Ahmed Faouzi

Ancien ambassadeur. Chercheur en relations internationales.

Bilan d’une année difficile

Le 6 janvier 2022 à 13h35

Modifié 6 janvier 2022 à 13h35

L’année 2021 qui vient de s’écouler a été empreinte par quatre principaux phénomènes structurants qui auront un impact sur les relations internationales pour les années à venir. D’abord l’étendue de la pandémie Covid et ses conséquences sur l’économie mondiale, le réchauffement climatique et ses effets sur les sociétés, les flux migratoires et enfin la nouvelle reconfiguration stratégique américaine pour contrer simultanément la Russie et la Chine.

La pandémie : Malgré les espoirs suscités au début de l’année précédente par la découverte de vaccins pour mettre un frein à l’évolution du Covid, la pandémie a fait, au moins, 5 millions et demi de morts de par le monde. Les doses administrées, principalement dans les pays développés, n’ont pas pu venir à bout de la pandémie qui a mis à genoux l’économie mondiale.

Durant l’année passée, l’humanité a été confrontée à une nouvelle flambée de contaminations alimentée par la propagation de nouveaux variants. Tous les pays, et principalement les plus exposés d’entre eux, ont renforcé leur arsenal sanitaire par des vaccinations à grande échelle, et des restrictions dans les déplacements.

Fermetures des frontières, confinements, reconfinements, passe sanitaire et télétravail sont devenus le lot des citoyens et une nouvelle manière de gouverner et de gérer les urgences. Malgré les progrès de la recherche médicale, et l’espoir d’un retour progressif à la normale en 2021, la Covid persiste à faire désormais partie de notre quotidien.

Le changement climatique : Tous les rapports établis par les plus imminents spécialistes en la matière alertent sur les dangers que court notre planète, toutes régions confondues, par le dérèglement climatique. Le sixième rapport présenté en août dernier par le Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat, (GIEC), constitué par 234 auteurs et validé par 195 gouvernements, réaffirme que le réchauffement de la planète aura, inéluctablement, des effets pervers, notamment sur les populations du sud.

La COP 26, tenue en octobre dernier à Glasgow, présentée comme la plus importante réunion depuis la signature de l’accord de Paris en 2015, a confirmé les dangers qu’encoure l’humanité. Le nouvel accord adopté à cette occasion tend à accélérer la lutte contre le réchauffement climatique en mentionnant, pour la première fois, les énergies fossiles. Il reste cependant mitigé dans ses conclusions car, en voulant satisfaire tout le monde, il devient moins contraignant pour les pays les plus polluants. En attendant, hausse des températures, sécheresses et inondations, sont devenues le lot quotidien de plusieurs pays.

L’immigration : les naufrages d’immigrés en méditerranée et dans la Manche, ainsi que ces masses de personnes malmenées et ballottées entre la Pologne et le Bélarus, entre la Turquie et la Grèce, ou entre les États-Unis et le Mexique, sont des drames humains qui ont marqué l’année écoulée. La communauté internationale n’arrive toujours pas à endiguer ce phénomène et à en réduire l’impact. Pourtant, rien n’apparaît retenir les populations pauvres à aller là où existent les richesses.

Ce n’est qu’une partie des déplacés qui échoue sur les rivages de l’Occident. Au niveau de l’Afrique, les grands déplacements se font d’abord à l’intérieur du continent et entre pays africains. Plusieurs facteurs sont à l’origine de ces vagues de réfugiés. L’instabilité politique, la corruption, les guerres et les conflits, puis l’exploitation abusive des ressources naturelles par des firmes étrangères sans scrupules, sont parmi les facteurs derrière ce grand gâchis.

Nouvelle reconfiguration stratégique américaine : Au début de l’année passée, les partisans du président sortant, Donald Trump, prenaient d’assaut le siège du Congrès à Washington pour empêcher les élus de valider la victoire de Joe Biden. Nous étions tous témoins de ces scènes de chaos qui ont fait cinq morts, et failli vaciller la première démocratie et puissance mondiale.

Depuis, en multipliant les rencontres et les visites, le président Biden a ramené son pays sur la scène internationale après le mandat tumultueux de Trump. Cependant, le départ précipité des troupes américaines de l’Afghanistan, et le retour des Talibans, ont semé le doute chez les alliés de Washington.

C’est à un double défi que Biden a dû faire face. D’abord restreindre l’élan des russes en direction des alliés européens, notamment en Ukraine et, ensuite, maintenir la pression contre l’empire chinois qui, économiquement, emporte tout sur son passage. Les valeurs démocratiques, et surtout celles relatives aux droits de l’homme, sont les premières armes que les américains privilégient   contre leurs adversaires, pour le moment.

C’est ainsi que le retour, en janvier 2021, de l’opposant russe Alexeï Navalny à Moscou a été soutenu par Washington. Cet opposant à Vladimir Poutine a passé cinq mois de convalescence en Allemagne à la suite d’un empoisonnement imputé aux services secrets. Pour les américains Poutine, au lieu de chercher à convaincre, cherche plutôt à intimider ses opposants et autres adversaires politiques. Quant à la Chine les leviers de contraintes ne manquent pas. Fermeté sur le statuquo à Taiwan, contrôle de la mer de Chine et de l’Indopacifique, et soutien aux droits de l’homme à Hongkong et à Xinjiang.

Bouleversements internes

En dehors de ces quatre phénomènes structurants qui ont marqué l’année qui vient de s’écouler, d’autres pays ont connu des bouleversements internes. En Afrique, 2021 a été l’année de l’entrée en vigueur de la zone de libre-échange (ZLECAF), mais le continent reste sujet à des soubresauts politiques déstabilisants. Des changements politiques soudains, menés par les forces armées, ont été opérés au Guinée, au Soudan et au Mali, pour ne citer que ceux-là. Ces instabilités ont eu des conséquences sur ces pays d’abord puis, d’une manière insidieuse, sur les flux migratoires vers le nord.

Dans le monde arabe, la question palestinienne demeure insoluble et aucune issue ne semble pointer à l’horizon. La bande de Gaza concentre à elle seule la confrontation armée face à Israël. Le blocage politique dans plusieurs pays de la région alimente lui aussi les vagues de migration en provenance de la Syrie de de la Tunisie et d’ailleurs. C’est l’Iran chiite, avec ses ramifications au Liban au Yémen et en Irak, qui présente le danger régional que beaucoup craignent, notamment ceux des pays du Golfe et Israël.

En Europe c’est certes la liberté retrouvée de la Grande Bretagne, et sa sortie de l’Union-européenne (brexit) qui est l’élément phare de l’année 2021. Le changement politique en Allemagne, par l’arrivée d’une nouvelle coalition et le départ d’Angela Merkel, est l’autre trait de l’année qui aura un impact sur l’agenda européen. Le réveil de l’extrême droite européenne présente cependant une grande inquiétude pour les européens d’abord, et leurs alliés ensuite.

Partout dans le monde, la démocratie a été malmenée en 2021. Beaucoup de pays ont oscillé entre autoritarisme et implication des militaires dans la gestion politique. Même certains pays développés qui se considèrent démocratiques, n’ont échappé à ce phénomène. Le sommet sur la démocratie, convié en fanfare par Biden à la fin de l’année, n’a malheureusement pas donné des réponses à toutes ces inquiétudes, ni proposé des pistes pour l’avenir.

 

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