« L’école est finie »: Pékin siffle la fin des cours de soutien

(AFP)

Le 30 juillet 2021

Plus de cours de soutien le week-end ni pendant les vacances: prises au dépourvu par le tour de vis de Pékin au secteur éducatif privé, des familles obsédées par la réussite de leurs enfants cherchent un plan B.

L’industrie des cours de soutien et des préparations d’examens est un créneau extrêmement juteux en Chine, où l’enseignement est particulièrement compétitif et élitiste.

Un décret du gouvernement publié le week-end dernier est venu bousculer les parents chinois, qui ont pour habitude d’inscrire leurs enfants à une multitude de cours extrascolaires, souvent fort coûteux.

Perçus comme indispensables à la réussite, les cours de soutien sont désormais dans le collimateur des autorités, qui cherchent à stimuler la natalité sur fond de ralentissement économique.

Pékin veut transformer le lucratif secteur éducatif et le rendre non commercial, en limitant drastiquement le volume des cours.

Objectif: alléger la surcharge de travail des écoliers chinois et surtout la pression financière sur leurs parents — principal frein à la procréation.

Mais Mme Zhao, mère de 42 ans qui n’a pas souhaité donner son nom complet, l’assure: « sans cours de soutien, il sera compliqué » pour son enfant de réussir à l’école.

Sur son temps libre, sa progéniture, âgée de huit ans, suit des classes de chinois, de mathématiques et même d’anglais.

– « Poussins survoltés » –

En vertu de la nouvelle réglementation, les établissements privés ne pourront plus enseigner le week-end, les jours fériés ou durant les vacances scolaires les matières obligatoires à l’école (maths, physique-chimie…).

En pratique, ils pourront toujours dispenser d’autres activités (apprentissage d’un instrument de musique, sport…).

La date d’entrée en vigueur de ces mesures, qui visent spécifiquement enfants et adolescents, n’est pas connue.

Les parents interrogés par l’AFP doutent que ces restrictions règlent le fond du problème: l’esprit de compétition dès le plus jeune âge, qui pousse à la surenchère d’activités extrascolaires.

« Je ne crois pas à l’efficacité » de cette réforme, indique Jin Song, dont la fille entre au collège.

« Ceux qui ont plus d’argent trouveront toujours un moyen » de contourner les interdictions, assure cet employé de 45 ans. Et d’évoquer « l’impossibilité d’interdire les cours particuliers ».

En Chine, les élèves qui jonglent avec des emplois du temps à rallonge sont surnommés les « poussins survoltés ». Un terme sarcastique qui fait référence à l’hyper stimulation permanente entretenu par leurs parents.

– « Inacceptable » –

Selon un récent sondage, plus de 90% des parents, sur 4.000 interrogés, envoient leurs enfants à des cours périscolaires.

La moitié y consacre plus de 10.000 yuans (1.300 euros) par an, un montant bien supérieur au salaire moyen en Chine.

Des entreprises capitalisant sur l’anxiété des parents et des élèves maintenus sous pression: Pékin a sifflé la fin de la récré car la situation était devenue « inacceptable », estime l’analyste Ether Yin, du cabinet Trivium.

« Les décideurs ont jugé que le soutien scolaire privé représentait un grand danger pour le bien-être social », selon M. Yin.

Quitte à sacrifier un secteur qui pèse des milliards.

Le tour de vis a fait plonger les actions des champions des cours privés et entraîné une chute de la Bourse de Hong Kong, qui a lâché plus de 10% en trois séances.

En mars, le président Xi Jinping avait qualifié de « maladie tenace » les abus observés dans le secteur éducatif et promis d’y remédier.

Non sans arrière-pensée politique et idéologique, veut croire Alex Capri, chercheur de la fondation Hinrich.

– Incertitude et licenciements –

« Le secteur éducatif privé sert généralement de rampe de lancement pour des élèves qui cherchent à intégrer des universités étrangères », relève M. Capri.

Or, selon lui, cette approche « promeut souvent des points de vue en contradiction » avec ceux du Parti communiste au pouvoir.

Ce durcissement réglementaire offre au régime une opportunité de « mieux contrôler les contenus éducatifs », estime M. Capri.

D’autant que la réforme interdit dorénavant aux entreprises de dispenser des cours en ligne depuis l’étranger.

Nombreuses sont celles qui avaient recours à des professeurs basés hors de Chine pour enseigner l’anglais à distance.

Dans le quartier de Haidian à Pékin, où se trouvent de prestigieuses universités et de nombreux établissements de soutien scolaire, les adolescents affluent encore pour des cours d’été en pleines vacances scolaires.

Les enseignants vaquent pour le moment à leurs activités comme si de rien n’était.

Mais le maintien des cours à l’automne est incertain et certains établissements commencent déjà à licencier.

Pour survivre, ces sociétés vont « devoir radicalement changer de modèle économique », prévient l’analyste Dave Wang, du fonds d’investissement Nuvest Capital, basé à Singapour.

Le 30 juillet 2021

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