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Récoltes, cheptel.. : les bonnes nouvelles de Mohammed Sadiki (1/3)

ENTRETIEN. Une récolte céréalière meilleure que ce que l'on craignait. Des cultures de printemps qui ont démarré encore mieux que l'année dernière. Et un cheptel en très bon état.

Récoltes, cheptel.. : les bonnes nouvelles de Mohammed Sadiki (1/3)

Le 24 avril 2022 à 17h30

Modifié 25 avril 2022 à 7h20

ENTRETIEN. Une récolte céréalière meilleure que ce que l'on craignait. Des cultures de printemps qui ont démarré encore mieux que l'année dernière. Et un cheptel en très bon état.

Pour dire les choses simplement, Mohamed Sadiki a un profil de premier de la classe dans le domaine agricole. Sa formation le destinait d’ailleurs à cela et son humilité n’est pas feinte, c’est celle des vrais experts. Les opérateurs des secteurs qu’il gère le connaissent, le respectent et l’écoutent car il a établi une relation de confiance avec eux.

Ingénieur d’Etat en agronomie, titulaire d’un Doctorat d’Etat ès sciences agronomiques et d’un PhD de l’Université du Minnesota (USA), il a été directeur de la recherche scientifique à l’INAV (Institut agronomique et vétérinaire Hassan II) avant de diriger cette institution. Repéré par Aziz Akhannouch, il est nommé en 2013 secrétaire général du ministère de l’agriculture. En octobre 2021, après les élections, c’est tout naturellement qu’il succède à son ministre à la tête d’un département dont il connaît les rouages, les objectifs et les stratégies.

Ministre de l’agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts, nous l’interrogeons seulement sur le premier secteur et l’entretien a duré 100 minutes.

Cet entretien sera publié en trois parties, dont voici la première qui concerne l’actualité.

Une récolte meilleure que prévu

Médias24: Commençons par le chiffre qui va peser sur la croissance économique. Quelles sont vos prévisions de récolte céréalière ?

Mohammed Sadiki :  Sur la base des indicateurs actuels de végétation, nous pensons que la récolte de céréales sera bien meilleure que les récentes prévisions de mars où il était question de 15 ou 20 millions de quintaux. Fin avril, nous aurons une estimation plus précise.

Les céréales sont au stade déterminant de remplissage des grains.

-Les dernières pluies ont-elles eu un impact positif sur les céréales ?

-Absolument. Elles ont permis un certain rattrapage sur les blés et l’orge et, surtout, donnent de bonnes perspectives pour les cultures de printemps.

Dans les régions de bour favorable, c’est-à-dire la partie nord du pays au-dessus de la haute Chaouia, Casablanca, Rabat, Fès-Meknès, Loukkos, les céréales ont repris. Nous avons été, agréablement, surpris en effectuant nos tournées. Et ces pluies ont créé les conditions favorables pour passer une bonne saison printanière.

Leur effet est très positif sur l’arboriculture. Mars- avril, c’est la période de floraison de la plupart des espèces arboricoles, l’olivier, les agrumes, les rosacées, c’est un stade très sensible et déterminant pour l’arboriculture des espèces qui produisent en général en automne à partir de septembre. Et bien sûr, dans le sud aussi, le palmier dattier a nettement bénéficié de ces pluies.

-Comment s’est déroulée cette campagne jusqu’à présent et depuis l’automne ? Quelles en ont été les principales étapes ?

-Sur le plan climatique, cette année est atypique et historique. Jusqu’à fin février, le déficit hydrique était de 70% par rapport à la normale, c’est-à-dire la moyenne des 30 dernières années. Nous n’avions pas connu une telle sévérité climatique depuis 1981.

Les cultures d’automne n’ont pas été installées au bon moment. Au total, 4,2 millions d’hectares de cultures ont été installées, dont 3,5 millions en céréales et le reste en légumineuses et fourrages.

Vers le mois de décembre, le couvert végétal s’est dégradé, tant au niveau des parcours qu’au niveau des cultures proprement dites.

Fin février, la situation s’est encore plus dégradée mais grâce à l’intervention de Sa Majesté et ses hautes instructions, nous avons immédiatement mis en place un programme d’urgence pour pouvoir d’abord sauvegarder le capital animal puis le capital végétal.

Les pluies de début mars jusqu’à la première quinzaine d’avril ont nettement atténué l’impact du retard pluviométrique. Elles ont dépassé les 100 mm soit +132% par rapport à l’année dernière et plus de 80% de mieux, par rapport à la moyenne des 30 dernières années. Au final, le déficit pluviométrique de la saison a été réduit et limité autour de 32% à 33% par rapport à une année normale.

Pour ce qui concerne les cultures d’automne, nous avons donc environ 1,45 million d’hectares dans un état moyen à bon selon les zones. C’est la superficie productive possible potentielle sur les 3,5 millions d’origine. 1,7 million d’hectares sont perdus. Et 10% sont dans un état médiocre et donneront de la paille mais peu ou pas de grain.

272.000 ha consacrés aux cultures de printemps contre 183.000 seulement en 2021

-Et comment s’annoncent les cultures de printemps ? Selon les échos que nous avons, dans des régions comme Casablanca, les agriculteurs ont été découragés par la situation pluviométrique et n’ont pas effectué les mises en place en janvier et février.

– Je pense que nous aurons une bonne saison de printemps.

Effectivement, nous ne faisons pas le plein des superficies mais c’est parce que les superficies disponibles sont plus importantes que d’habitude. En réalité, c’est à l’automne qu’on n’a pas fait le plein des superficies céréalières en raison du déficit pluviométrique. Les agriculteurs se sont alors retrouvés avec d’importantes superficies disponibles.

Cette année, 272.000 hectares sont consacrés aux cultures de printemps contre 183.000 l’année dernière. Maintenant, tout dépendra des rendements, mais nous sommes optimistes.

L’installation des cultures annuelles de printemps qui, en général, ont un cycle plus court que les cultures d’automne s’est bien déroulée. Il s’agit surtout de maïs fourrage, de légumineuses essentiellement le pois chiche, le haricot, le tournesol, des cultures oléagineuses…  Il est possible que la production de pois chiche couvre totalement les besoins jusqu’à l’année prochaine.

 

-Combien pèsent ces cultures maintenant dans le PIB agricole ? On sait que le poids des céréales a baissé…

-Le poids des céréales dans le PIB agricole a été ramené de 29% à moins de 14%. Le poids de l’arboriculture a augmenté, en passant de 15 à 25%. Celui des fourrages et cultures industrielles de 7 à 14%. L’élevage est resté stable à environ 31%, donc c’est le double des céréales. Le poids des cultures de printemps est de 3 à 4% du PIB agricole.

Aujourd’hui, le Maroc produit davantage de céréales par hectare, avec moins d’eau

-La production moyenne de céréales a fortement augmenté depuis 2008. Aujourd’hui, 70 millions de quintaux est une récolte moyenne. Comment vous avez fait?

– Aujourd’hui, le Maroc produit davantage par hectare de céréales, avec moins d’eau. La différence avec le passé, c’est qu’aujourd’hui, la goutte d’eau est mieux exploitée, mieux valorisée. A pluviométrie égale, les rendements ont augmenté en raison des variétés, des semences, de la technicité des agriculteurs.

Je signale au passage que dans les zones où il y a l’arboriculture, les agriculteurs ont continué à faire des cultures associées, c’est-à-dire à cultiver des céréales entre les lignes des plantations, essentiellement l’orge d’ailleurs.

Et lorsque vous discutez avec les agriculteurs, je peux vous dire que dans 60% des cas, surtout chez les petits, l’objectif de la production céréalière c’est la production animale, ce n’est pas le grain. Valoriser leur production de céréales se fait d’abord à travers leur propre production animale, c’est un objectif essentiel qui passe avant le grain.

-L’amélioration pluviométrique a limité les dégâts et permis un rattrapage pour les céréales. Elle donne de gros espoirs pour les cultures de printemps. Comment se porte alors ce cheptel qui représente 31% du PIB agricole ?

-Dans un très bon état, Dieu merci. On revient de loin. D’abord, il y a eu les directives royales du mois de février qui ont stoppé la dégradation et ont amélioré la situation du cheptel. Ensuite, il y a eu les pluies de mars avril.

Nous avons eu des inquiétudes sérieuses en janvier et février. Les prix des animaux commençaient à s’effondrer sur les marchés.

Dès l’annonce des instructions de Sa Majesté, le fellah a eu un horizon, il a su que la situation allait s’améliorer. Ceci a stoppé l’effondrement des prix, parce que les agriculteurs n’avaient plus besoin de vendre coûte que coûte les bêtes.

L’Etat a cédé de l’orge qu’il a subventionné, à 40% de son prix de revient ; au prix de 200 DH le quintal au lieu de 500 et a fourni de l’aliment composé, de l’eau pour l’abreuvement du cheptel.

Une semaine après l’annonce des mesures, les prix ont commencé à remonter, ce qui était très bon signe. Depuis le lancement du programme à aujourd’hui, les prix des bêtes ont gagné de 500 DH  à 700 DH par tête. Nous sommes, à peu près, à des prix comparables à ceux de l’année dernière à la même période. Même les prix des fourrages ont légèrement baissé au niveau national.

Nous avions également des inquiétudes concernant la santé du cheptel car les déficits pluviométriques affaiblissent les bêtes et sont propices aux maladies. Nous suivons cela de près et nous avons des rapports hebdomadaires de l’ONSSA qui sont très rassurants. Des campagnes de vaccination et de traitement ont été lancées.

Les effectifs du cheptel sont donc maintenus et ont même légèrement augmenté.

-Les prix vont donc certainement augmenter pour l’aïd. Les agriculteurs vont engranger des bénéfices… Où en êtes-vous avec l’Aïd ?

-Nous avons commencé les préparatifs, identification, authentification d’abord des unités d’engraissement, puis le suivi sanitaire de ces unités, puis identification individuelle des animaux destinés à l’abattage. Une opération de traçabilité que l’on conduit, depuis 4 ans et qui est désormais bien rodée.

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