« On pleure beaucoup »: un imam accablé par la détresse des réfugiés au Mozambique

(AFP)

Le 26 mai 2021

L’imam est en première ligne. Sa petite mosquée jouxte la plage de Pemba, dans le nord du Mozambique, où des bateaux de pêche arrivent chargés de réfugiés des violences jihadistes. « On pleure beaucoup » ici, dit-il, implorant l’aide de Dieu mais aussi des hommes.

« Ils arrivent ici désespérés, très tendus », décrit-il à l’AFP, sa voix et ses gestes trahissant une grande inquiétude.

Dans sa salle de prière toute simple, au sol recouvert de tapis, le cheikh Sufo Mussa fronce le sourcil et prépare la prière. L’avenir lui semble bien incertain, dans sa province pauvre et majoritairement musulmane du Cabo Delgado.

Les groupes armés jihadistes y sèment la terreur depuis fin 2017, leurs attaques sont montées en puissance depuis un an. Ils pratiquent une violence spectaculaire, pillant et incendiant les villages, décapitant des hommes, enlevant des jeunes femmes.

Dans la paisible mosquée bleue et blanche, appelée Aldjadida, de rares fenêtres ajourées laissent entrer la lumière. Les rideaux en coton léger se soulèvent régulièrement, comme une respiration, laissant entrer une légère brise. Dehors, le bruit joyeux d’enfants qui jouent dans la cour sablonneuse.

« Ce sont des réfugiés. Ceux là viennent de Palma », petite ville qu’on croyait sûre parce que située tout près du complexe gazier du groupe Total, mais que les jihadistes ont attaquée fin mars. Il montre deux garçons soignés de cinq ou six ans, habillés à l’identique.

La plage de Paquitequete est seulement à quelques centaines de mètres. Un jour sur deux ces derniers temps, des réfugiés arrivent, par dizaines, désorientés après huit ou neuf jours de navigation agitée dans l’océan Indien.

Ils débarquent leurs affaires nouées dans des draps, au-dessus de leur tête. Des jerricans, des matelas. Et quand c’est fini, ils restent un moment tranquille, groupés sur le sable, comme sidérés. Après plusieurs nuits sur place, ils sont hébergés chez des cousins ou des inconnus, transférés vers des camps.

– Trop « seuls » –

A Pemba, beaucoup accueillent des réfugiés. « Y’a pas le choix ». L’imam de 61 ans – barbe poivre et sel, tunique chocolat et or avec kufi assorti sur le haut du crâne – en reçoit une trentaine, dans des petits abris construits derrière la mosquée.

Comme beaucoup de Mozambicains qui subissent les conséquences des violences jihadistes, qui ont déjà tué 2.800 personnes et en ont forcé 700.000 à fuir, il est déconcerté par l’inefficacité et la lenteur apparente des efforts pour les contenir.

« On pleure beaucoup », confie-t-il à l’AFP. « Est-ce que quelqu’un nous entend? Pour ceux qui nous écoutent, pouvez-vous sentir dans votre coeur, et penser aussi dans votre tête, que nous sommes aussi des personnes créées par Dieu? S’il vous plaît aidez-nous, aidez-nous, aidez-nous… », plaide l’imam, agitant les mains.

Il désire ardemment une intervention militaire et une aide internationale. « Nous n’y arriverons pas seuls », soupire-t-il, alors que le président Filipe Nyusi se montre réticent depuis des mois, insistant sur la souveraineté du pays indépendant depuis 1975.

Si la violence n’est pas rapidement contrecarrée, « il n’y aura plus de Cabo Delgado », craint-t-il.

« Pourquoi nos voisins ne nous aident-ils pas? Parce que lorsqu’ils (les jihadistes) partiront d’ici, ils iront au Zimbabwe, en Afrique du Sud… Ils doivent s’unir pour nous aider », plaide-t-il. « On ne peut pas vivre comme ça. Sans aide, nous sommes comme un hôpital sans médicaments ».

Les dirigeants d’Afrique australe (SADC) devaient se réunir jeudi à Maputo pour discuter de l’éventuel déploiement de 3.000 hommes. Lisbonne et Washington ont déjà envoyé des militaires au Mozambique pour des missions de formation.

L’imam se souvient des débuts de ces jihadistes voyous. Les chefs religieux avaient alerté du danger quand ils ont vu des hommes « entrant dans la mosquée avec leurs chaussures, des couteaux dans leurs tuniques. Nous avons dit alors: ce n’est pas l’islam ça ».

Mais leurs avertissements aux autorités sont restés sans suite.

En décembre, le président Nyusi avait reconnu que son gouvernement était au courant d’une radicalisation islamiste dans le Cabo Delgado, cinq ans avant leurs premières attaques sanglantes.

Le 26 mai 2021

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