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Conflit RAM-pilotes stagiaires : revendications et arguments des uns et des autres

Après deux ans d’une crise sanitaire qui a suspendu leur recrutement à la RAM, 105 pilotes stagiaires exigent d’être intégrés aux mêmes conditions que celles appliquées à leurs prédécesseurs. Une demande rejetée par la direction qui estime que le contexte de crise doit aboutir à des concessions salariales.

Conflit RAM-pilotes stagiaires : revendications et arguments des uns et des autres

Le 28 avril 2022 à 16h36

Modifié 28 avril 2022 à 17h15

Après deux ans d’une crise sanitaire qui a suspendu leur recrutement à la RAM, 105 pilotes stagiaires exigent d’être intégrés aux mêmes conditions que celles appliquées à leurs prédécesseurs. Une demande rejetée par la direction qui estime que le contexte de crise doit aboutir à des concessions salariales.

Pour faire le point dans le conflit qui oppose 105 jeunes pilotes stagiaires au sein de Royal Air Maroc (RAM), Médias24 a donné la parole à un représentant de chacune des deux parties qui bien qu’irréconciliables en apparence pourraient, au regard de la reprise mondiale du trafic aérien, trouver d’ici 2023 un terrain d’entente.

« 105 candidats sélectionnés qui ont tout abandonné pour rejoindre la RAM »

Pour cela, nous avons, dans un premier temps, sollicité un membre de la coordination des pilotes stagiaires qui est revenu, anonymement, sur la genèse d’un conflit qui a bloqué leur recrutement.

« Pour mieux comprendre le blocage, il faut revenir à 2015 où la RAM a lancé un concours réservé à des étudiants souhaitant suivre une formation de pilote à l’école de l’aviation civile de Toulouse, avant d’être embauchés par la compagnie publique. »

« D’une moyenne d’âge de 27 ans, la plupart des 105 candidats retenus ont choisi de changer d’orientation professionnelle pour passer d’un statut d’ingénieur d’Etat à celui de pilote de ligne pour la RAM, qui s’est d’ailleurs portée garante pour les crédits bancaires souscrits par les étudiants pour financer leur cursus. »

« Les pilotes stagiaires ont été suspendus et pas licenciés »

« Sachant que les 105 pilotes stagiaires viennent de promotions différentes, 68 d’entre eux, rentrés au Maroc avant la crise sanitaire qui a démarré fin mars 2020, étaient en cours d’intégration à la RAM, tandis que les 37 restants complétaient leur formation à Toulouse. Contrairement à ce que laisse entendre la RAM, sa volonté était donc bel et bien de former puis d’embaucher ce contingent des 105 futurs pilotes. »

« A partir d’avril 2020, la compagnie nationale coupe tout contact, et ce n’est qu’en août que le département RH nous adresse deux courriers, dont le premier notifiait notre simple suspension, tandis que le deuxième promettait de nous reprendre à la fin de la crise, dans les mêmes conditions que celles qui avaient été conclues précédemment », révèle notre source en assurant qu’il n’avait jamais été question de se séparer d’un des 105 pilotes stagiaires.

« Si la campagne massive de licenciements a touché nombre de pilotes confirmés, notre groupe n’était pas concerné car il était stipulé que ses membres étaient suspendus en attendant leur retour au sein de la compagnie à l’issue de la crise. »

« Une sortie de crise espérée en avril 2022 qui tourne court »

« En effet, contrairement à nos aînés qui avaient reçu des lettres de licenciement, nous avons eu droit à un premier courrier de suspension valable jusqu’à avril 2021, puis un deuxième jusqu’à avril 2022, resté sans suite. »

« C’est la raison pour laquelle notre coordination s’est rendue au début du mois courant au siège de la RAM et, face au refus de la direction de nous recevoir, nous avons effectué un sit-in pour manifester notre incompréhension devant le silence de la compagnie qui semble nous avoir oubliés depuis une réunion tenue en décembre dernier avec des membres de la direction générale. »

« Le recrutement devra se faire par la RAM, et non par sa filiale AMS »

« Lors de cette rencontre, nous étions prêts à faire des concessions, voire à travailler gratuitement un certain temps, mais avec le groupe RAM et pas avec sa filiale Atlas Multiservices (AMS) comme on essaye de nous l’imposer, alors qu’il n’a jamais été question de changer les termes de notre embauche. »

« Faut-il rappeler que la RAM a lancé le concours, sélectionné les 105 candidats et s’est portée garante pour leurs prêts bancaires, alors que sa filiale AMS n’est pas une compagnie aérienne, et que nous risquons de perdre notre licence de pilotage en signant un contrat avec elle », rappelle le représentant du collectif qui juge possible un recrutement progressif des 105 pilotes stagiaires par la RAM, et non par sa filiale.

« Nous n’accepterons pas que la RAM prenne prétexte du contexte international de crise pour commence à recruter sa première ressource humaine, à savoir le personnel navigant, via l’intermédiation qui permet d’instaurer une plus grande flexibilité d’emploi et donc d’éventuels licenciements à la clé », avance notre source en insistant sur le nécessaire respect des accords antérieurs pour sortir de la crise.

« Lors de deux réunions en décembre 2021, la direction nous a proposé ou plutôt imposé de signer un contrat d’embauche avec la filiale AMS, une option à prendre ou à laisser avec des menaces de poursuites judiciaires et d’annuler la garantie bancaire de la RAM concernant le prêt pour ceux qui refuseraient », conclut le pilote stagiaire qui espère que le sort de ses collègues sera vite tranché.

« La filiale AMS offre pourtant les mêmes droits que RAM »

Interrogée sur le refus des pilotes stagiaires de signer un contrat avec AMS pour ne pas perdre leur licence de pilote, une source fiable proche de la compagnie nationale nous a assuré qu’il n’y avait aucune différence entre la maison mère RAM et sa filiale Atlas Multiservices.

« Dans le monde, il y a des dizaines de milliers de pilotes qui travaillent avec des sociétés de brokers qui n’ont pas le statut de compagnie aérienne et, pourtant, ils ne perdent pas leur licence comme le soutient le groupe des 105 pilotes stagiaires. »

« Même inexactitude quand ils prétendent qu’une signature de contrat avec AMS, qui fait pourtant partie du groupe RAM, leur fera perdre la caution bancaire de leur prêt étudiant. Ayant garanti leur crédit à l’origine, pourquoi voudriez-vous que la filiale AMS ne le fasse plus du jour au lendemain ? »

« 30 pilotes des 105 stagiaires seront embauchés à la fin de l’été »

« Avec dix avions qui sont toujours cloués au sol, nous n’avons pas les moyens de recruter la totalité du groupe, mais il est évident que nous le ferons au fur et à mesure que nos besoins grandiront. Les premiers candidats seront les premiers recrutés, et nous procéderons par vague tous les six mois. »

« S’il est difficile de prévoir le temps qui sera nécessaire pour embaucher les 105 candidats, nous sommes aujourd’hui en mesure de finir la formation d’une trentaine d’entre eux pour qu’ils soient embauchés juste après l’été. En effet, notre objectif n’est pas de les recruter pour l’été, car la RAM n’a pas besoin d’eux pour cette période, mais plutôt pour remplacer le groupe de pilotes qui partent à la retraite chaque année. »

« Les nouveaux employés de la RAM auront tous un salaire inférieur de 30% par rapport à 2020 »

« Plusieurs ont déjà signé depuis janvier un contrat avec la filiale AMS du groupe RAM pour un salaire qui représente quatre ou cinq fois celui d’un ingénieur d’Etat, mais moins élevé de 33% que celui d’avant la crise, tout en se situant à un niveau proche des salaires en Europe. »

« A ce propos, que ce soit pour le personnel navigant ou les cadres en interne, le groupe qui a été confronté à la pire crise financière de son existence ne recrute plus avec les mêmes conditions salariales. D’ailleurs, nous avons repris une vingtaine de pilotes licenciés pour motif économique qui n’avaient pas porté plainte contre leur employeur, avec une grille salariale moins avantageuse qu’avant mars 2020 », conclut notre interlocuteur en laissant entendre que la RAM recrutera l’ensemble du groupe d’ici 2023 ou 2024.

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