Ngaire Woods

Doyen de la Blavatnik School of Government 

©EPA

La clé des défis de la Covid pour 2022

Le 4 janvier 2022 à 15h56

Modifié 4 janvier 2022 à 15h56

OXFORD – Après une année passée à espérer un retour « à la normale », il est maintenant clair qu'à cause de la Covid-19, cela ne sera pas possible. La pandémie –qui entre dans sa troisième année – a un fort impact sur les individus, les communautés, les pays et la coopération internationale. À ce titre, elle engendre quatre défis ardus pour 2022. Il sera essentiel de rétablir la confiance pour y faire face.

Le premier défi, c’est que la relation entre les individus et le travail a changé. Dans certains pays, les confinements, la mort de proches et l’incertitude générale face à la pandémie ont entraîné ou accéléré un examen à nouveaux frais de la situation. Aux États-Unis, le nombre de travailleurs ayant quitté leur emploi a dépassé les quatre millions chaque mois, de juillet à octobre 2021. De nombreux jeunes Chinois rejoignent le mouvement « Lie Flat » en choisissant de ne pas travailler pendant des heures innombrables, en faisant le strict minimum pour s’en sortir et en déployant des efforts uniquement pour ce qui est absolument essentiel à la survie. La pandémie a aggravé la fracture entre ceux qui peuvent travailler à domicile et le grand nombre de ceux qui ne peuvent pas se le permettre.

En 2022, les gens ont besoin de croire que leur retour au travail va véritablement améliorer leur mode de vie. Pour y parvenir, il faudra que les gouvernements et les entreprises fassent quelque chose. Il est essentiel d’investir pour remédier aux perturbations de l’éducation causées par la Covid-19. Près de 1,6 milliard d’élèves dans 180 pays ont été déscolarisés en raison de la pandémie. La mise en place de programmes visant aider les élèves et les étudiants à rattraper leur retard – et à acquérir les compétences et la formation nécessaires à l’économie du XXIe siècle – les aidera à décrocher de meilleurs emplois.

Les pouvoirs publics ne peuvent pas assumer cette tâche à eux seuls, mais ils peuvent au moins fixer des normes pour l’éducation et la formation. Ils peuvent également créer ou renforcer les incitations des entreprises à investir dans leur main-d’œuvre en exigeant un salaire et des conditions de travail décents. Pour leur part, les employeurs devront réévaluer leur lieu de travail, faire preuve de confiance envers leurs employés, investir dans le perfectionnement professionnel et s’adapter à de nouveaux modes de travail.

Endiguer la tendance mondiale à l’autoritarisme

Le deuxième défi en 2022 consiste à endiguer la tendance mondiale à l’autoritarisme. Selon Freedom House, la pandémie a affaibli l’équilibre des pouvoirs et contre-pouvoirs du gouvernement dans au moins 80 pays, riches et pauvres. La surveillance par le gouvernement, la brutalité policière et le nombre de détentions ont augmenté et, dans de nombreux pays, la liberté des médias et de l’expression est menacée ou réduite. Les groupes vulnérables, comme les minorités ethniques et religieuses et les migrants, en sont victimes de manière disproportionnée.

La corruption politique est également florissante. En Mauritanie, selon le rapport de Freedom House, les ministres du parti au pouvoir ont utilisé les fonds de la Covid-19 à mauvais escient. En 2020, le Premier ministre et l’ensemble du Conseil des ministres ont démissionné. Au Royaume-Uni, les membres et les partisans du Parti Conservateur ont obtenu un accès accéléré spécial pour soumissionner pour des contrats visant à fournir des équipements de protection individuelle.

Dans des dizaines de pays à travers le monde, les élections ont été reportées ou annulées, ou encore les résultats certifiés ont été remis en question. En 2022, les citoyens devront trouver des moyens de responsabiliser leurs dirigeants et de reconstruire les institutions et la confiance de l’opinion publique. Cela se produit déjà dans certains pays, ce qui traduit la manière dont les gouvernements prennent en charge cinq fonctions : fournir ou réglementer les services publics ; anticiper le changement et protéger les citoyens ; utiliser le pouvoir et les ressources publiques de manière éthique ; consulter leurs citoyens et leur expliquer leurs décisions ; et améliorer les conditions de vie pour tous.

Une nouvelle pandémie

Le troisième défi auquel le monde est confronté en 2022 est une nouvelle pandémie. Bien qu’il soit facile de penser que la Covid-19 éclipse toutes les autres urgences de santé publique de notre vie, notre inquiétude actuelle ne doit pas nous aveugler face à d’autres menaces de maladies infectieuses. Au début du mois, par exemple, le vétérinaire en chef du Royaume-Uni a mis en garde contre un « niveau phénoménal » de grippe aviaire, ayant « d’énormes implications pour l’homme, les animaux et le commerce ».

En 2021, le monde n’a pas réussi à distribuer de manière équitable ou efficace des vaccins, des traitements et des thérapies contre la Covid-19. Le Mécanisme pour un accès mondial aux vaccins contre la Covid-19 (Covax) a été créé pour assurer la vaccination de tous, en visant à limiter ainsi les mutations du virus et sa propagation. Mais les gouvernements les plus riches, au lieu de cela, se sont fait concurrence pour garantir un accès aux vaccins à leurs citoyens en priorité.

La confiance et la coopération entre les gouvernements ne sont pas un idéal impossible. La clé de la réussite en ce domaine consiste à concevoir des règles, des institutions et une mise en œuvre des politiques de manière à garantir aux pays que tout le monde les respecte (pour l’essentiel). Une faille profonde au cœur de la réponse à la Covid-19 a été un manque de transparence quant au montant que les gouvernements paient pour les doses de vaccin – et à qui. En 2022, le monde doit de toute urgence revoir et améliorer les dispositions mondiales en matière de recherche, de distribution et de financement des vaccins afin de garantir le niveau de confiance minimum nécessaire pour rendre possible la coopération internationale.

Enfin, la Covid-19 est en train de transformer l’ensemble des règles économiques pour 2022. Le nationalisme économique est en hausse, accéléré par les expériences des pays qui tentent de se procurer du matériel, des traitements et des vaccins. Si l’on ajoute à cela le désir d’atteindre des objectifs de zéro émission nette, il en résultera probablement une prolifération de politiques industrielles, des mesures commerciales plus protectionnistes et un plus grand scepticisme à l’égard des investisseurs étrangers – le tout dans un contexte de politique monétaire plus stricte et d’augmentation de la dette publique.

Ces tendances sont exacerbées par des alliances et des rivalités géopolitiques, qui empiètent sur la conclusion d’accords économiques. L’Inde et la Russie ont récemment intensifié leur coopération en signant 28 accords dans des domaines allant de la coopération militaire au commerce. Et l’Union européenne adopte à présent de façon consciente un terme de planification militaire et de défense, « autonomie stratégique ouverte », pour encadrer sa nouvelle approche du commerce. Taïwan est un bon exemple de la façon dont les préoccupations de sécurité se confondent avec les objectifs économiques. Sa souveraineté est désormais liée à une concurrence pour le contrôle de sa production de semi-conducteurs précieux de haute qualité.

Les défis économiques mondiaux pour 2022 ont de quoi nous donner à réfléchir. Mais même au plus fort de la Guerre froide, des accords internationaux de base et des institutions de retenue mutuelle ont été possibles grâce à des négociations et à des arrangements minutieux qui ont donné des garanties aux deux camps rivaux. La confiance n’est pas une panacée à l’aggravation des tensions internationales. En revanche, un minimum de confiance, soutenu par des institutions largement crédibles, sera essentiel pour contenir cette tension.

Il n’y aura pas de retour au statu quo ante après la Covid-19, parce que la pandémie a changé trop de choses. Le défi pour l’année à venir consiste à aller de l’avant en redessinant et en imaginant à nouveaux frais nos règles et nos institutions en vue de rétablir la confiance dans les domaines du travail, de la politique, de la santé publique et de la politique économique.

© Project Syndicate 1995–2022

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