République Tchèque (54%).

Le manque de développement des TPME n’est pas du au manque de financement

Abordant la question de l’accès de la TPME au financement qui est une problématique mondiale récurrente, selon ses propos, Jouahri rappelle que les TPME considèrent que les banques leur exigent beaucoup de garanties, leur appliquent des taux d’intérêt élevés et des conditions défavorables et leur octroient des financements restrictifs.

Les banques quant à elles avancent le manque de transparence financière de ces entreprises, leur faible qualité de gouvernance et les craintes quant à leur capacité de remboursement pour justifier leur prudence et l’application de primes de risque relativement élevées.

Ceci est aussi le cas au Maroc comme le montrent les résultats de l’enquête du HCP en 2019 :

  • 69% des TPME ont déclaré avoir souffert des difficultés d’accès au financement.
  • Parmi les TPE qui ont demandé un crédit, 28% ont vu leurs demandes rejetées, en raison de l’insuffisance de garanties pour 52% des entreprises et du manque de confiance dans l’entreprise pour 20%.
  • Les freins évoqués pour l’accès au crédit bancaire sont essentiellement le taux d’intérêt élevé, les garanties excessives et les considérations religieuses.

« Mais d’autres données montrent une situation meilleure et en amélioration tangible durant les dernières années. Dans les enquêtes trimestrielles de conjoncture de BAM dans l’industrie pour l’année 2021, les entreprises évoquent à près de 90% un accès au financement bancaire « normal ». Dans l’enquête de la Banque mondiale auprès des entreprises, seules 4% des entreprises marocaines citent l’accès au financement comme principal obstacle à leur développement en 2019 contre 9,8% dans l’édition de 2013. Ce facteur est ainsi passé du 4ème au 8ème rang des obstacles cités », nuance Abdellatif Jouahri, pour qui les principaux obstacles évoqués par les entreprises sont la corruption, la pression et la lourdeur de la fiscalité et la concurrence déloyale des activités informelles.

Les données de la même enquête de la Banque mondiale montrent que le niveau des garanties exigées par les banques a largement diminué, insiste Jouahri :

  • Le niveau du collatéral exigé est passé, selon la même enquête de la Banque mondiale, de 165,7% du prêt en 2013 à 63,4% en 2019, soit le niveau le plus faible parmi l’ensemble des pays couverts par l’enquête durant les trois dernières années.
  • Le pourcentage des entreprises pour lesquelles une demande récente de crédit a été rejetée a légèrement baissé de 6,1% à 5,7%.
  • De même, la proportion des prêts qui requiert un collatéral est revenue de 84% à 71,8%.
  • L’écart entre le collatéral exigé pour les TPE et les GE est paradoxalement en faveur des TPE au Maroc, ce qui peut s’expliquer par l’effort important des autorités publiques pour soutenir le financement de cette catégorie d’entreprises, à travers notamment les programmes de garanties

L’emploi informel représente une part de 79,9% du volume global de l’emploi

Pour ce qui est des principaux obstacles au développement des entreprises, les données disponibles indiquent ce qui suit, expose Jouahri aux députés :

Concernant la corruption :

  • Selon l’indice de perception de la corruption, établi par Transarency International et qui classe les pays en fonction du degré de corruption perçu dans le secteur public par les experts et acteurs économiques, le Maroc a enregistré un recul pour la 3ème année consécutive à la 87ème place sur 180 pays en 2021, perdant ainsi 14 places par rapport à 2018 (73ème).

Sur le volet de la pression et la lourdeur fiscales :

  • Selon les données de la Banque mondiale, le niveau des impôts sur les revenus, les profits et les gains en capital est de 32,9% au Maroc, un taux supérieur à ceux de la majorité des pays de sa catégorie et largement supérieur à celui de certains pays comme la Jordanie (13,2%), la Turquie (18,5%), la République Tchèque (16,5%) et la Pologne (13,3%).
  • Selon des données de 2021 de KPMG, avec un taux d’IS de 31% (appliqué aux résultats supérieurs à 1 MDH), le Maroc est au-dessus des moyennes africaine (27,5%) et mondiale (23,7%).

Pour ce qui est du secteur informel :

  • L’enquête du HCP menée en 2013 et qui regroupe toutes les unités qui exercent des activités non agricoles, sans se conformer aux dispositions statutaires et comptables en vigueur, a estimé le poids du secteur informel à 11,5% du PIB et à 36,2% de l’emploi non agricole. Les résultats de deux études menées par BAM en 2018 et 2020 ont montré que l’économie non observée (regroupe la production souterraine, la production illégale, la production informelle et la production des ménages pour leur propre compte) représentait autour de 30% du PIB au Maroc.
  • L’OIT définit l’emploi informel comme étant l’emploi non soumis à la législation nationale du travail, à la taxation de revenu, à la protection sociale ou au droit à des avantages comme l’indemnité de licenciement ou les congés payés ou de maladie. Il représente une part de 79,9% (2019) du volume global de l’emploi.

« Évidemment, nous espérons que ces chiffres vont devoir changer avec la mise en œuvre du chantier de la généralisation de la protection sociale », lance Abdellatif Jouahri.

 

Part de l’emploi informel (en %)

Source : « Femmes et hommes dans l’économie informelle, un panorama statistique », OIT, 2019.

En plus de ces caractéristiques structurelles, la fragilité du tissu productif national aurait été largement accentuée par la crise de la pandémie, souligne Jouahri.

En effet, il ressort des enquêtes réalisées par le HCP pour appréhender les effets de la crise que, durant la période du confinement, les entreprises organisées auraient perdu près de 726 000 emplois, soit 20% de leur main d’œuvre. Ces constats sont en ligne avec ceux qui ressortent des données de la CNSS qui font état d’une chute, en glissement annuel, de l’effectif des salariés déclarés de 33,9% en avril 2020, ce qui correspond à une perte de plus de 850 000 emplois.

Les résultats des enquêtes de la Banque mondiale sur le suivi des impacts de la crise sur les entreprises privées au Maroc révèlent qu’entre décembre 2019 et juin 2021, 47% des entreprises ont diminué le nombre de travailleurs permanents. Cette part atteint 48% pour les PME et 38% pour les grandes entreprises.

L’incertitude qui constitue l’un des facteurs les plus importants inhibant l’investissement a atteint des niveaux exceptionnels et persistants, explique Jouahri. Selon l’enquête de la Banque mondiale conduite en juin 2021, seules 22,6% des entreprises prévoyaient l’acquisition d’immobilisations neuves ou d’occasion au cours des 6 mois suivants. Dans le même sens, les résultats de l’enquête du HCP publiés la semaine dernière, montrent que 71% des entreprises ne prévoient aucun projet d’investissement en 2022.

« Le niveau de croissance est insuffisant pour l’amélioration des conditions de vie des Marocains »

Pour conclure sa présentation, le Wali de Bank Al Maghrib a tenu à rappeler qu’en dépit de la persistance de l’incertitude, l’économie nationale aurait enregistré une croissance de plus de 7% en 2021 après une contraction de 6,3% en 2020.

En parallèle, la confiance des investisseurs étrangers dans l’économie nationale s’est maintenue comme le laissent indiquer les données sur les IDE, leurs recettes s’étant établies à 27,5 MMDH en 2020 et à 32,2 MMDH en 2021 contre 34,5 MMDH en 2019. Dans le même sens, les transferts des MRE atteignent des montants record.

Toutefois, indique-t-il, la crise a mis en exergue l’étendue de la fragilité du tissu économique et du marché du travail ainsi que la vulnérabilité de larges franges de la population.

« Ce qui reste préoccupant c’est qu’après ce rebond, en partie mécanique, l’économie nationale devrait retrouver le rythme de croissance d’avant-crise et qui était autour de 3,5% en moyenne avec des variations d’une année à l’autre selon les conditions climatiques. Ce niveau reste largement insuffisant pour l’amélioration des conditions de vie de la population et la création d’un nombre suffisant d’emplois de qualité », s’alarme Jouahri.

« Aujourd’hui, notre pays se doit de relever ce défi dans un contexte post-Covid marqué par un niveau d’incertitude toujours élevé et par des changements de paradigmes profonds que la crise a induits ou accélérés. Il s’agit notamment de la digitalisation, de l’impératif du verdissement de l’économie, d’une remise en question du multilatéralisme et d’une forte montée du souverainisme ».

« Pour faire face à l’ensemble de ces défis et atteindre ses objectifs de développement, notre pays a lancé durant les dernières années plusieurs réformes et chantiers structurels, les plus importants l’ayant été à l’initiative de Sa Majesté le Roi dont en particulier l’élaboration d’un nouveau modèle de développement ».

Aujourd’hui, il est nécessaire, note Jouahri dans sa conclusion, d’accélérer le rythme de réalisation de ces chantiers notamment les plus importants :

  • Accorder la priorité nécessaire au renforcement du tissu productif pour en faire émerger des champions aptes à faire face à la concurrence internationale et à jouer un rôle de locomotive pour les TPME ;
  • Continuer à lutter contre les disparités et œuvrer pour une croissance plus inclusive et une distribution équitable des fruits de la croissance pour soutenir l’ascension sociale ;
  • Accélérer la mise en œuvre des réformes visant l’amélioration du climat des affaires : charte de l’investissement, simplification des procédures administratives, opérationnalisation du Fonds Mohammed VI pour l’investissement, réalisation des engagements du Maroc vis-à-vis du GAFI, … ;
  • l’amélioration de la qualité de la gouvernance à tous les niveaux, la lutte contre la corruption, la consécration des principes du mérite et de la reddition des comptes,…;
  • l’accélération des chantiers structurels dont notamment la refonte du système d’éducation et de la formation professionnelle, nécessaire pour produire les cadres et la main-d’œuvre dont a besoin notre pays, pour améliorer la productivité et la compétitivité de l’économie ;
  • pour renforcer les marges nécessaires au financement des réformes et chantiers structurels, il est nécessaire d’accélérer la mise en œuvre de la loi cadre sur la fiscalité et procéder à des revues régulières de la dépense publique et de parachever la réforme des systèmes de retraite. Il s’agit également d’accélérer la mise en place du registre social unifié, nécessaire à la poursuite de la refonte de la politique sociale de notre pays ;
  • pour assurer une cohérence de l’ensemble des chantiers et une efficience dans l’utilisation des ressources, il est nécessaire d’instaurer la culture d’évaluation dans le cadre d’une vision stratégique avec une priorisation des objectifs et des ressources.

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