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Le rétenteur d’eau, une solution innovante d’irrigation économe mais qui tarde à s’installer au Maroc

Le 1 mars 2022 à 12h36

Comment gagner davantage en économie d’eau d’irrigation, même par rapport à la technique la plus économe de la micro-irrigation ? La solution provient du "Water Retainer", un rétenteur d’eau mis au point en Hongrie et qui est en phase d’être commercialisé au Maroc. 

« Si l’utilisation de ce rétenteur d’eau est couplée à la micro-irrigation, l’économie induite se situe entre 25 et 30% selon les cultures », révèlent les résultats des essais menés par l’Institut national des recherches agronomiques (INRA).

Le gain en économie d’eau peut d’ailleurs plus que doubler (70%) si le produit est associé à l’arrosage par système gravitaire ou par aspersion. C’est ce dont attestent également les rapports des tests de l’INRA dont Médias24 détient copie. Des systèmes habituellement utilisés pour l’eau puisée à partir des nappes phréatiques. C’est dire l’importance des économies d’eau à réaliser.

Un produit qui contribue à améliorer les jeunes pousses

Il s’agit d’un gain issu de la récupération des pertes dues à l’infiltration, l’évaporation et la transpiration des végétaux. Le rétenteur va même jusqu’à absorber une partie de l’humidité de l’atmosphère pour la transformer en liquide conservé dans le sol. Le tout, sans impact négatif sur les rendements.

« Bien au contraire, dans le cas de l’arboriculture fruitière, le produit contribue de manière significative à l’amélioration des jeunes pousses. Ce qui se traduit par une augmentation de la récolte de l’année suivante », soutient Mustapha Hansali, président-directeur général de Cali-Maroc, l’entreprise à l’origine de l’introduction du rétenteur d’eau au Maroc.

Ce produit est officiellement considéré comme un conditionneur du sol dont il améliore la structure et les propriétés physico-chimiques. « Son emploi est très simple; il peut être utilisé par les petits agriculteurs et dans les grandes exploitations, moyennant n’importe quel pulvérisateur », explique Mustapha Hansali. Le Water Retainer a déjà été adopté par plusieurs pays dont la Grande-Bretagne, l’Inde, la Colombie, le Pakistan et le Kenya entre autres, précise encore Mustapha Hansali.

Le Water Retainer peut être apporté soit par dilution dans l’eau sur le sol, soit appliqué via le système d’irrigation localisée. Pour les arbres fruitiers, la dose recommandée est de 2ml/m². Elle est réduite de moitié lors du second traitement. Et si l’application est apportée tous les 45 jours, le produit se décompose définitivement en 3 mois.

Etant un produit d’origine végétale, ce produit est dispensé des études toxicologiques exigées pour l’homologation de produits de traitement en agriculture. « D’où l’agrément automatique de l’Office national de sécurité des produits alimentaires », se félicite Mustapha Hansali.

Mieux encore : de par sa qualité de dérivé de matières organiques, il est autorisé en agriculture biologique.

Une solution qui tarde à faire son entrée au Maroc

Autant d’atouts qui plaident pour l’utilisation massive de cette solution innovante. D’autant que le Maroc dispose actuellement d’environ 650.000 ha de terres équipées en système de micro-irrigation. Sans oublier également que le pays est désormais confronté à une aggravation tendancielle du stress hydrique, et que le secteur agricole s’accapare annuellement plus de 85% de la ressource en eau, selon le Haut-Commissariat au Plan (HCP).

D’où cette question : pourquoi cette solution innovante tarde-t-elle à être utilisée au Maroc ? Selon Cali-Maroc, importateur exclusif, son déploiement à grande échelle, en particulier auprès des petits et moyens agriculteurs, nécessiterait le soutien financier de l’Etat, du moins durant les trois premières années.

A commencer par l’exonération des droits d’importation et taxes et une subvention de 30%. A charge pour les agriculteurs de supporter les 70% du coût du produit et des frais de son application. A cet effet, l’importateur exclusif a récemment soumis une note de simulation de l’intervention attendue de l’État sur une superficie de 9.500 ha.

Plus précisément, cette simulation porte sur 5.000 ha d’agrumes, 2.000 de maraîchage, 1.500 de vigne et 1.000 d’olivier. Le tout nécessiterait 190.000 litres de produit. Au total, le coût pour l’agriculteur s’établirait à 1.746 DH/ha y compris les frais d’application (le coût de l’électricité plafonnerait à 100 DH/ha). Sur ces bases, l’économie pour l’agriculteur atteindrait un peu plus de 700 DH/ha et une rentabilité de 40%, ce qui est de nature à l’inciter à adopter le produit et à économiser davantage l’eau d’irrigation, est-il soutenu.

Pour la petite histoire, Water Retenair a été mis au point par une entreprise hongroise et présenté par le président de la République de Hongrie, Janos Ader, à l’occasion du sommet international de l’eau qui s’est déroulé du 15 au 17 octobre 2019 à Budapest, et dont le Maroc était invité d’honneur.

A cette occasion, l’engouement pour ce produit a été unanime parmi les membres de la délégation marocaine, ce qui a motivé les responsables de Cali-Maroc à prendre l’initiative de l’importer, encouragés en cela par le ministère de l’Agriculture. Car l’opération n’est pas exempte de risque, dans la mesure où les achats se font au départ de l’usine. La Hongrie n’ayant pas de façade maritime, c’est l’importateur qui se charge du transport terrestre et maritime.

Depuis, une campagne de sensibilisation a été menée auprès de l’ensemble des acteurs concernés par le secteur agricole. « Plusieurs réunions ont également été tenues avec les responsables des filières agricoles au niveau du ministère de l’Agriculture, sans pour autant aboutir à des résultats tangibles », se désolent les promoteurs du produit. C’est à croire qu’il y a une certaine résistance à ce type de solution innovante.

Le 1 mars 2022

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