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Lundi 12 novembre 2018 à 15h24
Jakaya Kikwete

Membre de la Commission internationale pour le financement des opportunités éducatives dans le monde et ancien président de la Tanzanie.

 
 
 
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Les clés de la couverture de santé universelle

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Les clés de la couverture de santé universelle
 

DAR ES-SALAAM – Trois années se sont écoulées depuis que les instances mondiales se sont engagées à atteindre un des objectifs des plus audacieux en matière de santé publique mondiale: réaliser la couverture de santé universelle d’ici 2030. L’atteinte de cet objectif se traduira par un accès à des soins abordables de prévention et de traitements pour chaque personne, et ce, dans les collectivités du monde entier.

 

Les enjeux sont beaucoup trop grands pour ne pas remplir cette promesse. Il est illusoire de vouloir enrayer la pauvreté, protéger les populations des pandémies, réaliser des progrès sur le plan de l’égalité des sexes ou réaliser l’un ou l’autre des Objectifs de développement durable 2030 (les ODD) sans accélérer les progrès vers la couverture de santé universelle.

Fort heureusement, des dirigeants nationaux commencent déjà à prendre des mesures concrètes pour élargir l’accès aux soins de santé. Comme beaucoup d’autres, j’ai d’abord pris conscience que l’on n’obtient des résultats que si l’on vient à bout de l’un des plus importants problèmes en santé, à savoir des modes d’administration des soins excessivement fragmentés.

Au lieu de traiter une maladie à la fois, il faudrait créer des réseaux où les différentes maladies des patients sont traitées en parallèle. Chaque femme devrait pouvoir consulter un prestataire de confiance pour recevoir dans sa communauté des services de planification familiale, des immunisations de routine pour ses enfants ou des traitements du diabète d’un parent vieillissant.

La meilleure manière pour les pays d’adopter une démarche intégrée est de mettre l’accent sur les soins primaires, qui sont le premier point de contact des patients avec le réseau de santé. Les prestataires de soins primaires peuvent se charger de 80% des besoins en santé. Et puisque les soins primaires sont assurés sans distinction de fortune, ils constituent la base d’une société juste et équitable.

Ayant reconnu ces avantages potentiels, les dirigeants mondiaux se sont réunis récemment à la Conférence internationale sur les soins de santé primaires à Astana, au Kazakhstan, pour entériner une nouvelle déclaration les engageant à renforcer les réseaux de soins primaires dans leurs pays respectifs. Mais c’est maintenant que le travail devient le plus ardu. Lorsque les dirigeants nationaux évaluent quelles stratégies remplissent le mieux leurs engagements, ils doivent d’abord tenir compte de deux facteurs qui sont essentiels à la réalisation des progrès.

Primo, ils doivent soutenir la volonté politique de renforcer les soins primaires et de réaliser la couverture de santé universelle. A cette fin, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus a récemment lancé un appel aux chefs d’Etat et aux responsables politiques pour qu’ils entreprennent des réformes concrètes dans ce sens dès cette année.

De ma propre expérience à titre de président de la Tanzanie, je sais qu’une volonté politique ferme et constante des plus hautes instances est nécessaire pour faire bouger un appareil gouvernemental complexe. J’ai rejoint l’organisme Access Challenge spécialisé dans les actions de mobilisation en santé pour justement lancer la campagne "L’un après l’autre: objectif 2030" dans le cadre de l’Assemblée générale des Nations unies de cette année.

Pour cette campagne, je rencontrerai des dirigeants de tous les pays d’Afrique pour les convaincre de prendre des mesures concrètes visant à renforcer les soins primaires. La mission est de protéger le droit fondamental à la santé pour chaque enfant, adolescent, mère et famille.

Le second facteur de progrès réside dans l’affinement des données permettant de suivre les réalisations et ce qui reste à faire. Des données fiables sont nécessaires pour déterminer si des obstacles financiers ou géographiques empêchent les patients de recevoir ses soins de santé, s’ils sont administrés efficacement et en toute sécurité et s’ils atteignent les groupes les plus marginalisés de la société.

Les dirigeants nationaux et les responsables de santé publique doivent être informés de tous ces éléments et de bien d’autres dans le but de recenser les lacunes des réseaux de soins primaires et les aspects à améliorer. Les données constituent également un instrument important pour les responsables des campagnes de mobilisation pour les soins de santé et pour les citoyens ordinaires qui veulent suivre les progrès dans le temps, demander des comptes aux dirigeants et exiger les soins dont ils ont besoin et auxquels ils ont droit. Or, trop souvent, et malgré le fait qu’elle puisse amener des améliorations et favoriser la redevabilité, la collecte des données est rarement envisagée au préalable.

L’Initiative d’amélioration de l’efficacité des soins de santé primaires (PHCPI) se consacre justement à ce problème. À la Conférence internationale sur les soins de santé primaires, le PHCPI a rejoint plusieurs pays dans le monde pour lancer un nouvel outil aidant les responsables des politiques et les prestataires à améliorer les soins. Grâce à des profils de signes vitaux, ils peuvent rapidement accéder à des informations sur les soins primaires qui sont à la fois utiles et faciles à comprendre.

Sur le point d’aller rencontrer les dirigeants africains l’un après l’autre, je me réjouis à la perspective de voir le jour où les 7,7 milliards d’habitants du monde recevront une couverture de santé universelle. Grâce aux engagements des échelons politiques supérieurs et aux nouveaux outils de promotion de l’accès aux soins et de la redevabilité, je suis convaincu que nous pouvons faire de cette vision audacieuse une réalité.

Traduit de l’anglais par Pierre Castegnier

 

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