Argentine: bras de fer engagé entre le gouvernement et les producteurs de viande

(AFP)

Le 18 mai 2021

Les producteurs de viande argentins ont engagé un bras de fer avec le gouvernement en répondant mardi par la grève à la suspension des exportations de viande annoncée la veille afin de contenir la flambée des prix sur le marché intérieur.

La question du prix de l’entrecôte est un sujet sensible pour les Argentins, couronnés plus gros mangeurs de boeuf et de veau au monde par l’OCDE. Même si elle diminue, la consommation de viande bovine atteint 49,2 kilos en moyenne par an et par personne, indique la Chambre d’industrie et de commerce de la viande et des produits carnés d’Argentine (CICCRA).

Mais les Argentins doivent faire face à l’une des inflations les plus élevées de la planète. Le coût de la vie a augmenté de 46,3% au cours des 12 derniers mois et le prix du kilo de boeuf de 65,3% en avril par rapport au même mois de l’année dernière, a rapporté l’Institut pour la promotion de la viande bovine argentine (IPCVA).

Tout comme d’autres matières premières, tels le blé ou le soja, le prix du boeuf sur le marché international s’est envolé.

Pour le président Alberto Fernandez, il était temps d’agir afin de contenir la grogne sociale au pays de l’asado, le barbecue argentin.

« Le sujet de la viande est hors de contrôle. Le prix augmente mois après mois sans justification. Nous devons mettre de l’ordre », a déclaré mardi le chef de l’Etat à Radio 10.

« Nous ne pouvons pas regarder les prix augmenter sans justification, dans ce cas précis le prix de la viande augmente alors que sa consommation diminue », a-t-il insisté.

En conséquence, son gouvernement de centre-gauche a décidé lundi de suspendre pour 30 jours les exportations de viande bovine en raison du fort impact de la hausse des prix des denrées alimentaires sur l’indice d’inflation.

Dans un communiqué, la présidence a expliqué que cette décision a été prise dans l’attente d’un « ensemble de mesures visant à mettre de l’ordre dans le fonctionnement du secteur, restreindre les pratiques spéculatives et éviter l’évasion fiscale ».

Le gouvernement tente de freiner l’augmentation du panier alimentaire de base, alors que la pauvreté frappe 42% de la population, avec des programmes de contrôle des prix consentis par les milieux d’affaires.

Ainsi, les usines de conditionnement de viande proposent des morceaux à prix réduits mais, selon M. Fernandez, ils ne représentent qu' »une miette de 8.000 tonnes alors que 200.000 tonnes de viande sont consommées ici chaque mois ».

Frappée par la pandémie de Covid-19, l’économie de l’Argentine s’est contractée de 9,9% en 2020.

– 9 jours sans viande –

Avec 819.000 tonnes en 2020, l’Argentine est le quatrième exportateur mondial de viande bovine, derrière le Brésil, l’Australie et l’Inde. Le pays a exporté pour 3,37 milliards de dollars de produits bovins en 2020, soit une baisse de 16,5% par rapport à 2019, principalement vers la Chine, l’Allemagne et Israël, selon l’institut des statistiques Indec.

Pour le directeur de la CICCRA, ce gel des ventes à l’étranger « est absolument néfaste », alors que les exportations de produits agricoles représentent la principale source de devises pour le pays.

« Il n’est pas possible de laisser un secteur qui emploie plus de 100.000 personnes dans une situation où il est responsable de l’inflation », a déclaré Miguel Schiaritti à l’AFP.

« Cette décision détruit l’image de l’Argentine en tant que fournisseur fiable et nous allons céder des parts de marchés à nos principaux concurrents », a réagi Daniel Pelegrina, directeur de la Société rurale, le syndicat patronal des grands propriétaires terriens.

Mardi, les producteurs de viande sont passés à l’action en annonçant « l’arrêt de la commercialisation de toutes les catégories de bétail » du jeudi 20 mai à la première heure jusqu’au vendredi 28 mai à minuit, soit neuf jours.

Pour l’éleveur Pedro Peretti, ancien président de la Fédération agraire argentine (FAA) des petits producteurs, qui a soutenu le gouvernement, le problème réside dans « le niveau de concentration énorme » des industriels de l’élevage où « pas plus de 3.000 producteurs détiennent 40% des troupeaux ».

Le 18 mai 2021

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