Total en fait-il assez pour le climat? La parole aux actionnaires

(AFP)

Le 28 mai 2021

Total en fait-il assez pour le climat? Les actionnaires se prononcent vendredi 28 mai sur la stratégie du géant des hydrocarbures, qui se renomme TotalEnergies pour marquer sa diversification, alors que certains investisseurs le pressent d'agir plus vite.

Après des assemblées générales dominées par la question climatique chez ses concurrents Chevron, ExxonMobil ou Shell, la direction du groupe français soumet pour la première fois au vote une résolution consultative sur le climat.

L’an dernier, onze investisseurs (La Banque Postale, Crédit Mutuel, Meeschaert…) avaient proposé une résolution pour contraindre Total à des objectifs climatiques plus ambitieux.

Combattue par la direction, elle avait alors été rejetée par les actionnaires mais avait tout de même engrangé 16,8% de voix favorables.

Cette fois-ci, Total a pris les devants en promouvant ses objectifs pour 2030 sur le chemin de la neutralité carbone visée en 2050.

S’agissant des produits énergétiques utilisés par ses clients (comme l’essence brûlée dans les voitures), sur un périmètre dit « scope 3 », Total s’engage par exemple à ce que les émissions aient reculé dans le monde d’ici 2030 par rapport à 2015.

Critiquant la résolution de la direction, les ONG Greenpeace et Reclaim Finance ont dénoncé une « stratégie de diversion ».

 « arrêt de l’exploration »

« On n’est pas du tout en face d’une entreprise en transition », critique Lucie Pinson, fondatrice de Reclaim Finance, citant ses nouveaux projets de production d’hydrocarbures.

Total a par exemple récemment signé des accords pour un gros projet pétrolier en Ouganda.

Plusieurs investisseurs – qui pèsent peu au capital mais sont influents pour certains – ont d’ailleurs annoncé qu’ils voteraient contre la résolution de la direction.

La société de gestion Meeschaert AM s’y opposera ainsi et demande « l’arrêt de l’exploration de nouveaux gisements pétroliers et gaziers ».

Cela alors que l’Agence internationale de l’énergie (AIE) vient de presser le monde d’oublier dès « maintenant » tout nouveau projet d’exploration pour garder le réchauffement sous contrôle.

Le fonds néerlandais Actiam a aussi confirmé à l’AFP qu’il ferait partie des rebelles.

« La stratégie n’est pas à la hauteur: le moyen d’atteindre ses objectif reste flou au vu des rythmes actuels de production et d’investissement dans les énergies fossiles, toujours significativement supérieurs à ceux dans les renouvelables », relève-t-il.

Les ONG espèrent 15% de votes négatifs, de quoi marquer au moins une victoire symbolique. Reclaim Finance dénombre pour l’instant sept actionnaires prévoyant de voter contre la résolution climat.

 « Compagnie multi-énergies »

Par ailleurs, 33 investisseurs de la coalition Climate Action 100+, engagée pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, ont écrit à la direction pour lui demander de préciser sa stratégie.

Le déclin de la production d’hydrocarbures « doit commencer avant 2030, en particulier pour le pétrole », soulignent les signataires, qui comptent Axa, Amundi ou HSBC.

Dans une évaluation de la stratégie « zéro émission nette » de certaines entreprises en mars, Climate Action 100+ avait estimé que Total ne cochait pas ou partiellement certaines cases.

Le cas de Total n’est pas isolé: après avoir été longtemps critiquées par les défenseurs de l’environnement, les entreprises du secteur sont désormais sous la pression croissante des investisseurs.

Chez Shell, une résolution en faveur d’objectifs plus ambitieux – et non soutenue par la direction – a récemment obtenu un peu plus de 30% des votes. Sans compter que la justice néerlandaise a exigé de la compagnie qu’elle relève ses objectifs de réduction des émissions.

Les actionnaires d’ExxonMobil et de Chevron ont voté mercredi pour forcer les géants américains à lutter plus énergiquement contre le changement climatique. Un fonds activiste va notamment être représenté au conseil d’administration d’Exxon.

Chez Total, les actionnaires se prononceront également sur une résolution moins controversée: le changement d’identité de l’entreprise, fondée en 1924 sous le nom de Compagnie française des pétroles, en TotalEnergies.

« Le groupe affirme sa volonté de se transformer en une compagnie multi-énergies », a expliqué le PDG Patrick Pouyanné, dont le mandat sera aussi renouvelé pour trois ans.

Encore très associé au pétrole, Total veut ainsi montrer qu’il est aussi très présent dans le gaz et, de plus en plus, dans l’électricité et les renouvelables, qui doivent représenter 20% des investissements cette année.

Le 28 mai 2021

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